Can et son arlésienne live de 1975
Alors qu’il existait des bootlegs de ce concert depuis des années - et même des vidéo sur Toi Tuyau - Irmin Schmidt en ayant gardé un des meilleurs souvenirs et du concert et de la soirée, a décidé en en récupérant une bande de la retravailler pour lui donner le vrai son idoine. Avec les limites qui en résultent. Mais c’est juste une tuerie. Explications.
Poursuivant la série d’albums live d’archives retraçant l’apogée créative des légendes allemandes du rock expérimental Can au milieu des années 70, Live in Arles 1975 immortalise un concert enregistré le 6 août de cette année-là dans un amphithéâtre du sud de la France, le fameux Théâtre antique. Comme pour les autres volumes de la série, les morceaux sont numérotés, le groupe improvisant principalement en concert, même s’il reprenait souvent des riffs, des idées et des rythmes présents dans les titres de ses albums studio. Seuls les bootlegs donnent les titres qui servent de canevas d’impro, les voici : 1 Dizzy Dizzy; 2 Bring me Coffee or Tea; 3 Vitamin C; 4 Red Hot Indians; 5 Meadow Sweet + Chain Reaction ; 6 The Gypsy.
Le groupe se montre puissant et énergique dès que le bouton d’enregistrement a été actionné, se lançant à toute allure dans des rythmes funky et des mélodies de guitare décousues. Le troisième morceau est clairement une version de « Vitamin C », bien qu’il soit entièrement instrumental (Damo Suzuki avait quitté le groupe deux ans plus tôt, et la plupart des prestations suivantes du groupe ne mettaient pas autant l’accent sur le chant). Plus tard, le morceau prend une tournure plus inquiétante, les claviers aux sonorités changeantes d’Irmin Schmidt adoptant une tonalité dramatique et carnavalesque.
On retrouve des sonorités de synthé plus savoureuses et ludiques sur « Arles 75 Vier », ce qui semble clairement prouver que le groupe s’éclatait sur scène lorsqu’il se lançait dans ces improvisations tentaculaires et riches en groove. « Arles 75 Fünf » met en valeur les talents considérables de Michael Karoli en tant que guitariste, ses solos fougueux et pleins d’âme occupant le devant de la scène avant que Jaki Liebezeit ne s’embarque dans une tangente percussive endiablée.
Le dernier morceau s’inspire de « Chain Reaction » de Soon Over Babaluma, avec Karoli au chant cette fois-ci, bien que le groupe soit poussé à accélérer le rythme jusqu’à un tempo bien plus effréné que sur la version studio. Live in Arles 1975 illustre à merveille l’esprit libre de Can, ainsi que leur alchimie en tant que groupe. Dans une interview télévisée Bobby Gillespie de Primal Scream disait que, pour les avoir côtoyé, le son du groupe tenait à ses 4 membres indissociables qui à force de jouer ensemble œuvraient par télépathie. L’entendre à l’œuvre, c’est ici !
Jean-Pierre Simard, le 28/09/2026
Can - Live in Arles 1975 - Mute