Play (with) Me, sonic Kim Gordon is back again
D’une sombre actualité reste le rock de Kim Gordon. A vouloir prendre en compte le monde - et surtout la décrépitude Maga des USA - , elle réussit, une fois encore, l’actualisation de l’idiome rock pour en faire perdurer la culture qui parle encore à nombre d’entre nous. Parlons de brouillard unifié qui lie techno, hip-hop, rock pour un album court où le morceau le plus long ne fait pas plus de 3, 40 ‘. Condensé, concentré, et nous voilà convaincu avec cet album qui s’impose encore à de multiples carrefours pour dire le ressenti d’une femme qui a toujours suivi sa voie/voix. Regarder à l’image d’une chaîne d’infos X ou bol à raie un sombre crétin comme Julien Odoul en l’écoutant reste assez savoureux…
Play Me , est à la fois condensé et immédiat, élargissant sa palette sonore avec des beats plus mélodiques et l’énergie motorik du krautrock. « Nous voulions que les morceaux soient courts », explique Gordon. « Nous voulions aller très vite. C’est plus concentré, et peut-être plus affirmé. » Ce disque, successeur de The Collective (2024), produit par Justin Raisen et doublement nommé aux Grammy Awards, traite, à sa manière inimitable, des dégâts collatéraux de la classe des milliardaires : la démolition de la démocratie, le fascisme technocratique de fin des temps, l’uniformisation culturelle alimentée par l’IA, le tout où l’humour noir fait entendre l’absurdité de la vie moderne. Malgré son regard souvent tourné vers l’extérieur, Play Me reste un album intérieur, dans lequel une intensité émotionnelle traverse des morceaux puissamment incarnés, rejetant les affirmations définitives au profit d’une curiosité permanente qui maintient Gordon en recherche, toujours en mouvement.
Certain taxe l’album de proto Nine Inch Nails, mais on laissera ce mauvais coucheur au nom de gruyère à ses limites, parce que l’album résonne/réseaute de tant de choses de l’époque qui font sens à continuer à la dire avec le plus de directions- voire de bruits - possibles, histoire d’incarner plus en en mettant moins dans la durée. Laisser tourner ne boucle et remonter les souvenirs du temps où vos n’écoutiez que du grunge après un passage techno longue durée. Et vous comprendrez où et comment cela se situe dans un aujourd’hui que tous les fafs tentent de mesurer à l’aulne de la “vieille culture biaisée du puit du con”. Intéressant, indompté, indispensable…
Jean-Pierre Simard, le 26/03/2026
Kim Gordon - Play Me - Matador