Short-cuts 4, par Nina Rendulic

SHORT - CUTS (4)

au bout de chaque semaine, ce(ux) que je retiens dans la réalité subjective du monde qui nous entoure

krajem svakog tjedna, ko/čega se sjećam u subjektivnoj stvarnosti svijeta oko nas

semaine du 8 / 2 / 16 :

les vents sont froids les cerisiers en fleurs les filles en chemisiers fins les regards apaisés les poissons dans l'eau les livres fermés les voyages de retour les nappes tâchées les pots renversés les pensées fluctuantes les images pleines de son les corps courbés les amis éloignés les choses les choses et les mots et les souvenirs et les espoirs certains et incertains à la fois

Leslie Kaplan

Je te traduirai, Leslie. Je te traduirai avec toutes tes virgules, avec tes sauts à la ligne, avec tes italiques et tes répétitions. Je te traduirai avec tes reprises pronominales des prénoms sujets. Je te traduirai pour m’approprier tes mots, pour t’apprivoiser. J’ai lu Louise, Leslie. Louise, elle est folle. Qui est Louise, Leslie ? "tu m’as trahie, tu m’as volé mes mots" Parler avec les mots autres. Les mots des autres. Si Louise est comme toi et moi, pourquoi est-elle folle, Leslie ? Les clichés. La tristesse. Les clichés. La tristesse. Parlons des mots. Des mots qu’on vole, qu’on extirpe, qu’on alimente artificiellement. Des mots qu’on traduit. Je la ferai parler croate, Leslie. Louise je la ferai parler croate. Car Louise, elle est folle. Et moi, ça me plaît.

Lonely Drifter Karen

Écoutez. 

 

Vous entendez comment elle prononce "Dragon" ? Comme le prénom de mon grand-père. Il était inventeur, Dragon. Sur son bateau qui vole il chassait des rêves désespérés. Venise. Paris. Et au-delà.

Lonely Drifter Karen n’a jamais reçu toute la lumière qu’il méritait. Un article dans les Inrocs, un duo avec Olivia Ruiz, pas de paroles de chansons en ligne, pas d’interviews, pas de nouvelles nouvelles. Juste une voix claire et articulée. Lumineuse et scintillante. Juste des mélodies envoûtantes (circonflexe !). Juste des textes comme sortis de l’anthologie de la poésie surréaliste.

chut! Écoutez. 

Ghérasim Luca

Ou la naissance de la passion-mot. Ou la fragmentation du désir. Les homonymes sans sens résonnent comme le chant de la carpe. Je ne me souviens pas de la première fois où S. m’en a parlé. A Zagreb, ou dans une autre vie. C’était un homme exilé, il disait. C’était un homme tourmenté, un poète. Plus de place pour les poètes dans ce monde, dit-il en se jetant dans la Seine à huit décennies. Quelle solitude. La seconde fois c’était dans les rues de Montmartre. En sortant d’un bric-à-brac (où il s’est acheté des membres d’une poupée). S. connaît très bien le Montmartre inconnu. S. connaît très bien les poètes. S. me connaît très bien.

ne do mi nez pas vos pas sions

"concupiscence"

nom féminin / latin concupiscentia, de concupiscere, convoiter / attrait naturel vers les biens matériels, terrestres, en en particulier penchant aux plaisirs sensuels

Les guillemets montrent le métalangage. Le langage pris pour objet de sa propre observation. Con-cu-pi-scence. Le chant de [ky] adoucit la torpeur de la première syllabe, avec un [k] dur et un [õ] nasal plaintif, avant de passer par un [pi] aigu et culminer dans le sifflement de [sãs]. Voilà. Voilà un mot que je n’avais jamais entendu avant lundi dernier. Un mot que j’aime désormais rouler dans la bouche avant de le laisser partir vers des contextes sémantiquement tout à fait inadaptés. Le luxe d'être étrangère.

Nina RENDULIC

 


Nina RENDULIC

Nina Rendulic est née à Zagreb en 1985. Aujourd'hui elle habite à 100 km au sud-ouest de Paris. Elle aime les chats et la photographie argentique. Elle vient tout juste de terminer une thèse en linguistique française sur le discours direct et indirect, le monologue intérieur et la "mise en scène de la vie quotidienne" dans les rencontres amicales et les dîners en famille. Vous pouvez la retrouver sur son site : ... & je me dis

novi tjedan : 8 / 2 / 16

vjetar je hladan trešnje u cvatu košulje tanke pogledi blagi ribe u vodi knjige zatvorene putevi u povratku stolnjaci s mrljama vaze prevrnute misli lebdeće slike pune zvuka tijela uvijena prijatelji daleko stvari stvari i riječi i sjećanja i nade sigurni i nesigurni odjednom

 

Leslie Kaplan

Prevest ću te, Leslie. Prevest ću sve tvoje zareze, isprekidane misli, ponavljanja i italike. Prevest ću tvoje zamjenice nakon osobnih imena. Prevest ću te kako bih prisvojila tvoje riječi, kako bih te ukrotila. Pročitala sam Louise, Leslie. Louise, ona je luda. Tko je Louise, Leslie? "izdala si me, ukrala si moje riječi" Govoriti drugim riječima. Riječimadrugih. Ako je Louise kao ti i ja, zašto je luda, Leslie? Klišeji. Tuga. Klišeji. Tuga. Pričajmo o riječima. Riječima koje krademo, čupamo, umjetno održavamo na životu. Riječima koje prevodimo. Ona će govoriti hrvatski, Leslie. Louise će govoriti hrvatski. Jer Louise, ona je luda. A meni se to sviđa.

 

Lonely Drifter Karen

Slušajte.

 

Jeste li čuli kako izgovara « Dragon » ? Kao ime mog dede. Dragon je bio izumitelj. Na svom letećem brodu ganjao je beznadne snove. Venecija. Pariz. I još dalje.

Lonely Drifter Karen nikada nije dobio onoliko svjetla koliko zaslužuje. Par članaka u novinama. Duo s popularnom Francuskinjom Olivijom Ruiz. Nema tekstova pjesama na internetu, nema intervjua, nema novih novosti. Samo glas. Jasan, artikuliran, svijetao, blještav. Samo očaravajuće melodije. Samo tekstovi koji kao da su izašli iz antologije nadrealističke poezije.

šššš. Slušajte.

 

Ghérasim Luca

lli rođenje strast-riječi. Ili fragmentacija želje. Homonimi bez smisla odjekuju kao pjev šarana. Ne sjećam se kad mi je S. prvi put pričao o njemu. U Zagrebu, ili nekom drugom životu. Bio je to prognan čovjek, rekao je. Izmučen čovjek, pjesnik. Na ovom svijetu više nema mjesta za pjesnike, reče bacajući se u hladnu Seineu s osam desetljeća. Koja samoća. Drugi put mi je pričao o njemu na ulicama Montmartrea. Pri izlasku iz dućana drangulijama (kupio je ruke i noge neke lutke). S. dobro poznaje nepoznati Montmartre. S. dobro poznaje pjesnike. S. me dobro poznaje.

ne moj te do mi ni ra ti svo je stras ti

 

"concupiscence"

Ne, ovo ne mogu prevesti. Metajezik, jezik koji sam sebe promatra, koji objašnjava doživljaje svojih zvukova, koji se udaljava od smisla. Concupiscence znači požuda. Ne zanima me to. Slušam se kako izgovaram slog po slog. Volim prevrtati tu riječ u ustima, prije nego je pustim, prije nego odleti u posve neprikladne semantičke kontekste. Luksuz koji si kao strankinja mogu dopustiti.