5 juin 2019

Human as Ornament, 1976 LENTOS Kunstmuseum / VALIE EXPORT Center Linz, © Bildrecht Vienna, 2017

Human as Ornament, 1976 LENTOS Kunstmuseum / VALIE EXPORT Center Linz, © Bildrecht Vienna, 2017

Une fois lancés, les mots, comme les flèches, ne reviennent jamais.

Proverbe arménien

On ne va pas se mentir : le mouvement des Gilets jaunes ralentit, le moteur a des hoquets, les conducteurs sont divisés sur la route à suivre, mais va-t-il s’arrêter tout à fait et en rester là, ou prendre d’autres formes ? Et comment pèsera-t-il sur l’avenir ? Parce que nous faisons ce pari : rien ne sera oublié. Et le phénix, une fois de plus, renaîtra. La fatigue, le doute, la répression sont passées par là. Un prix très lourd à payer. Les élections Européennes n’ont pas aidé. Catastrophique résultat, et énergies perdues à croire vaincre Macron par les voies habituelles : suffrages et partis, pour celles et ceux qui ont vu en elles une issue possible, alors qu’elles n’ont fait que renforcer le vieux monde et confirmer ses impasses. Au tout début du mouvement, le 6 novembre 2018, nous avions publié le premier texte de Nantes Révoltée sur le mouvement des Gilets jaunes, accompagné d’un éditorial où nous affirmions notre accord avec leur analyse et notre décision de nous en mêler, d’aller voir ce qui se passait, sans en rester aux préjugés de la vieille gauche qui se grattait la tête devant ce mouvement inédit, qui débordait tous ses cadres organisationnels et de pensée. Le moins qu’on puisse dire est que nous ne l’avons pas regretté. Il s’est passé quelque chose d’inouï. Ce qu’on avait tenu à nous présenter la première semaine comme un simple mouvement d’humeur de beaufs râlant devant une augmentation du prix de l’essence décidée pour le bien de la planète s’est révélé tout à fait autre chose, remettant en cause non seulement Macron (“Macron démission”), mais tout son monde avec lui (“Révolution !”, “Anticapitaliste !”), et porteur de revendications fondamentales, incompatibles avec l’organisation présente de l’exercice du pouvoir (les “institutions”) et impossibles à satisfaire (“Rétablissement de l’ISF”) sans attaquer au cœur l’idéologie libérale que ce gouvernement et ses mandants ont entrepris de suivre à la lettre pour qu’arrive enfin en France, et une bonne fois pour toutes, la révolution thatchérienne (“Révolution”, c’est le titre du seul livre d’Emmanuel Macron, publié le 24 novembre 2016, chez XO : il fallait le prendre au pied de la lettre, ce qu’hélas peu de gens ont fait) à laquelle ils aspirent depuis longtemps. Au moment de ce premier bilan du mouvement des gilets jaunes, il nous semble intéressant de prendre à nouveau l’avis de Nantes Révoltée sur la question. Et il se trouve que nous sommes une nouvelle fois d’accord. L’histoire n’est pas finie. Mais la suite reste à écrire. Nous ne pouvons donc pas encore la lire. Juste essayer de la deviner. Et y mettre un peu de notre encre.

Christian Perrot


BONNES LECTURES

 
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Dix-huit auteurs et dix-huit artistes pour une incroyable exploration de l’exploration, directement ou métaphoriquement polaire.

Errances au bord des routes, quête éternelle des Pôles, éclat des coïncidences révélées par le déplacement, devenir fossile ou animal, périples divinatoires, expérience de la gravité, résurgence des contes initiatiques, des symboles et des signes, cartes de tendre et divagations langagières, rêveries cartographiques à l’épreuve du réel, mémoire des paysages, mille fictions potentielles contenues dans une image, visions post-apocalyptiques, disparition des peuples et des îles, dérives mensongères et pièges de l’héroïsme, réussites éclatantes et petites gloires de l’échec – leurs textes sont traversés par des préoccupations intimes, historiques, écologiques et politiques, comme par la puissance d’évocation que charrient, encore, nos voyages malgré tout. Ils sont le récit d’un récit, l’exploration d’une exploration, un voyage autour du voyage. À nous de nous y perdre histoire de voir ce qu’on pourra, à notre tour, en rapporter. 

Collectif, Zones Blanches- récits d’exploration, éditions Le Bec en l’air

“Les bons mots ne rendront pas l’écrivain incontournable, ni les alexandrins parfaitement comptés, mais une passion : celle de la description qui permettra de dire comment les choses bougent (« Le monde est une branloire pérenne »). En écrivant des romans, des récits, pour le théâtre, je veux traquer les infléchissements, les surrections ; faire une place aux bizarreries qui me sembleront d’abord inexplicables. Attendre les signes d’une dictature à l’ancienne, conforme, c’est manquer le réel, qui est cent fois plus mobile et trouvera toujours le moyen de passer quelque part, à l’image de la rivière qui creusera un nouveau lit pour la force qui la pousse si quelqu’un ou quelque chose tente de la contenir. Il s’agit, je crois, de suspendre les opinions – qui ne sont jamais strictement les nôtres mais plutôt l’écume de l’époque – pour être en mesure de décrire des situations, de constater des glissements – en l’occurrence : vers la privation de libertés fondamentales.”

Un texte de l’écrivain Arno Bertina (Des châteaux qui brûlentVerticales, 2017) à lire dans Lundi am.



“Le jeune Ahmed”, de Luc et Jean-Pierre Dardenne

“Le jeune Ahmed”, de Luc et Jean-Pierre Dardenne

Redonner toute sa dignité à la radicalité, mise à l'épreuve redoublée de la question de la violence extrême et de la radicalisation qui en porte par extension le discrédit épistémique et la confiscation systématique, peut être le fait de films contemporains désireux d'entrer dans la zone en affrontant la nécessité de penser de façon critique notre contemporanéité. Le Jeune Ahmed des belges Luc et Jean-Pierre Dardenne, L'Adieu à la nuit du français André Téchiné et Mon cher enfant du tunisien Mohamed Ben Attia s'y sont essayés avec des bonheurs inégaux (le troisième film est le plus réussi, les autres sont diversement ratés mais le ratage demeure toujours problématique). Cette inégalité est justement ce qu'il faudra montrer pour penser comment le cinéma d'auteur, saisi par les urgences des opinions sur la radicalisation, peine à penser son propre défaut de radicalité.

ZONE_I-©-GIDEON MENDEL, Gideon Mendel, portrait.

ZONE_I-©-GIDEON MENDEL, Gideon Mendel, portrait.

La scénographe Monica Santos et le photographe Mat Jacob viennent d’inaugurer un nouveau lieu dédié à l’image et à l’environnement. Zone I est situé en milieu rural à Thoré-la-Rochette, en Centre Val de Loire. Ils y exposent le travail photographique de Gideon Mendel sur les inondations dues aux changements climatiques, autour du Monde.

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Le Black Monument Ensemble s’est transformé, en quatre ans, de projet solo en un ensemble pluridisciplinaire, composé de 15 artistes qui assurent aussi bien musicalement que visuellement. Le collectif chicagoan annonce un renouveau du jazz conscient - et ça groove !

Rammstein - Ausländer

Rammstein - Ausländer

Rammstein, sorti le 17 mai dernier, avec ses onze titres, illustré par une allumette sur un fond blanc, s'est emparé de la première place du Top album, une semaine après sa mise en ligne sur les plateformes d'écoute en streaming et en vente en CD. Il détrône PNL dorénavant classé second. Pas mal, après cinq ans sans nouvelles… 

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Synthétiseurs analogiques Roland, boîtes à rythmes, et, au milieu du set techno, la présence de la musique électro d’Arnaud Rebotini : il n’en fallait pas plus pour le chorégraphe Alban Richard pour « faire du corps une puissance ».

Se mettre au vert : une bande-son inspirée par HD Thoreau et la ZAD


 
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ÔTSU-E, les peintures populaires du Japon est la première exposition européenne consacrée à l’imagerie japonaise de l’époque d’Edo. Elle révèle, avec plus de cent vingt œuvres et documents, un art populaire méconnu développé près de Kyoto, entre le XVIIe et le XIXe siècle.

+ d’art dans L’Autre Quotidien


“Qui a peur ?” est un formidable roman d’apprentissage, cruel et cru, violent et beau, alliant technique et magie pour extraire une véritable mythologie des conflits génocidaires africains, du Biafra au Rwanda, et des émancipations possibles.

« Quand le père d’un enfant est Nuru, l’enfant l’est aussi. Alors j’ai été élevé en Nuru chez ma tante et mon oncle. Quand j’avais six ans, mon oncle m’a fait devenir l’apprenti d’un sorcier nommé Daib. J’imagine que je devrais lui en être reconnaissant. Daib était célèbre parce qu’il n’hésitait jamais à faire étalage de son art. D’après mon oncle, c’était un ancien militaire. Il connaissait la littérature aussi. Il avait beaucoup de livres… tous finiraient par être détruits, un jour. »

Nnedi Okorafor - Qui a peur de la mort - Livre de Poche SF

Marie-André Gill

Marie-André Gill

Le chagrin d’amour comme il a rarement été chanté, pleuré, souffert et souri – presque.

J’aurais voulu qu’on se braconne encore un peu,
que tu me recouses la fourrure avec tes mitaines,
que tu me twistes le coeur correct tsé comme on
remet un cadre droit ; je t’aurais montré que je sais
sourire avec ça moi la carcasse du mot anxiété.”

Marie-Andrée Gill - Chauffer le dehors - éditions La Peuplade Poésie


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