Du côté de chez Swans et des adeptes du bruit blanc…
Avant de proférer “ quiet is the new loud” et révéler Devendra Banhart au monde, Michael Gira était/est/sera une expérimentateur sonore bruitiste (ou pas), immense provocateur et grand générateur d’univers sonores inconnus et foudroyants avec les Swans, son groupe depuis 1982. Côté bruit, on lui trouve de suite deux descendants notoires comme Sunn O))) et les Canadiens de Godspeed You! Black Emperor. Toujours incapable de définir sa musique , sinon par le fait qu’il s’immerge totalement dedans, les live de la période bruitiste ressortent : Newly Sentient Being ou deux heures et demie d’exemples…
Il y a des albums live qui immortalisent un groupe à un moment précis, et puis il y a ceux qui donnent l’impression de marquer la fin d’une époque entière. Newly Sentient Being appartient sans conteste à cette dernière catégorie. Capturant le dernier concert de l’ère gros son des Swans, cet opus monumental rassemble plus de deux heures et demie de musique qui sonnent moins comme un adieu que comme la dernière transmission en provenance d’une autre dimension.
Pendant quinze ans, Swans a développé un langage musical de plus en plus immense, fondé sur la répétition, le volume, la tension et la transcendance. Ce live clôt ce parcours en apothéose. La prestation oscille sans cesse entre des passages d’une beauté presque céleste et des éruptions sonores d’une brutalité physique, créant une atmosphère à la fois hypnotique, troublante et étrangement belle. Ce qui rend cet album particulièrement captivant, c’est qu’il ne s’agit pas simplement d’une rétrospective , car l’album contient une multitude de nouveaux morceaux qui n’ont jamais été enregistrés ailleurs, conférant à la prestation un sentiment de découverte alors même qu’elle marque la fin de ce chapitre particulier. Michael Gira et le groupe semblent complètement immergés dans la musique, laissant les morceaux s’étendre, muter et prendre progressivement vie. Au hasard, la définition du son, c’est rien que le voyage…
La formation est redoutable : Norman Westberg, Michael Gira, Dana Schechter, Phil Puleo, Christopher Pravdica, Larry Mullins et Kristof Hahn. Ensemble, ils créent un son qui peut être à la fois monumental et profondément intime ; quand tout se combine pour former quelque chose qui s’apparente moins à du rock conventionnel qu’à un rituel se déroulant en temps réel. D’où l’intérêt ( et la prise de risque) du groupe en action.
Les Swans ont toujours compris le pouvoir de la patience. Leur musique repose sur l’accumulation : un riff répété jusqu’à devenir hypnotique, un rythme poussé jusqu’à devenir physique, un son progressivement transformé jusqu’à ce que sa forme d’origine disparaisse. Sur Newly Sentient Being, cette approche atteint une intensité assez paroxystique. La musique peut sembler à la fois oppressante et libératrice, oscillant entre obscurité et moments d’une clarté extraordinaire.
Bien plus qu’un ajout au formidable catalogue d’enregistrements live de Swans, ce live est un document monumental témoignant d’un groupe qui clôt l’un de ses chapitres créatifs les plus significatifs avec un engagement absolu. On ne ressent nullement l’impression d’un groupe se contentant de faire acte de présence ; au contraire, les Swans tirent leur révérence avec amour, férocité et une volonté presque téméraire de repousser les limites de leur musique; comme le prouve le DVD qui accompagne la sortie.
Un adieu magnifique et un nouveau rappel que, à leur apogée, les Swans n’ont jamais sonné comme n’importe qui d’autre. Cherchez bien…
Jean-Pierre Simard, le 5/10/2026
Swans - New Sentient Being - Young Gods Records/ PIAS