Kid Cudi s'envoie une dernière fois dans la lune, mais sans nous
“Man on the Moon III : The Chosen” est l'un des albums les plus attendus - et décevants - de cette fin d'année. Sorti via Republic, on y croise aussi bien Phoebe Bridgers, le regretté Pop Smoke, Skepta que Trippie Redd. Dernier volet de sa trilogie, “The Legend of Mr. Rager” datait de 2010, quand “Man on the Moon : The End of Day” était de 2009.
En dehors de cette trilogie, Kid Cudi a sorti WZRD en 2012, Indicud en 2013, Satellite Flight : The Journey to Mother Moon en 2014, Speedin' Bullet 2 Heaven fin 2015, Passion, Pain & Demon Slayin' en 2016, et, plus récemment, avec la collaboration de Kanye West, Kids See Ghosts en 2018 et enfin l’an passé, Entergalactic. En 2020, Kid Cudi a rejoint Selena Gomez sur "A Sweeter Place" Travis Scott sur "THE SCOTTS", sorti en solo "Leader of the Delinquents", et sa collaboration avec Eminem intitulée "The Adventures of Moon Man & Slim Shady". Toujours en 2020, Kid Cudi est apparu dans la série télé de Luca Guadagnino "We Are Who We Are" et "Bill and Ted Face the Music".
Conçu comme une suite en quatre parties, on y voit défiler Return 2 Madness, The Rager, The Menace, puis Heart of rose gold et enfin Power. Histoire d’une rédemption - devinez laquelle, le début nous faire retrouver le Cudi qu’on avait aperçu flamboyant à Rock en Seine, l’excellent rapper qui reprend tout du début. La seconde le voit en proie à ses démons, trip en enfer et retour. La troisième ouvre la voie à la rédemption, avant de nous livrer le nouveau Cudi, libéré de son passé et ayant trouvé la rédemption grâce son dieu. Bizarrement comme Kanye - qui a voté Trump…
Entre son approche syncrétique des genres musicaux télescopant rap, éléctro et rock psyché, son flow traînant et brumeux, la reconfiguration de la mélancolie à l’heure de l’Auto-Tune (la réussite de 808’s and Heartbreak de Kanye West doit beaucoup à son poulain Cudi), jusqu’au fredonnement si distinctif devenu running-gag, Scott Mescudi a, dès son premier album réécrit l’ADN de l’époque.
Mais si 2020 a encore des effluves des Man On The Moon I & II, pièces maîtresses de sa discographie, il faut noter que la dernière décennie s’est déroulée sans lui ou presque. Essoré artistiquement par le vampirisant Kanye, bataillant pour sa santé mentale et contre ses addictions qui l’ont souvent conduit en désintox, aucun album de Mr. Rager ne parviendra à réitérer l’exploit de son premier diptyque, pas même le réjouissant mais moyen Passion Pain & Demon Slayin’. Et ce n’est pas en donnant le recette de sa sortie de crise qu’il va s’en sortir. Le rap biz est cruel qui a vu Travis Scott prendre sa place auprès de Kanye et on fait forcément le parallèle entre les deux ici. Les productions pas souvent inspirées échouent à récréer le canevas hallucinogène et brumeux de Man On The Moon I & II sur lequel pouvait s’épanouir la voix profonde de Cudder.
Le problème d’avoir mis au point une recette de hip hop mainstream, c’est quand elle est dépassée par d’autres, ne lui laissant que quelques morceaux çà et là, manifestes parmi les manifestes de ce pourquoi on continuera d’aimer follement les fredonnements de l’homme de la lune, et de ce To be continued en clôture de l'album; mais cela s’avère peu au finish. Man On The Moon III manifeste exactement le feeling de l’année, d’un côté le besoin de ressouder une communauté avec des thèmes fédérateurs devant l’administration KKK de Trump, Et de l’autre - comme pour tous ceux qui ont été obligé de voter Biden, parce que les démocrates n’ont pas voulu de Sanders; à savoir en avant comme avant, en espérant de nouvelles lignes - qui seront seulement de fuite. Un peu comme de vouloir voter ici en 2022 pour le PS. Non seulement les vieilles recettes ne fonctionnent plus, mais en plus, elles puent. Hé Kid, tu reviens de la Lune, mais Jimi Hendrix arrivait lui, de la planète Mars… It’s like a Jungle Sometimes.
Jean-Pierre Simard le 14/12/2020
Kid Cudi – Man On The Moon III: The Chosen - Republic