LAIR de terre indonésien envoie Ngélar et ça sonne

Qualifier la production de LAIR de "terreuse" serait un euphémisme. Les six Indonésiens jouent de la musique non seulement pour les gens, mais aussi sur des instruments façonnés à partir du sol de leur ville natale, Jatiwangi. Plus grand producteur de tuiles en argile d'Asie du Sud-Est, cette "ville de terre cuite" a également été une forêt, un avant-poste pour les colonisateurs néerlandais, une commune artistique et, plus récemment, le site d'une gigantesque usine Nike.

Avec Ngélar, LAIR tente de donner un sens à certains des différents cycles du paysage. Leur précédent album, Kiser Kenamaan (2019), était une chronique du quotidien des Indonésiens vivant le long de la côte : pêcheurs, chauffeurs de taxi transpirant dans les embouteillages, le bourdonnement d'une rue bondée le jour de l'élection. Ils poursuivent ici le fil conducteur, en y ajoutant diverses touches culturelles. Outre des éléments psychédéliques et funk, ils ont pour mission de faire revivre le Panturan Tarling, un style de musique folklorique théâtrale utilisé pour raconter des histoires - et leurs chansons sont remplies de récits sur la vie dans les îles. Faisant référence aux plantations de sucre qui exploitaient les terres locales à des fins lucratives, "Pesta Rakyat Pabrik Gula" superpose des chœurs rassembleurs à des percussions gutturales et urgentes.

Les klaxons et les lignes de basse de "Boa-Boa" évoquent la chaleur oppressante de la région. Ils sont également rejoints par l'artiste multidisciplinaire Monica Hapsari pour "Setan Dolban", où elle évoque le mystère de la récolte ; son chant perçant et puissant est certainement assez intense pour arracher des pousses à un sol aride. Mais dans l'ensemble, cette musique s'intéresse davantage à la communauté qu'à la spiritualité. Le mot Ngélar fait référence aux troupes de musiciens qui, traditionnellement, faisaient le tour du village en jouant des chansons à leurs voisins. LAIR fait à peu près la même chose, même si, de nos jours, son territoire s'étend un peu plus loin que les usines de Jatiwangi.

Si leur Panturan Tarling ne vous fait aucun effet, n’allez pas au Salon de l’agriculture ( c’est vache !) et essayez de retrouver les accents des groupes congolais qui jouent sur des instruments bricolés pour en voyer un groove élégiaque et fonceur. Vous commencez à vous souvenir ? Alors choppez le beat et accrochez-vous, ça décoiffe en volume et e”n couleurs ! On va dire rural ET magistral. Achetez-le !

Jean-Pierre Simard, le 28/02/2024

LAlR - Ngélar - Guruguru Brain