L’indécence de Tariq Ramadan

Tariq Ramadan, toujours mis en examen pour viol dans deux dossiers et sous contrôle judiciaire, a été aperçu hier soir à Saint-Denis lors d'une réunion « contre les violences faites aux femmes au quotidien », qu’il a refusé de quitter comme le lui demandaient des femmes présentes et la maire de la ville, en charge de l’animation du débat.

Tariq Ramadan, toujours mis en examen pour viol dans deux dossiers et sous contrôle judiciaire, a été aperçu hier soir à Saint-Denis lors d'une réunion « contre les violences faites aux femmes au quotidien », qu’il a refusé de quitter comme le lui demandaient des femmes présentes et la maire de la ville, en charge de l’animation du débat.

Je me réveille folle de colère. Hier la mairie de St Denis organisait un débat sur les violences sexistes et sexuelles. Tranquille Tarik Ramadan se pointe au débat et s'asseoit. On nous rétorque qu'il est " présumé coupable de viols" et que la justice doit juger donc qu'il ne lui sera pas demandé de partir. 

Pendant qu'on ne juge pas : dix femmes quittent la salle. Les débats se poursuivent, des femmes n'osent pas prendre la parole. Comme a dit une camarade de Femmes en lutte 93 présente : la présomption d'innocence protège les agresseurs. Pendant ce temps là, les victimes se terrent et se taisent. On nous renvoie à la justice en oubliant que même pas 10% des plaintes aboutissent. On nous renvoie à la justice en oubliant qu'elle est sexiste et que les femmes n'obtiennent jamais de condamnations de leurs agresseurs ou violeurs. On nous renvoie à la justice en oubliant que l'an dernier, la justice a jugé une enfant de 11 ans capable de gérer son consentement. 

Comment parler de violences sexistes et sexuelles face à un mec accusé de dizaine de viols ? Au delà de Ramadan, la question est aussi d'analyser les raisons qui font que ce violeur prédateur se sente la légitimité de venir avec sa cour assister à un débat sur ce sujet, sans sourciller.

Il a eu un système de soutien indécent sous prétexte de maltraitement démocratique. Le PIR a été un fer de lance de ce comité de soutien, en profitant pour ne jamais soutenir les femmes et les condamnant en réalité. La présomption d'innocence ou de vérité ne leur a pas été accordée à elles. On nous a sorti le complot islamophobe, la manipulation des femmes, on a pisté la moindre déclaration des femmes, on a jugé leurs pratiques sexuelles présumées, on a même trouvé la parfaite manipulatrice lesbienne, Fourest (que je ne défendrais jamais) pour expliquer cette situation ... En vrai la haine a été déversée sur les femmes... encore.

Les soutiens de Tariq Ramadan ont eu une haine contre ces femmes qui ont osé touché à leur symbole politique. Symbole politique qui faisait des débats pour l'égalité en profitant de dizaines de femmes, dont certaines avaient une vingtaine d'années. Au delà de Tarik Ramadan, ce phénomène d'impunité des hommes violents est une constante dans toutes les situations de violences faites aux femmes : avec ou sans plainte, les hommes considèrent toujours légitime leurs présences et leurs paroles. Et la charge de honte, haine, violences restent sur les femmes qui ont osé parler, porter plainte, divorcer ... 

Ce gars a perdu droit de cité dans nos luttes et dans nos espaces militants. Honnêtement, bien que le traitement médiatique et judiciaire islamophobe qu'il a subi est déguelasse, ça n'est pas ma priorité. Le gars est sorti. Le gars va bien. Le gars a même eu une cagnotte de thunes pour se payer les meilleurs avocats. Le gars vient assister à des débats sur les violences sexistes et sexuelles.

Ça doit cesser. La prochaine fois, n'attendons pas de médiation et empêchons que des débats se tiennent en présence d'agresseurs, violeurs présumés ou non, soit disant repentis ou non, soit disant malades, ou toxicomanes ... 

Eradiquons les stars du militantisme qui ont un permis de violer et d'agresser. En toute impunité. Impunité qui va jusqu'à l'indécence de venir assister à un débat sur les violences sexistes et sexuelles quand on a des plaintes pour viols en cours.

Hanouna Hanounti le 19 mars 2019