Et ce sera (encore) Comme à la Radio avec Brigitte Fontaine
Il fut un temps, d'après 1968, où toute réunion musicale était jouable. Et soudain la chanson française échappait au syndrome variété/ yéyé pour s’envoler vers l’ailleurs avec ou sans volutes de shit, avec ou sans acides, mais toujours avec bienveillance pour les nouvelles pistes et la découverte. Psyché d’un côté, free de l’autre, voire folk pour les années à venir: Fontaine, Areski, Higelin, Béranger, Hedayat, Magny, Manset, Sheller - pour n’en citer que quelques un(e)s. Alors la ressortie augmentée du mythique Comme à la radio mérite le détour - toute votre attention…
Le classique de Brigitte Fontaine, sorti en 1970 avec Areski Belkacem, Wadada Leo Smith et l’Art Ensemble of Chicago et Jacques Higelin est ici réédité dans une édition 2LP Deluxe remasterisée à partir des bandes originales. Il contient l’album original ainsi qu’un second de bonus et comprend un livret de 24 pages avec des textes de Wadada Leo Smith, Andy Beta, Benoît Mouchard et Benjamin Barouh. Cette réédition sera accompagnée d’une autre sortie intitulée Comme à la radio : On Air, avec des enregistrements live inédits de l’ORTF et des bonus studio supplémentaires.
On pourrait croire, à tort, que Comme à la radio est un objet musical unique issu de l’après 68 qui s’allume, flambe, fait feu de tout bois, puis disparaît à jamais. Or, que nenni, pour mieux comprendre le propos, il faut ajouter le livre de Serge Loupien, paru chez Rivages et justement intitulé : Free jazz et pop rock, 1965-1979, le temps des utopies, La France Underground. Un opus qui retranscrit les multiples tentatives alternatives dans le domaine de la culture, du rock indépendant, en passant par free jazz, au cinéma expérimental et aux premiers festivals... le temps des utopies. Mais justement ici, c’est un trait de plume qui efface les miasmes de la chanson qui pue de la tête en respirant le vide interstellaire des programmations radio des grandes ondes où chacun/ne se congratule de ces merveilleuses chansons qui ne remettent jamais rien en jeu, sinon leur vacuité réitérée.
Mais là, juste là, dans les interstices se joue le vivant qui refuse de crever - et le dit franchement. Un disque comme… l’après société de consommation que tous les gros cons d’aujourd’hui n’ont jamais accepté, de Sarkozy à Alloncle, en passant par micron, Philippe et tous les dégénérés du bulbe, comme le crétin congénital du puits du fion, et de ses sbires de dhar nain nain à ratato, voire cuve à pisse ou chiottard ; tous ces gens du siècle dernier ou d’avant, ces empêcheurs de jouir en rond / en carré ( et pourquoi pas en triangle ?). Avec ses sons, ses sens, ses chants d’ailleurs et sa musique expérimentale, cet album est devenu un classique intemporel, un objet propre à un temps de révolte qui, comme par hasard, sent furieusement l’aujourd’hui d’une révolte toujours à vivre, toujours à refaire et défaire pour vivre - pas de limite ( musicale et précontrainte), pas de modèle de chanson à décalquer, juste des pistes à suivre et à explorer. Encore et toujours, et cette putain de ligne de basse… pour contrer le silence ( des agneaux!). Toujours vivants, toujours vivants…
Jean-Pierre Simard le 3/11/2026
Brigitte Fontaine - Comme à la radio + Comme à la radio : on air - We Want Sounds