Des braises étouffées : jeunesse et incertitudes dans la Chine industrielle
En photographiant la périphérie de sa ville natale, Wuhai, en Chine, Yue Sun immortalise une ville minière en déclin et une jeune génération en proie à l’incertitude, dont la vie est mise en sourdine.
Teens © Yue Sun
Lorsque la République populaire de Chine a été fondée en 1949, moins de 500 personnes vivaient là où se trouve aujourd’hui Wuhai. Ce petit village de Mongolie intérieure vivait principalement de l’élevage, mais la découverte par l’État de vastes réserves de charbon sous le désert a déclenché un essor industriel. Aujourd’hui, la ville compte plus de 500 000 habitants, mais ses jeunes générations sont confrontées à un avenir incertain. En raison de l’épuisement des réserves de charbon et de la pression exercée par la forte pollution, la ville a dû diversifier son économie en misant sur le tourisme — mais bon nombre de ces initiatives ont échoué.
Pour tenter de saisir ce sentiment d’incertitude, le photographe Yue Sun, originaire de Wuhan, a passé deux ans à parcourir la périphérie de la ville avec un appareil photo grand format, photographiant les paysages et les habitants de ces quartiers. « Nous avons connu cette modernisation à un rythme tellement effréné que nous assistons aujourd’hui à une sorte d’effet inverse », explique Sun, qui vit désormais à Hangzhou, une ville de l’est de la Chine. Selon lui, de nombreux jeunes de Wuhai se trouvent dans une situation d’incertitude, se demandant si partir pour une grande ville offrant davantage d’opportunités vaut la peine, compte tenu des risques et de l’investissement que cela implique.
A Ger © Yue Sun
La photo montrant trois garçons adossés à leurs trottinettes illustre bien cette tension. « Si vous regardez de plus près, vous verrez qu’il s’agit en réalité d’adolescents de 14 ans ; sur la photo, ils sont exactement comme je les ai trouvés : ils jouent les durs, fumant des cigarettes, vêtus de contrefaçons de Prada et de Louis Vuitton. Il y a quelque chose de vulnérable dans la masculinité qu’ils affichent », explique Sun. Ce sentiment d’être au bord du gouffre, ou assis au bord d’un précipice, persiste à travers toutes les images de Sun — que ce soit dans des bâtiments abandonnés, des paysages déserts ou un autoportrait dans un miroir évoquant une réflexion ambivalente sur soi.
Man by the Window © Yue Sun
Le projet porte un titre différent en chinois. Il se traduit littéralement par « La mer d’or noir » — un nom donné à la ville de Wuhai par l’homme d’État Zhou Enlai, en référence directe aux réserves de charbon de la région. Sun s’est rendu compte que la traduction anglaise ne rendait pas les nuances subtiles de l’original chinois. Puis, lors d’un voyage, il a appris l’existence d’un feu qui brûlait sous terre, se propageant à travers le labyrinthe d’une mine abandonnée. Ce feu est invisible, mais son odeur tenue flotte dans l’air de la ville. C’est cette image qui a inspiré le titre anglais, *Muted Ember* — une métaphore pour « les turbulences subtiles dans la vie des personnes que j’ai photographiées ».
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Yue Sun - Muted Amber
Marigold Warner pour Lens Culture, édité par la rédaction le 2/11/2026
Abandoned Coal Mine © Yue Sun