Avec ses textures luxuriantes, les tapisseries mixtes d'April Bey imaginent un monde afrofuturiste

Comment passer de là où nous sommes à là où nous voulons être avec toutes ces constructions qui nous encombrent ? Comment avancer si nous devons constamment riposter ? Le passé s'installe comme un brouillard et encombre de désespoir les conversations sur l'avenir.

“Calathea Azul” (2022), woven textiles, sherpa textiles, resin, glitter on canvas, 24 x 24 inches. Image courtesy of April Bey and GAVLAK Los Angeles | Palm Beach

April Bey, artiste multimédia noire et queer, nous rappelle que parfois, pour se libérer, il faut transcender. S'inscrivant dans la tradition afro-futuriste, elle travaille avec un univers fictif appelé Atlantica. Atlantica s'inspire des histoires extraterrestres que son père lui racontait enfant pour expliquer l'oppression raciale aux Bahamas et aux États-Unis. Aujourd'hui installée à Los Angeles, Bey utilise Atlantica pour construire l'esthétique du futur : une réalité où les Noirs sont libérés des contraintes de la suprématie blanche, du capitalisme et du colonialisme.

“Your Failure is Not a Victory for Me” (2022), watercolor, graphite, acrylic paint, digitally printed/woven textiles, hand sewing, 110 x 72 inches. Image courtesy of April Bey and GAVLAK Los Angeles | Palm Beach. All images shared with permission

Originaire de Nassau, aux Bahamas, Bey intègre également la flore tropicale de la région dans son travail. Elle situe l'avenir des Noirs en lien direct avec l'environnement, qui peut se manifester par un paysage physique vibrant de textures harmonieuses, et s'inspire de l'héritage de l'art et de la littérature noirs, qui démontrent comment la nature a toujours contribué à la libération des Noirs.
Ses broderies complexes représentant des Noirs dans toute leur splendeur ajoutent également à ces histoires une touche de décadence qui rappelle la cuisine de la diaspora africaine. Les aliments longuement assaisonnés ou mijotés absorbent la profondeur de ces saveurs et, à la dégustation, enveloppent le palais. Le processus et le souci du détail, ainsi que les connaissances historiques et culturelles, constituent les fondements de l'œuvre.

“I’m the One Selling the Records…They Comin to See ME” (2021), digitally woven tapestry, sherpa, canvas, metallic cord, glitter (currency), hand-sewing, epoxy resin on wood panel, 36 x 48 inches. Image courtesy of April Bey and GAVLAK Los Angeles | Palm Beach

Cette œuvre, à l'image de l'environnement et de la cuisine, est immersive. Paillettes, armatures en fourrure écologique, tissus cirés tissés en grandes couvertures et motifs colorés séduisent par leur plaisir et leur vitalité. Ce charme sensoriel transporte le spectateur au-delà du visuel et dans l'esprit du corps, reliant les générations à travers l'espace et le temps et semant les graines du futur. Alexis Pauline Gumbs illustre ce lien dans un essai sur la respiration de combat, que nos ancêtres utilisaient pour revendiquer leur liberté dans un monde qui ne la reconnaissait pas, et Bey évoque ce fil conducteur dans des pièces émouvantes telles que « Don’t Think We’re Soft Because We’re Gracious ». L'œuvre de Bey s'inscrit dans la longue et transformatrice histoire des personnes noires et queer qui ont subverti les structures de pouvoir par le biais du futur, de l'amour et de l'hybridité. Et à juste titre ? Car elle sait qu'être queer, c'est vivre dans le futur de toute façon. Vous pouvez la suivre sur Instagram pour des mises à jour et pour voir des gros plans de ses œuvres.

Mimo Ratello, le 9/06/2025
April Bey
et ses tapisseries mixtes

“Fear No Man” (2022), digitally printed and woven blanket with hand-sewn “African” Chinese knockoff wax fabric, 80 x 60 inches. Image courtesy of April Bey and GAVLAK Los Angeles | Palm Beach