Tout doit disparaître - Quelques témoignages sur ce qui se passe vraiment à Calais

Au moment où la préfète du Pas-de-Calais annonce à BFMTV qu’il n’y a plus personne dans le bidonville, plusieurs centaines de personnes au moins y sont encore. De nombreux SMS on circulé dans la nuit et la matinée disant que ce sont des « Blancs » (comprendre des Européens) qui ont allumé les incendies qui se multiplient, mettant dans cette période de tension les militant-e-s qui sont resté-e-s sur place en danger. Beaucoup ont donc quitté les lieux dans la matinée, ce qui correspond à l’objectif des autorités : pas de témoins. De même, annoncer que le bidonville est vide, c’est dire aux journalistes « vous pouvez partir, il n’y a plus rien à voir ».

Des fourgons utilisés pour les arrestations ont été vus roulant dans la direction du bidonville. L’expulsion musclée commence donc, les regards extérieurs ne sont pas souhaités. Déjà hier, au moment où les journalistes ont été interdits d’entrée au bidonville, et ce matin, l’expulsion s’est faite au gaz lacrymogène. Des arrestations sont maintenant probables.

Chacun cherche à avoir des nouvelles d’ami-e-s ou de connaissances restées à l’intérieur, et l’inquiétude est grande.

Ce matin, un exilé soudanais devait être expulsé vers le Soudan à partir du centre de rétention de Metz. Il était à son 45e (et dernier selon la loi) jour de rétention. Il a été arrêté bien avant que l’expulsion du bidonville de Calais ne commence, mais c’est un signal d’alerte qu’il faut prendre en compte.

Avec la fin de l’évacuation du bidonville, peut-être aujourd’hui ou demain, commenceront sans doute les rafles dans et autour de Calais, un nombre indéterminé de personnes s’étant dispersées aux alentours.

Les choses donc ne font que commencer.


Jour 3 du démantèlement, des réfugiés décident de partir en incendiant leurs habitations. Un moyen de décider, un peu, du sort de ce qui leur appartient. 
Le feu se propage rapidement sur une grosse partie de la zone. 
Les réfugiés, des activistes et parfois même des journalistes, essayent de sortir des bouteilles de gaz pour eviter les explosions. 

Calais - 26 Octobre 2016
© NnoMan


Les départs « volontaires » sous la menace commençaient à se tarir, et surtout l’organisation chaotique du dispositif commençait à le rapprocher dangereusement de l’implosion.

On est donc cet après-midi passé en mode expulsion musclée et destruction. Quelques soixante-dix fourgons de CRS, accompagnés d’autres variétés de police (PAF, BAC) ont encerclé le bidonville et expulsé les habitant-e-s d’un premier secteur, qui a aussitôt été détruit.

L’accès au bidonville a été interdit à la presse, malgré les garanties données par la préfecture.

Cet après-midi, les CRS ont obligé les personnes qui attendaient pour être enregistrées au hangar de tri d’où se font les départs vers les Centres d’Accueil et d’Orientation (CAO – voir iciiciici et ) à s’asseoir par terre pour mieux les contrôler. Vers 16h il leur a été annoncé qu’il n’y aurait plus de départs aujourd’hui. Pas de chance pour les personnes dont la cabane venait d’être détruite.

Mais ce sont les mineur-e-s qui trinquent le plus violemment, et ce depuis le début. D’abord on va arrêter d’écrire mineur-e-s, parce que les mineures, sous prétexte que quelques-unes ont été acceptées au Royaume-uni la semaine dernière au titre du regroupement familial, ont complètement disparu du viseur. Si tant est que les autorités se soient jamais préoccupées d’elles. Elles sont toujours là, mais pour le moment invisibles.

Les mineurs, donc. Il y a donc cette longue queue pour accéder au hangar où se fait le tri pour le départ vers les CAO et les CAOMIE (pour les Mineurs Isolés Étrangers). Il y a un premier tri des mineurs au faciès, toi tu es mineur, toi tu es majeur. Puis un entretien de moins de cinq minutes (la queue est longue) par un-e salarié-e de France Terre d’Asile et un officiel britannique pour confirmer la minorité, et orienter. Les mineurs qui déclarent avoir de la famille au Royaume-uni vont rester dans le camp de containers qui jouxte le bidonville en attendant que les autorités britanniques statuent sur leur sort. Les autres partent vers le CAOMIE.

Mais pour mettre des mineurs dans le camp de containers il a fallu vider des places, puisqu’il y avait déjà des gens dans les containers. On a donc envoyé les CRS pour les expulser. Mais parmi les personnes expulsées il y avait des mineurs, qui se sont donc retrouvés sans abris et ont dû aller s’enregistrer au camp de containers.

Et puis il y a eu un moment où il y a eu trop de mineurs et pas assez de places libérées, alors cent cinquante mineurs ont dû dormir par terre dans les parties communes du camp de containers. Et puis il y a les mineurs qui étaient déjà dans une procédure de regroupement familial au Royaume-uni, qui ont dû quand même faire la queue pour être enregistrés à nouveau et avoir accès au camp de containers, mais qui n’ont pas forcément été reconnus mineurs au tri au faciès, qui ne sont donc pas admis dans les containers, et qui ne savent plus où ils en sont. Les mineurs qui étaient suivis par une association qui a perdu leur trace dans ce chaos. Il y a les mineurs qui appellent les associations parce qu’en besoin de comprendre ce qui leur arrive, parce que perdus, parce qu’en besoin de repères. Parce que considérés comme majeurs et obligés de monter dans un bus pour une destination qu’ils n’ont pas comprise.

Alors, ce matin les jeunes étaient révoltés par ce qu’ils percevaient comme injustes. La tension est montée, les CRS appelés comme réponse au sentiment d’injustice des jeunes. Dans le hangar, ils les ont maté à coup de matraque sur les cuisses et les genoux, loin du regard des journalistes.

Cette nuit, ce sont les mosquées du bidonville qui ont ouvert leur porte aux mineurs sans abri. Leur communauté veille sur eux. En attendant que les bulldozers détruisent tout.

Passeurs d'hospitalités


L'expulsion se termine en pogrom, pas de buldozer, les pompiers n'interviennent pas afin que les dernières personnes fuient les camps d'eux mêmes. Beaucoup d'énormes explosions bouteille de gaz et autres, risques de blessés si pas déjà le cas, aucun secouristes officiel. Tous les sans papiers n'ont pas reçu de logement, et beaucoup de mineurs on dormi sous le pont sous l'autoroute a l'entrée du dispositif de déportation la nuit dernière. Tous les médias et fonctionnaires mentent et manipulent toutes les informations, qui ne ressemblent en rien à ce qui se passe réellement sur zone. Les derniers occupants vont se faire rafler! Faites tourner partager publiez svp nous n'avons pas le moyen de le faire d'ici la situation est bien trop tendue, des médics présents sur place