Anne Carson un prix Nobel de poésie qui fait avancer le schmilblick

Anne Carson est poète, essayiste, professeure de lettres classiques et traductrice. « Dans le petit monde de ceux qui suivent la poésie contemporaine », écrivait Daphne Merkin dans le New York Times Book Review, Carson « s’est frayée un chemin remarquable, suscitant à la fois l’envie et l’admiration ». Au cours de sa carrière littéraire « inclassable », Carson s’est vue décerner les éloges de la critique et s’est constitué un large public.

Outre ses nombreuses traductions très appréciées d’auteurs classiques tels que Sappho et Euripide, ainsi que son adaptation en triptyque de L’Orestie (2009), elle a publié des poèmes, des essais, des livrets d’opéra, des critiques en prose et des romans en vers qui transcendent souvent les genres. Réputée pour son érudition hors du commun — Merkin l’a qualifiée de « l’une des grandes pasticheuses » —, sa poésie peut aussi être déchirante et elle aborde régulièrement les thèmes de l’amour, du désir, de l’aspiration sexuelle et du désespoir. Poète toujours ambitieuse, quels que soient son sujet ou son genre, Merkin a écrit à propos de son *The Beauty of the Husband* : « Je ne pense pas qu’il y ait eu, depuis *Life Studies* de Robert Lowell, un ouvrage qui ait fait progresser l’art de la poésie de manière aussi radicale qu’Anne Carson est en train de le faire. » Parmi les recueils récents d’Anne Carson figurent *Nox* (2010), *Red Doc* (2013) et *Float* (2016). Elle a reçu de nombreuses distinctions et récompenses, notamment des bourses de la Fondation Guggenheim, de la Fondation MacArthur et de l’Académie américaine de Berlin. Elle a également reçu le prix Nobel de littérature, un prix littéraire Lannan, le prix Pushcart et le prix Griffin de poésie. Excusez du peu.

Carson est née à Toronto, en Ontario, en 1950. Une rencontre au lycée avec un professeur de latin, qui accepta de lui enseigner le grec ancien pendant la pause déjeuner, la conduisit à se passionner pour la littérature classique et hellénique, des influences qui marquent encore aujourd’hui son œuvre. Carson a fréquenté l’université de Toronto, bien qu’elle ait interrompu ses études à deux reprises avant d’obtenir sa licence, sa maîtrise et son doctorat en lettres classiques. Carson a enseigné dans de nombreuses universités aux États-Unis et au Canada, notamment à McGill et à l’université du Michigan. Sa carrière littéraire a débuté avec *Eros the Bittersweet: An Essay* (1986), ouvrage qui a également défini le style de Carson, caractérisé par une écriture s’inspirant de la littérature grecque classique. Des ouvrages tels que *Glass, Irony, and God* (1992), *Plainwater: Essays and Poetry* (1995) et *Men in the Off Hours* (2001) ont contribué à asseoir la réputation de l’auteure comme une figure unique parmi les poètes contemporains. Mais les exemples les plus largement salués de sa spécialité particulière sont sans doute ses romans en vers, *Autobiography of Red : A Novel in Verse* (1998) et *The Beauty of the Husband : A Fictional Essay in 29 Tangos* (2001); ce roman en vers dont le sujet est « les caprices de la luxure et le désamour du cœur vus à travers une rupture conjugale », comme l’a écrit Daphne Merkin,a également reçu des éloges et s’est vu décerner le prix T.S. Eliot. En 2000, Carson s’est vu décerner une bourse « génie » de la Fondation MacArthur.

Depuis son succès de 2001, Carson a publié un recueil de « poésie, essais et opéra », *Decreation* (2005). Composé de courts textes lyriques, d’un scénario, d’un oratorio et de longues sections en prose mêlant critique littéraire et réflexion philosophique, cet ouvrage tire son titre et son inspiration d’une idée de la philosophe Simone Weil. Comme l’explique Carson, la notion de « décreation » chez Weil est « une dissolution de la créature en nous — cette créature enfermée en soi et définie par soi ». Comme l’a noté Deryn Rees-Jones dans The Independent, « en décréant, nous trouverions, dans l’extinction de notre moi, une plénitude métaphysique, en harmonie avec l’univers ». *Decreation* a reçu des éloges de toutes parts et Fiona Sampson, dans sa critique du livre pour le *Guardian*, a affirmé qu’il « met en lumière l’une des intelligences les plus singulières à l’œuvre dans la littérature contemporaine » et que, malgré son contenu qui transcende les genres, il s’agit « avant tout… d’une poésie inimitable ».

C'est qu'il y a bien des façons d'être prisonnier,
me dis-je en arpentant la lande.
En général ma mère après le déjeuner fait une sieste

et je pars en promenade.
Les arbres bleus et nus, le ciel pâle et dur d'avril
Me sculptent en dedans avec des ciseaux de lumière.

Quelque chose dans cette lumière me rappelle l'enfance
c'est la lumière du temps arrêté après le déjeuner quand les horloges tictaquent,

que les cœurs se ferment,
quand les pères s'en vont reprendre leur travail et les mères restent devant l'évier à méditer

ce dont elles ne parleront jamais.
Tu te rappelles trop de choses, m'a dit ma mère il n'y a pas longtemps.

Pourquoi t'accrocher à tout ça ? Et j'ai répondu :
Où le déposer?


Extrait de L'essai de verre de Anne Carson

Lors d’un entretien avec la poète et critique Stephanie Burt, Carson a admis qu’au fond d’elle-même, elle se considérait comme une artiste visuelle, et non verbale : « Je n’ai pratiquement pas écrit avant la vingtaine, je crois, parce que je dessinais. Je me contentais de dessiner, et parfois j’écrivais dessus quand j’étais jeune, mais c’était surtout le dessin qui m’intéressait. Je ne me suis jamais considérée comme une écrivaine ! » Même après plusieurs recueils acclamés par la critique, « je ne sais pas si je le suis encore aujourd’hui. Je sais que j’ai besoin de créer. Et le livre est une forme pratique dans notre culture, qui permet de créer, mais cela me satisfait de moins en moins. Et je n’ai jamais eu l’impression que cela épuisait les idées que j’avais. »

Poetry Foundation , édition de la rédaction le 12/10/2026
Anne Carson, Prix Nobel 2026 de Littérature