Postface du 15 juin 2017

Tout autour régnait le silence,
Celui qu’on ne trouve que dans la mort,
La glace polaire, les fondrières du sommeil
Et le chagrin… Sans remarquer le calme
Des camarades qui se mettaient en route,
Matveï, plongé dans ses pensées,
A franchi les portes avec eux.
Et soudain, frappé de stupeur,
Il s’est retourné.
Presque inconcevable en ces lieux,
Dissonant, sauvage, aigre, cinglant,
Comme du fer-blanc tintant sur du fer-blanc
Un orchestre jouait.
Sa béquille plantée dans la neige,
Transi dans sa vareuse déchirée,
Un unijambiste frappait
La peau tendue d’un tambour.
A ses côtés un clarinettiste
Aussi jaune et osseux qu’un cadavre
Soufflait dans son instrument
Pareil au bec noir d’un oiseau immense.
Il était flanqué de deux trompettistes
Dont les lèvres colorées d’un bleu de mort
S’abouchaient aux cuivres, scintillants colosses
Chauffés à blanc par le froid cruel.
Ils ressemblaient à des fantômes
Réunis dans la pénombre glacée de l’aube
Pour emplir jusqu’au bout la vie
D’un incomparable délire.
— Elena Lvovna Vladimirova
Dans les années 40 et 50, la vallée de Spokoiniy (Calm) comptait un camp de travaux forcés, réputé un des plus durs, où l'on envoyait les récidivistes et prisonniers "difficiles". Le camp exploitait une mine, dans laquelle Varlam Shalamov, l'auteur des Récits de la Kolyma, travailla en 1943-44. Photo  EMIL GATAULLIN

Dans les années 40 et 50, la vallée de Spokoiniy (Calm) comptait un camp de travaux forcés, réputé un des plus durs, où l'on envoyait les récidivistes et prisonniers "difficiles". Le camp exploitait une mine, dans laquelle Varlam Shalamov, l'auteur des Récits de la Kolyma, travailla en 1943-44. Photo EMIL GATAULLIN