Notre hommage d'époque à Catherine Ringer

You Rita, Mi-tsouko - Lancés avec le dalidadaïste ""Marcia Baila"", ils étaient revenus avec l’album lettriste ""No Comprendo"". Compliquant à plaisir la vie d'une France rock un peu trop ordonnée qui fait dodo avec Daho et du chahut avec les Bérus. C'était la variétoche-hardcore. Produit par Tony Visconti, accoucheur de T. Rex et de David Bowie, «The No Comprendo» des Rita Mitsouko jette des ponts entre le rock et la chanson, en parfaite résonance avec l'esthétique «Libé» du milieu des années 1980. Cet article est paru le 20 novembre 1986.

Rita, lui, Fred Chichin, a la tête du malin qui vend des montres. Casquette, jeans et grande pelure façon Prince sur le dos, charmant. Mitsouko, elle, Catherine Ringer, loge comme elle peut dans une petite bouille d'ours des yeux de pie, vifs, et une bouche qui doute énormément. C'est une dure en collant rayé pyjama. Elle a la main posée sur le genou de son copain.

Elle : «Maintenant, si on ne nous laisse pas faire du direct, on passe pas à la télé ! On en a marre d'être là comme des crétins à s'agiter en faisant des ronds avec la bouche : soit on passe notre clip, soit on nous laisse jouer, on s'en fout si le son n'est pas bon ! La télé, c'est marrant : avant, on m'engueulait parce que je venais sapée comme un pot de fleurs. Maintenant on m'engueule si je me pointe en jeans : "Mais t'es folle, ma pauvre fille, regarde-toi, t'as l'air de rien, va vite te passer un coup de peinture sur la tête."»

C'est comme la dent. La fameuse dent tombée qui a fait de Catherine la plus délattée des chanteuses au monde. Elle a fait boucher le trou, ça y est, avec de la pure porcelaine. Encore un peu et ça devenait un gimmick. Eh bien, c'est fini, ça et d'autres choses. Imaginez le chanteur des Pogues avec le sourire speakerine ! Son édentition doit être assurée, peu importent les pépettes gagnées. L'album noir et blanc des Rita Mitsouko s'appelle The No Comprendo pour cette histoire de dent inattendue, entre autres.

Vedettes paradoxales d'entrée, avec un clip payé par la RATP (coco) et un disco cancéreux, Catherine Ringer et Fred Chichin remettent ça, zinzins, avec The No Comprendo. Album pas facile. Peu importe, au fond, si, pour enfoncer ce clou de la singularité, ils se sont, aux yeux des prudents, balancé un peu trop de coups de marteau sur les doigts. Dans ce pays, on ne saurait être trop imprudent, puisqu'à force de calculs on n'a jamais rien eu. Les Rita Mitsouko sont des gens exceptionnellement libres de leurs mouvements dans l'Hexagone riquiqui des Stéphanie Mas et des Indo. Cette liberté, ils l'ont achetée en se déclarant neutres, par quelque arrogante timidité, dans la guerre franco-française de la chanson française et du rock. Ils sont ce qu'on veut.

Elle : «On est dans la variété, par réalisme. Groupe de rock, c'est un créneau. Il n'y a pas de place pour tout le monde. Un groupe de rock : Téléphone ; un groupe pop, Indochine ; et un groupe de hard, Trust. Enfin, y a des places à prendre, maintenant...»

Christian Perrot pour Libération, le 20/11/1986
Rita Mitsouko - The No Comprendo - Virgin