Yasujirō Ozu n'est pas le cinéaste de la permanence mais celui de l'impermanence. Pour nous, son credo s'énoncerait dès lors moins à l'aide de la phrase célèbre de l'écrivain Lampedusa, dont Luchino Visconti aura offert une grande chambre d'écho avec l'adaptation de son roman Le Guépard (« Il faut que tout change pour que rien ne change »), qu'avec l'aphorisme bressonien, réécrit par Jean-Luc Godard à l'entame de ses Histoire(s) du cinéma : « Ne change rien pour que tout soit différent ».
Read MoreGénie de Pixar : le studio d'animation est le lieu d'expression d'une intelligence collective et d'une sensibilité créatrice ouvrant au cinéma d'animation la possibilité de se réinventer à l'ère du numérique. Sa réinvention consistant à rendre au numérique tout ce qu'il lui offre en matière de potentialités figuratives et plastiques, c'est-à-dire dans l'invention de manières enthousiasmantes de représentation et de narration comme autant de formes d'insufflations (l'animation doit alors toujours se comprendre au sens propre – comme une spiritualisation).
Read MoreYasujirō Ozu est un cinéaste authentiquement sismographe, dont les fameuses positions basses de caméra, dites au ras du tatami grâce à un pied qu'il se fit fabriquer pour pouvoir tourner en effet au plus près du sol, avèrent autant la pesanteur des structures sociales qu'elles sont raccord avec une architecture japonaise ayant culturellement intégré le risque du tremblement de terre. Le tremblement de terre est bien l'obsession du cinéaste qui préfère en consigner les manifestations les plus infra-minces, le tremblement qui fait bouger mais imperceptiblement les plaques tectoniques du sensible en faisant généralement monter les larmes de ceux qui en finissent avec le déni. Ceux-là qui croyaient pourtant dur comme fer à l'immobilité du monde finissent alors par se rendre à l'évidence que tout est différent désormais.
Read MoreTraquer l’effet Psycho hitchcockien dans le cinéma et les arts, jusqu’à aujourd’hui. Un essai de Sébastien Rongier Impressionnant de ruse et de vélocité. Âmes sensibles ne pas s’abstenir.
Read MoreOuf ! Voilà qui me rassure. Dans le film Jacques Lacan, la psychanalyse réinventée, Françoise Dolto, Pontalis et d'autres psychanalystes racontent qu'ils ne comprenaient souvent pas grand chose à ce que racontait le second génie de l'inconscient, mais qu'il leur semblait pouvoir devenir intelligents s'ils persévéraient.
Read MoreSur la Toile, j'ai retrouvé par hasard le film néo-situationniste “La dialectique peut-elle casser des briques ?” que le situationniste René Viénet réalisa en 1972 en détournant un film de Hong Kong de Doo Kwang Gee. Il doubla les voix en réinventant des dialogues politiques qui mettaient en boîte le Capital et les bureaucrates communistes. L'objet amusera ceux qui ont connu les années 60 et 70 et leur effervescence "révolutionnaire", il intéressera peut-être les plus jeunes, d'autant que c'est le premier film de kung-fu dont on parla en France, donc par une version détournée !
Read MoreLorsque, plus de trente ans après sa mort, j'ai vendu les sept mille livres de mon père, j'ai commencé par faire des lots, par exemple sans vérifier s'il y avait des dédicaces. C'est ainsi, je n'ai pas de regret. J'ai retrouvé récemment un livre de 1956 de Maurice Lemaître, mais point d'Isidore Isou qui venait souvent à la maison.
Read MoreLes quatre documentaires de 55 minutes chacun sur Meredith Monk, John Cage, Robert Ashley et Philip Glass ont été tournés un an après le prometteur Meurtre dans un Jardin Anglais. Comme pour la série “Cinéma de notre temps”, où un cinéaste fait le portrait d’un autre en en adoptant certaines caractéristiques de son style, Greenaway choisit chaque fois une forme cinématographique appropriée à l’univers du compositeur abordé.
Read MoreS'il existe de nombreux films traitant du viol dans l'Histoire du cinéma, le mouvement #MeToo a récemment suscité de nouvelles productions audiovisuelles. Ma nièce Estelle, graphiste à New York, avec qui je discute de temps en temps de "l'évolution" des mœurs de l'autre côté de l'Atlantique, m'a justement conseillé I May Destroy You, la nouvelle série TV anglaise de Michaela Coel.
Read MoreMax Ophüls figure parmi les plus grands cinéastes français de l'histoire aux côtés de Jean Epstein, Jacques Becker, Jean Grémillon, trop souvent oubliés au profit d'Abel Gance, Jean Renoir ou Marcel Carné.
Read MoreL'Amérique a eu Robert Frank, dont le livre de photos "Les Américains" est rentré dans l'histoire en bouleversant le regard des photographes et leur rapport à la photographie. Le Maroc a la chance d'avoir le photographe et cinéaste Daoud Aoulad Syad. C'est aussi bien que cela ? C'est aussi bien que cela.
Read MoreSi, du temps où il existait des salles de cinéma, vous avez eu la chance et la surprise de découvrir l'étrange film d'Armand Gatti, El otro Cristóbal, il vous aura forcément manqué les bonus présents sur le DVD publié par ED Distribution.
Read MoreOù peut-on croiser Melville, Truffaut, Berluti, Belmondo, Jean Seberg, Godard et un Paris disparu au coin de la rue Campagne-Première ? Nulle part ailleurs que devant l’écran très no!r d’A Bout de souffle que Carlotta ressortira en salle dès que le comité de crise qui règne ici daignera rouvrir les salles obscures.
Read MoreRichement analytique, une belle percée thématique dans l’œuvre protéiforme de David Cronenberg.
Read MoreMaudit ! n'est pas la fiction fantaisiste d'une malédiction cryptique mais une fantastique traversée du miroir, le cauchemar éveillé d'une histoire mal dite. Maudit qualifie celui dont on dit du mal et dire du mal est un mal dire antique dont les rayons ensorcellent en brûlant en profondeur et en montant jusqu'au ciel – le marronnage est un génie hérétique dont il faut célébrer l’éternel retour.
Read MorePour changer de “Minuscule”, “La petite taupe”, les vieux “Mickey” des années 30-40, d'abord en noir et blanc puis en couleurs, ou les “Silly Symphonies” du même Disney. Ray Harryhausen fut le grand maître de l'animation en volume et des trucages cinématographiques
Read MoreConstruit avec les archives familiales, ce film de plus deux heures d’Alex Winter approche enfin le personnage de Frank Zappa dans ses contradictions géniales, en en restituant les faces cachées. Bonheur de visionnage que je conseille à tous, on y voit le parcours et les témoignages de nombreux personnages de sa galaxie. A mon avis, le plus beau film qui lui a été consacré.
Read MoreJean-Jacques Birgé \ “Berlin Alexanderplatz” est considéré comme le chef d'œuvre de Rainer Werner Fassbinder. Lancé dans la saga de Franz Biberkopf qui dure plus de quinze heures "en treize épisodes et un épilogue", je me suis passionné pour ce portrait de l'Allemagne qui a subi le Traité de Versailles et s'enfonce dans le chômage et la pauvreté, préparant le lit du nazisme.
Read MoreDans son nouveau documentaire, Hubert Sauper quitte l’Afrique (la Tanzanie du “Cauchemar de Darwin”, le Soudan de “Nous venons en amis”) pour Cuba. Dans l’indigent panorama cinématographique actuel, “Epicentro” s’impose, par son actualité (où en est Cuba ?) et par la richesse des matériaux culturels et historiques qu’il met en œuvre.
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