Inspirations #22

Si votre vie quotidienne vous paraît pauvre, ne l'accusez pas; accusez-vous plutôt, dites-vous que vous n'êtes pas assez poète pour en convoquer les richesses. Pour celui qui crée, il n'y a pas, en effet, de pauvreté ni de lieu indigent, indifférent.
Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète

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Cyril Schäublin, le kropotkinéphile qui fait désordres

Oser la reconstitution historique avec l’exactitude de l’horlogerie, et puis vérifier dans la foulée l’actualité d’un fragment méconnu d’Histoire en posant qu’elle repose sur un ensemble d’effets d’étrangeté, c’est à cette mécanique de précision que s’est attelé Cyril Schäublin. Il s’est agi pour lui de montrer comment, quelques années après la Commune de Paris, la vallée de Saint-Imier dans le canton de Berne aura été non seulement un foyer pour l’industrie horlogère, mais un incubateur d’anarchisme

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Joséphine Albario, la "voyante inconvenante" de Lourdes, protagoniste du nouveau livre de Mariano Tomatis

Bien que l'intrigue rappelle la parabole évangélique du « fils prodigue », dans laquelle le protagoniste est un père prêt à embrasser à nouveau son fils à la fin d'une période de vie dissolue, l'histoire de sœur Béatrice se concentre sur une figure maternelle dont les gestes sont encore plus radicale : la Vierge Marie ne sanctionne en aucune manière l'abandon de la soutane ni ne réserve un châtiment exemplaire à une femme qui a sacrifié sa virginité « malhonnêteté suivant les appétits de la chair fragile » - comme l'écrivait Jacopo Passavanti au quatorzième siècle.

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(As we get older and) Stop making sense... version Arnaud Labelle-Rojoux

L’exercice est toujours périlleux pour l’artiste de vouloir expliquer ou encore situer une œuvre, son origine, sa gestation. Dans le cas précis de cette série des trois cent soixante-cinq collages, au contraire, rien de plus simple. Il y a eu, en effet, un déclencheur : la proposition de Marc-Olivier Wahler d’illustrer, pour la revue du musée d’Art et d’Histoire (MAH) de Genève, ma propre plongée dans ses collections.

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« Les trois mousquetaires : D'Artagnan » de Martin Bourboulon : Touché, coulé

Quelle nécessité y a-t-il à écrire sur un film, “Les trois mousquetaires : D'Artagnan”, dont nul ne peut ignorer que tout le mal qui pourrait en être dit n'affectera jamais son million d'entrée ? À quoi bon en parler, sauf à s'agacer les dents sur un os déjà rongé ? On voudrait plutôt en dire tout le mal, non pas pour empêcher quiconque à le regarder, mais au contraire pour inciter le monde entier, s'il était possible, à (bien) le voir.

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Le ressenti déluré de l’art avec "Dimensions variables"

Ecrit à quatre mains sur une période de plus de deux ans, ce « podcast » littéraire rend compte de la pratique de l’art au quotidien par deux voix qui en démontent les rouages avec un humour tordant et un sens de la dérision qui en font une réflexion contemporaine sur la fuite des objets, et pas qu’artistiques. Un coup de lance-flammes salutaire sur une certaine vision de la culture de XXIe siècle.

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Bill Evans, avec ses inédits à géométrie variable : solo, trio ou orchestres, enchante encore

Chaque Record Store Day semble être l'occasion de sortir un ou deux nouveaux albums d'Evans. Le dernier en date, Treasures, est une collection de concerts inédits - plus de deux heures de musique, en 2xCD ou 3xLP - réalisés pour la radio danoise entre 1965 et 1969. Il va à l'encontre de certaines rééditions récentes d'Evans en présentant un éventail de configurations instrumentales, et c'est une excellente vitrine de la façon dont il a adapté son jeu pour refléter les contextes.

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C'est cela qu'il a fait de moi — Rebecca Armstrong contre l'asphyxie

Les livres de poésie qui s'attaquent à des sujets brûlants ne sont pas légion et ratent bien souvent leur cible, le dire n'étant pas le meilleur allié du chant. Il semble que Rebecca Armstrong, pour cette entrée en poésie avec ce traitement des violences faites aux femmes, intitulé Un deux trois, ait trouvé le moyen d'éviter cet écueil en proposant un montage à deux vitesses…

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Comment vivre et lutter face au capitalisme de surveillance ? Entretien avec Alain Damasio

Reflet de ses époques respectives, et des préoccupations de ses auteurs et autrices, l’imaginaire est souvent le porte-voix de la révolte, de mouvements insurrectionnels fictifs et très variés, en écho aux luttes sociales bien réelles. Nous le disions précédemment : la plupart des pouvoirs tyranniques sont mis en scène dans la science-fiction pour imaginer, en même temps, les luttes et les mouvements émancipateurs qui se dresseront contre eux. C’est donc de cette révolte que nous vous parlons aujourd’hui.

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Narimane Mari : “On a eu la journée bonsoir”, ou le désir demeuré désir

Qu'un film soit capable de briser la mer gelée qui est en nous, moins comme la hache de Franz Kafka que comme la plante saxifrage chère à René Char. Qu'un film soit exactement au milieu du cinéma, à chaque fragment une exclamation, de chacun de ses plans un étonnement, un éclat, des cristaux d'intensités pour des différences de potentiel, rires et ritournelles. Des bouts de ficelle pour n'en pas voir le bout, jamais – remontages du temps subi. Des bouts d'enfance qui font tourbillonner l'origine dans les courants du devenir – pied de nez au néant, pirouettes cacahuète face au pire. On a eu la journée bonsoir de Narimane Mari est ce film-là, un poème d'amour et de mort – et du désir demeuré désir.

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Inspirations #21

Pour moi aussi, l'amour était (ou est) toujours plus important et plus sacré que l'objet qui le suscite. Parce qu'il nous fait voir le monde comme un conte lumineux, parce qu'il va chercher dans l'être humain ce qu'il a de plus noble et de plus beau en lui, parce qu'il élève ce qui est le plus commun et le plus dérisoire, et le sertit de diamants, et parce qu'il fait vivre dans l'ivresse et dans l'extase.
Rosa Luxemburg, Lettres

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