24 mai 2019

bassetti.jpg

Le diable en sait long parce qu'il est extrêmement vieux.

 Proverbe serbe

Medium Size Daemon : une playlist pour les Amazones

car.jpg

Ce texte avait été publié dans le blog du réalisateur Yannis Youlountas, auteur des films "Je lutte donc je suis" et "Ne vivons plus comme des esclaves", puis a immédiatement circulé sur sa page Facebook, où il a suscité dans la nuit des centaines de commentaires, dont les nôtres. Autant dire que cette prise de position d'un anarchiste revendiqué et respecté de tous comme Yannis pour l'acceptation - et même plus - des différences entre le cortège de tête et le cortège de queue des manifestations, ceux qui iront voter et ceux qui ne voteront pas, et pour l'arrêt de nos disputes où les uns tentent de jeter le discrédit sur les autres ("nos déchirements sont l’une des causes majeures de la résignation ambiante") au ravissement des réactionnaires était très attendue. Nous partageons entièrement ce point de vue. Il nous semble intéressant de republier son texte à la veille de ces élections, alors que les Gilets jaunes se déchirent et perdent beaucoup de leur énergie, pour les uns, à faire campagne pour tel ou tel candidat, négligeant du coup leur combat, et, pour les autres, à défendre l’abstention, et le refus d’entrer dans le jeu des partis politiques et des institutions.

Vu à Nantes

Vu à Nantes

Nous approchons à grands pas des élections européennes. Il est intéressant de constater la multitude de positions parmi les gilets jaunes. Voter ne pas voter... En réalité le processus est ancré dans une conscientisation politique forte quelle que soit la décision individuelle. Les gilets jaunes de Rungis ont fait leur choix. Ils l’expliquent dans ce texte.

Les forces populaires en Algérie et au Soudan sont dans une position précaire. Le spectre de la contre-révolution menée contre les acteurs du Printemps arabe règne avec force. Mais les manifestants d’aujourd’hui ont tiré les leçons des luttes récentes dans la région et pourraient bénéficier d’une telle vision rétrospective. Pour discuter des dangers et des espoirs de ces développements, Ashley Smith, qui collabore à la revue Jacobin, s’est entretenu avec Gilbert Achcar, qui a beaucoup écrit sur le Printemps arabe et la politique au Moyen-Orient.

Nous ne sommes pas passés loin d’un énorme scandale. Tout s’est passé tellement vite, l’espace de trois jours, que peu de gens ont eu vent du coup de force qu’a tenté le gouvernement : essayer d’obtenir du Conseil constitutionnel qu’il annule la procédure de référendum sur la privatisation d’ADP dont il venait d’autoriser la mise en place. Nous avons appris tout cela le jour de notre entretien avec le sénateur communiste Fabien Gay à propos de cette privatisation. Le lendemain, le 16 mai, le Conseil constitutionnel tenait tête au gouvernement et maintenait la possibilité du référendum. A nous de faire ce qu’il faut pour qu’il devienne réalité.

S'il y a dix ans, Yann Arthus Bertrand avait dévoilé avec ses clichés aériens un certain état du monde, le travail d'Edward Burtynsky enlève carrément la part du rêve qui existait encore chez son prédécesseur. Burtynsky n'y va pas de main morte. Voici la Terre vue du ciel. Bienvenue dans le futur que nous nous construisons ! Et on ne le changera pas tant qu’on refuse de le regarder en face.


BONNES LECTURES

 
John d’Agata - Yucca Mountain

John d’Agata - Yucca Mountain

Autour du but avoué d’évaluer la pertinence de la réponse que voudrait constituer le projet de Yucca Mountain : enfouir pour 10 000 ans des milliers de tonnes de déchets nucléaires sous une montagne située à quelques dizaines de kilomètres au nord de Las Vegas, John d’Agata entame de manière d’abord subreptice, puis de plus en plus virevoltante et endiablée, une véritable danse des faits, des questions et des réponses, flottant dans mille directions apparentes pour mieux revenir à la charge, obstinément, et nous irriguer de « fact checking ». Absolument passionnant (évidemment, nous, nous pensons à Bure).

refugier.jpg

C'est dans la rue que le Très précis de conjugaisons ordinaires de David Poullard et Guillaume Rannou est venu à notre attention. Cette conjugaison du verbe réfugier était collée sur un mur de Belleville. Une page extraite du numéro 5 du Précis, "La migration".


autos-tampon.jpg

Il est difficile de recenser tous les romans ou témoignages de salarié.e.s sur le monde du travail : souvent publiés dans des petites maisons d’édition, ils passent sous le radar des médias et restent inconnus du grand public. Les usines restent des univers plus ou moins clandestins où les sociologues et les journalistes ont de plus en plus de mal à y accéder. Heureusement aussi que quelqu’un est là pour décrire ces lieux, y compris avec de la poésie. À la ligne. Feuillets d’usine de Joseph Ponthus correspond à ce nouveau type d’écrits sur les mondes du travail. Comme il l’affirme dès les premières lignes, l’auteur n’est pas allé à l’usine « pour faire un reportage/encore moins pour faire la révolution/l’usine c’est pour les sous ». A lire dans la revue Contretemps.


Kathrin Tirschner : Héros et Léandre,  voir notre article

Kathrin Tirschner : Héros et Léandre, voir notre article

Les singulières images de Kathrin Tschirner à propos de la jeunesse d’Istanbul la dévoile aussi pleine d'idées et d'envies qu'elle se retrouve piégée au sein d'une ville qui verrouille de plus en plus ses activités et sa liberté. Le titre fait référence au mythe de Héros et Léandre, couple de la Grèce ancienne où une jeune fille était cloîtrée dans une tour et, dont l'amoureux devait traverser le détroit du Bosphore pour la rejoindre à la nage

Guy Tillim Praça do Metical, Beira, Mozambique, 2017.

Guy Tillim Praça do Metical, Beira, Mozambique, 2017.

En déconstruisant l’espace urbain africain contemporain, Guy Tillim manifeste et cartographie ce qu’Achille Mbembe définit ainsi : «L’Afrique postcoloniale est un emboîtement de formes, de signes et de langages. Ces formes, signes et langages sont l’expression du travail d’un monde qui cherche à exister par soi.» Attention, plus que jusqu’au 2 juin pour aller voir l’exposition Museum of the Revolution, à la fondation Henri Cartier-Bresson, 79, rue des Archives 75003 Paris.

+ de photographie dans L’Autre Quotidien

Tyler the Creator

Tyler the Creator

Le hip hop en versant psyché a de nombreux adeptes au fil de son histoire mouvementée : du De La Soul en formule daisy age à Kaytranada, en passant par Outkast, mais la version proposée par Tyler the Creator est renversante par son usage extensif de tous les registres musicaux qui comptent. Igor, un nouvel album bluffant, à dominante rainbow color.

Star mauritanienne, le claviériste Ahmedou Ahmed Lowla s’exporte enfin en nom propre, pour faire danser les foules d’ici aussi bien qu’à Nouakchott, avec un album sorti dernièrement sur Sahel Sounds, Terrouzzi.

+ de musique dans L’Autre Quotidien


 
Annette Messager, Sleeping Songs

Annette Messager, Sleeping Songs

La Galerie Marian Goodman dévoile une vingtaine d’œuvres inédites d’Annette Messager, ainsi qu’un ensemble de nouveaux dessins. Le parcours en est marqué par l’apparition de sa première installation vidéo Perdu dans les limbes (2019). Annette Messager trouve ici de quoi faire patienter jusqu’à la fin du monde, qu’elle anticipe.

+ d’art dans L’Autre Quotidien


Darley collection

Darley collection

C’est bien au bord d’un lac, celui du village natal, celui de la lignée des Sagalane (dont l’étymologie, fournie par l’auteur lui-même sous le titre « Nom d’une plume », serait la contraction des généalogies patronymiques et patronymiques Savard-Gagnon-Lavoie-Néron), que prend forme cette mystérieuse litanie des objets accumulés, dont l’utilité n’a désormais plus rien d’évident, mais où demeure toujours comme un potentiel, pratique ou poétique. L’étonnante poésie du bric-à-brac, du superflu, du qui-pourrait-toujours-servir, de sa constitution et de sa libération.

FOIRE AUX QUESTIONS

que viens-tu
faire ici ?

noircir
des carnets

que feras-tu
de ces carnets ?

illuminer
ce qui est

Charles Sagalane - 96, Bric à brac au bord du lac - éditions La Peuplade

Muybridge : au galop !

Muybridge : au galop !

Un neuvième numéro pour fêter, déjà pourrait-on dire, les quatre ans de La moitié du fourbi, l’une des revues actuellement actives les plus régulièrement passionnantes au sein de la scène littéraire de création. Comme toujours, il est presque sidérant de lire l’intelligence, la poésie diffuse et la variété avec lesquelles les autrices et auteurs invités s’emparent du thème proposé, « Vite » en l’occurrence.

foret-noire-bandeau.jpg

De quoi s’effroyer, comme disait Le petit chevalier à qui Nico prêtait sa voix ? Courage, lecteur ! Entre une fuite circulaire et l’affrontement de la vérité d’un traumatisme : avec sa magie incantatoire entre Forêt-Noire et Calabre, Grégory Le Floch a réussi un somptueux tour de force narratif qui explore comme rarement on l’a fait les méandres des frontières de la folie et de la raison, du souvenir et de la menace, de la culpabilité et de la confusion.

La crise me jeta hors de chez moi, dit-il, alors que, depuis le matin, je marchais à grandes enjambées à travers les pièces du rez-de-chaussée, ne sachant quoi faire pour apaiser cette crise qui me venait, pourtant identique à toutes ces autres crises qui m’étaient déjà venues et qui s’étaient toujours annoncées par ce même état d’affolement et d’étouffement, me rendant incapable de rester tranquille, si bien que je marchais à grandes enjambées à travers les pièces du rez-de-chaussée de la maison que j’occupais alors, aux abords de cette forêt – la plus grande forêt du pays – dont je voyais, depuis chacune des fenêtres de la maison, l’orée si noire que je la soupçonnais, certains jours, non pas de provoquer la crise – car de cette crise, toujours identique depuis des années, je connaissais parfaitement l’origine, même si j’étais alors incapable de l’exprimer clairement à ceux qui m’entouraient – mais de la fortifier, de la vivifier au point de me jeter hors de chez moi tandis que, depuis la veille, je sentais monter cette crise qui allait me faire marcher à grandes enjambées, dès le lendemain, à travers les pièces du rez-de-chaussée de la maison, du salon jusqu’à la cuisine, scrutant avec inquiétude la forêt si noire sous ce ciel si bas, car ici le ciel est toujours bas, gris et sombre, avec en tête l’idée que mon corps, ou mon esprit, était, somme toute et malgré cette apparente et flagrante perturbation, réglé comme une horloge, comme on dit, car je parvenais à identifier plusieurs heures avant son apparition réelle les symptômes de la crise – difficulté respiratoire, agitation des mains, sueurs, agacement, voire exaspération, à propos de choses qui n’en valaient pas la peine -, symptômes qui s’abattaient sur moi, pour enclencher, dans un tic-tac qui finissait par m’étouffer, un compte à rebours au terme duquel je n’entrevoyais plus d’autre solution que celle de quitter ma maison, littéralement jeté hors de chez moi, pour tenter, encore une fois, de trouver de l’aide chez Richter, l’homme qui habitait l’une des maisons du hameau de Hardt, et chez qui je me précipitais chaque fois que la crise atteignait son point culminant.

Grégory Le Floch - Dans la forêt du hameau de Hardt (éditions de l’Ogre)

+ de livres dans L’Autre Quotidien


Lire les numéros précédents

L'Autre Quotidien