Shackleton lève le brouillard numérique avec Euphoria Bound- et c'est top!
Shackleton est un vrai chaman musical. Au cours de ses 20 ans de carrière, Il a produit les monumentaux EP Music for the Quiet Hour / The Drawbar Organ en 2012 et la récente collaboration The Tumbling Psychic Joy of Now, en guidant ses auditeurs dans un voyage à travers les confins du dub spirituel, de la musique carnatique, des méthodes d'accordage alternatives, du prog, du folk allemand et du free jazz. Chaque nouvel opus intriguant à l’envi. Dont acte.
C'est un mélange indéniablement enivrant et, parfois, bouleversant : l'écouter peut donner l'impression d'entrer dans une pièce remplie d'une épaisse fumée d'encens et d'objets ésotériques ; tout est prêt pour vous plonger dans l'ambiance, en particulier les chants dévotionnels.
Pourtant, avec Euphoria Bound, la suite solo de The Scandal of Time, sorti en 2023, le brouillard qui pèse sur la plupart des productions de l'artiste britannique s'est partiellement dissipé. Il y a moins de cloches rituelles et d'effets sonores inquiétants qui résonnent sur ces grooves dubstep arachnéens. Ces morceaux n'ont pas non plus la longueur des épopées prog ; beaucoup durent environ six minutes. Cette dynamique est particulièrement palpable et prête à enflammer les raves sur des morceaux comme « Contagious Illusions », où Shackleton tourne paresseusement en rond pendant quelques instants avant de lâcher un véritable drop, des kicks staccato et des percussions à la main accélérées qui fusent simultanément, tandis qu'une basse gutturale menace d'engloutir tout l'arrangement.
Hello, World!
Malgré tous ses clins d'œil au dancefloor, Shackleton refuse de jouer la carte de la simplicité. Les kicks et les snares de « Crushing Realities » évoquent le grime, mais il recouvre le morceau d'un bruit sifflant tandis qu'une voix lointaine et coupée lutte pour se faire entendre. Le beat syncopé et grave de « The Unbeliever's Pulse » suggère le UK garage, mais il est enfoui sous des synthés sci-fi sifflants. Ces fioritures de production ne diminuent en rien l'urgence de la musique ; elles ne font que l'approfondir et font entendre Shackleton sous une forme aussi flexible que directe, très réjouissante.
D'autres révélations apparaissent, notamment les accords de guitare tremolo scintillants sur « The Dream in Fragments » - des éclats de lumière qui brillent au milieu de denses mélodies d'orgue. Fidèle à la forme énigmatique passée de Shackleton, il s'agit d'une œuvre qui ouvre plus sur le mystères que sur des réponses préprogrammées - , qui exerce également une profonde attraction psychique ( tu le sens le trois feuilles kiki !) . Mais l'expérience d'écoute hypnotique à laquelle invite Euphoria Bound est un peu moins intense que ses autres albums. Ces rythmes tendus, enroulés et uniformément captivants vous tiendront néanmoins tout entier sous leur emprise. Relax, don’t do it …
Jean-Pierre Simard, le 18/02/2026
Shakleton - Euphoria Bound - AD93