Ah, ça iran ! Nouvelles du Téhéran underground et révolutionnaire

Des montagnes du Liban et des recoins de la capitale iranienne surgissent deux productions intrigantes: la suite de On/Off, en EP et une compilation allemande de nouveaux venus Iraniens qui envoient l’actu du son d’un endroit qu’on nous décrit calfeutré par les mollahs. Mais justement, de la claustration naît la nouveauté…

A s’être laissé enfermer pendant un an et plus, on a perdu l’habitude de sentir le feeling des lieux, enfermés qu’on était devant les crétins experts en tout du petit écran qui focalisent les points de vue les plus nauséeux pour qu’on vote pour leurs poulains décérébrés. Mais, que nenni, on a pris l’habitude de fouiller les internets pour y trouver l’étrange et le zarbi qui fait signe - qui fait mouche et ravit.

Téhéran est le creuset culturel de l'Iran avec sa population de 15 millions d'habitants. Il y existe une scène musicale vaste et vivante, dont l'Occident connaît peu de choses.

This Is Tehran ? présente une génération moderne de compositeurs iraniens qui ont insufflé une nouvelle vie à la musique traditionnelle du pays avec un album de 10 morceaux réunissant divers compositeurs et musiciens iraniens contemporains, en invitant les auditeurs à découvrir et à s'émerveiller des fruits du mariage entre patrimoine et innovation.

La compilation vous invite à découvrir cette scène musicale et à vous émerveiller de sa diversité. Des sons classiques contemporains avec Saba Alizadeh au violon iranien à pointes Kamanche ou Siavash Molaeian avec Kasra Faridi au piano jusqu'au célèbre musicien électronique expérimental Ata "Sote" Ebtekar. Les rythmes électroniques de la coopération entre Ehsan Abdipour et Andreas Spechtl côtoient naturellement les sons jazzy de Parastoo Ahmadi ou Mina Momeni. Le groupe Otagh Band vous invite à découvrir le sombre "Rotenburg", chargé de trip-hop, qu'ils ont écrit sur le "Cannibale de Rotenburg".

C’est immédiat, ça secoue et ça parle le son d’aujourd’hui, vu de là-bas. comme un petit de coup de chalumeau sous les jupes des mollahs. Revigorant!

Après la sortie de son dernier album solo On/Off  (nommé aux Victoires du Jazz 2021) le 23 octobre 2020, le compositeur, chanteur et multi-instrumentiste franco-libanais Bachar Mar-Khalifé en dévoile la face cachée dans Ghost Songs. Un ensemble de « chansons fantômes », dont trois issues des mêmes sessions d’enregistrement dans les montagnes de Jaj, au Liban, ainsi que des versions alternatives de chansons existantes.
On y retrouve ainsi « Yes Siretsi », adaptation d’une chanson traditionnelle arménienne ; « Ya Binti », réinterprétation libre de l’emblématique Gnossienne d’Erik Satie ; et « Ya Zahratan », reprise du musicien syro-égyptien Farid El Atrash.

À ces titres s’ajoutent de nouvelles versions de morceaux extraits de On/Off : « Chaffeh Chaffeh », en duo avec la chanteuse syrienne Lynn Adib, une histoire revisitée de « Jnoun », initialement en duo avec Christophe, et une version instrumentale et poétique, tout en légèreté de « Zakrini » (chanson thème du film « Sous le ciel » d’Alice de Chloe Mazlo, en salles le 30 juin 2021). Et aussi, un excellent remix électro de « Ya Binti » par le producteur français Chapelier Fou.

A la fois proches et lointains, accessibles et étranges par leur origine qui ne sonne pas connue à la première écoute - tout en envoyant des signes de reconnaissance et d’appartenance, ces deux albums ouvrent la tête en faisant signe qu’ailleurs aussi on écoute, on produit et on crée en dehors des carcans, pour dire son quotidien, sa vision du monde et du son pour mieux le faire vibrer. Un super beau doublé - c’est dit !

Jean-Pierre Simard
Bachar Mar Khalifé - Ghost Songs - Baloon/ Idol
Various Artists - This Is Tehran ? - 30M Records

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