Oh my god - Kevin Morby pleure sa mère et on en redemande.
S’il était juste protestant, comme la majorité des Américains (version Kansas City), on s’en taperait grave. Mais comme le caméléon Kevin Morby peaufine son histoire depuis 5 albums, à juste 30 ans, le bonhomme intéresse de plus en plus, à tracer sa route en tricotant une (autre) histoire d’un certain rock où chaque album aligne ou une ou deux perles notables. Le singulier Oh My God le voit s’intéresser aussi bien à la mystique qu’au transport aérien, comme générateur d’idées.
La fonction démarquage est la constante du rocker de talent qui prouve qu’il s’est ouvert au monde en apprenant les grilles, les postures, les tics et les points forts des auteurs qu’il recopie avec application jusqu’à s’en séparer ou les infuser. Ainsi, le petit Morby s’est fait les crocs sur divers maîtres(ses) pour trouver sa voie/x: de Patti Smith à Bob Dylan, en passant par Lou Reed, auxquels on peut ajouter Curtis Mayfield ou Shuggie Otis pour les guitares - c’est assez transparent sur Harlem River. On note le parti-pris guitares et voix en avant porté par des arrangements souvent luxuriants (jusqu’ici !)
Mais ici, soudain, tout bascule en 14 titres, toujours produits par Sam Cohen comme le Singing Saw de 2016. Aïe, un concept-album que ce Oh My God… Mais ne paniquez pas, c’est d’une mystique très supportable, son auteur déclarant la semaine dernière à France Info : “Je m’intéresse presque autant à l’imagerie religieuse qu’à toute autre forme d’art ou d’histoire, comme si c’était un western. “ Questionnement ok, mais grenouille de bénitier, jamais !
Sur les conseils du producteur, le principal boulot aura été de tout envisager a minima pour privilégier les temps forts : on part du questionnement et on mixe cela avec des arrangements squelettiques autour de la religion et du transport aérien. Ici, on se souvient du gospel, des compositions piano/orgue, et on fait avec, quand on ne s’offre pas une petite fixette Velvet sur le brillant OMG rock’n’roll.
La religion, les croyances, ce qu'on est prêt à faire en leur nom, Kevin Morby aborde tout cela ; la plupart des idées lui étant venues... dans les cieux : "Quand je suis dans un avion, je peux me passionner pour un livre qui m’ennuyait un peu plus tôt, et même chose avec mes chansons quand j’écoute les démos en vol".
Côté temps forts : l’ouverture remarquable de No Halo avec ses percussions en avant toute, les drones de Nothing Sacred/All Things Wild, le côté Blonde on Blonde de Hail Mary et le Congratulations qui sonne comme un vieux titre du Band. On se trouve alors devant un problème - l’album est bon ( les autres aussi!) mais à vouloir se caler dans un carcan, il manque son objet tout en affinant sa vision musicale.
Le trait du style de Kevin Morby est maintenant dessiné et ancré pour de bon : un son riche, des mélodies encore un peu vintage et beaucoup de chaleur. L’emphase devient une caractéristique, soulignée par les chœurs et la préciosité de l’orchestration. Et ce n’est même pas négatif ! Car cela lui permet de maîtriser aussi les écarts. Ballad Of Faye a par exemple un ton jazzy inattendu, et l’association des notes rappelle à certains égards la grande Alice Coltrane.
« C’est une pièce qui souhaite la cohésion ; toutes les chansons s’inscrivent dans le cadre de ce thème religieux. J’ai pu écrire et enregistrer l’album que je voulais faire. C’est une de ces marques de vie : c’est pourquoi j’ai dormi sur le sol pendant sept ans. J’ai maintenant les clés de mon propre petit royaume, et je consacre tellement ma vie à la musique que je veux juste qu’elle reste intéressante. En fin de compte, la seule chose que je ne veux pas, c’est m’ennuyer. Quelqu’un veut se mettre en travers de ma route à propos de l’écriture d’un album religieux-non-religieux ? Dieu merci. C’est tout ce que j’ai à dire. »
Maintenant, s’il poursuit dans cette voie, le prochain album s’inspirera soit de Jack White, soit des Black Keys. Deux modèles fort honorables, d’autant qu’il a une voix plus charismatique que lesdits Dan Auerbach et Jack White… Et, en attendant, on pourra le voir en live le 20/6/19 au Cabaret Sauvage.
Jean-Pierre Simard le 7/05/19
Kevin Morby - Oh my god - Dead Oceans