23 mai 2019

Barbara Probst

Barbara Probst

L'amour est une lime qui aime et ronge en même temps.

Proverbe malgache

Zed Yun Pavarotti @ Dans le club. Arte Concert

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Une hirondelle ne fait plus le printemps : les produits chimiques, insecticides et pesticides ont fait chuter de 30 % la population d’hirondelles au cours de la dernière décennie. On ne réussira pas à nous convaincre que c’est sans importance. Ou que, comme les abeilles, on pourrait les remplacer par des drones. Le jour où un drone pourra faire le printemps, nous serons mal.

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Nous approchons à grands pas des élections européennes. Il est intéressant de constater la multitude de positions parmi les gilets jaunes. Voter ne pas voter... En réalité le processus est ancré dans une conscientisation politique forte quelle que soit la décision individuelle. Les gilets jaunes de Rungis ont fait leur choix.

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Les forces populaires en Algérie et au Soudan sont dans une position précaire. Le spectre de la contre-révolution menée contre les acteurs du Printemps arabe règne avec force. Mais les manifestants d’aujourd’hui ont tiré les leçons des luttes récentes dans la région et pourraient bénéficier d’une telle vision rétrospective. Pour discuter des dangers et des espoirs de ces développements, Ashley Smith, qui collabore à la revue Jacobin, s’est entretenu avec Gilbert Achcar, qui a beaucoup écrit sur le Printemps arabe et la politique au Moyen-Orient.

Nous ne sommes pas passés loin d’un énorme scandale. Tout s’est passé tellement vite, l’espace de trois jours, que peu de gens ont eu vent du coup de force qu’a tenté le gouvernement : essayer d’obtenir du Conseil constitutionnel qu’il annule la procédure de référendum sur la privatisation d’ADP dont il venait d’autoriser la mise en place. Nous avons appris tout cela le jour de notre entretien avec le sénateur communiste Fabien Gay à propos de cette privatisation. Le lendemain, le 16 mai, le Conseil constitutionnel tenait tête au gouvernement et maintenait la possibilité du référendum. A nous de faire ce qu’il faut pour qu’il devienne réalité.

S'il y a dix ans, Yann Arthus Bertrand avait dévoilé avec ses clichés aériens un certain état du monde, le travail d'Edward Burtynsky enlève carrément la part du rêve qui existait encore chez son prédécesseur. Burtynsky n'y va pas de main morte. Voici la Terre vue du ciel. Bienvenue dans le futur que nous nous construisons ! Et on ne le changera pas tant qu’on refuse de le regarder en face.

Le 15 mai 2019, le groupe papetier Sequana, maison-mère d'Arjowiggins et Antalis, qui comptait 7800 salariés et réalisait 2,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2017, a annoncé sa mise en liquidation judiciaire. L’entreprise invoque "l’impossibilité de présenter un plan de redressement lui permettant d’apurer le passif dont elle doit tenir compte" suite au litige qui l’oppose à British American Tobacco à propos d’un versement contesté de dividendes. Et c’est ainsi que tout un village français, dont la vie était organisée depuis 1824 autour de la production d’un papier d’une qualité exceptionnelle, se retrouve, sans en être en rien responsable, plongé dans la misère.


BONNES LECTURES

 
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C'est dans la rue que le Très précis de conjugaisons ordinaires de David Poullard et Guillaume Rannou est venu à notre attention. Cette conjugaison du verbe réfugier était collée sur un mur de Belleville. Une page extraite du numéro 5 du Précis, "La migration" , édité par la librairie Le Monte en l'air, 71, rue de Ménilmontant. Donc une affaire de quartier.

“Zéro de conduite”, Jean Vigo.

“Zéro de conduite”, Jean Vigo.

Cette lettre-manifeste s’adresse aux générations européennes qui ont mis au monde et fait grandir les actuelles générations petites-bourgeoises encore apprenties et étudiantes, ou fraîchement salariées. Mais qui, ces dernières, partagent une volonté de sécession avec les structures actuelles de notre société capitaliste patriarcale impérialiste et spéciste.

Photo Andrea Mantovani

Photo Andrea Mantovani

On n’aura jamais autant parlé de la « planète », du « climat », de l' »environnement global » qu’au moment même où nous nous retrouvons enfermés dans le plus petit des mondes, le monde des ingénieurs. Jamais autant disserté sur la « diplomatie climatique » que là où l’on juge de tout par des calculs et des algorithmes. Autant glosé sur le carbone pour en planifier des marchés. Les milieux naturels comme les lisières ou les haies de nos campagnes deviennent des infrastructures parmi d’autres, des IAE – « infrastructures agroécologiques » – avec leurs « services écosystèmes » répertoriés par télédétection spatiale.



Guy Tillim  Grande Hotel, Beira, Mozambiqu e 2008

Guy Tillim Grande Hotel, Beira, Mozambique 2008

En déconstruisant l’espace urbain africain contemporain, Guy Tillim manifeste et cartographie ce qu’Achille Mbembe définit ainsi : «L’Afrique postcoloniale est un emboîtement de formes, de signes et de langages. Ces formes, signes et langages sont l’expression du travail d’un monde qui cherche à exister par soi.» Attention, plus que dix jours pour pour aller voir l’exposition Museum of the Revolution, à la fondation Henri Cartier-Bresson, 79, rue des Archives 75003 Paris.

Exils-Réminiscences-©-Christine Delory-Momberger

Exils-Réminiscences-©-Christine Delory-Momberger

Ahmedou Ahmad Lowla et son synthé apprivoisé aux gammes mauritaniennes

Ahmedou Ahmad Lowla et son synthé apprivoisé aux gammes mauritaniennes

Star mauritanienne, le claviériste Ahmedou Ahmed Lowla s’exporte enfin en nom propre, pour faire danser les foules d’ici aussi bien qu’à Nouakchott, avec un album sorti dernièrement sur Sahel Sounds, Terrouzzi.

+ de musique dans L’Autre Quotidien


 
Le stand Vallois à Drawing Now avec les Emophones de Lucie Picandet

Le stand Vallois à Drawing Now avec les Emophones de Lucie Picandet

Lucie Picandet poursuit son grand voyage introspectif et sensible dans son monde-corps cerveau, œil, cœur, flore intestinale… Son inconscient et son univers se déploient et s’inventent sous nos yeux dans une mise en formes et en mots échevelée. Interview balaise.

+ d’art dans L’Autre Quotidien


Muybridge : au galop !

Muybridge : au galop !

Un neuvième numéro pour fêter, déjà pourrait-on dire, les quatre ans de La moitié du fourbi, l’une des revues actuellement actives les plus régulièrement passionnantes au sein de la scène littéraire de création. Comme toujours, il est presque sidérant de lire l’intelligence, la poésie diffuse et la variété avec lesquelles les autrices et auteurs invités s’emparent du thème proposé, « Vite » en l’occurrence.

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De quoi s’effroyer, comme disait Le petit chevalier à qui Nico prêtait sa voix ? Courage, lecteur ! Entre une fuite circulaire et l’affrontement de la vérité d’un traumatisme : avec sa magie incantatoire entre Forêt-Noire et Calabre, Grégory Le Floch a réussi un somptueux tour de force narratif qui explore comme rarement on l’a fait les méandres des frontières de la folie et de la raison, du souvenir et de la menace, de la culpabilité et de la confusion.

La crise me jeta hors de chez moi, dit-il, alors que, depuis le matin, je marchais à grandes enjambées à travers les pièces du rez-de-chaussée, ne sachant quoi faire pour apaiser cette crise qui me venait, pourtant identique à toutes ces autres crises qui m’étaient déjà venues et qui s’étaient toujours annoncées par ce même état d’affolement et d’étouffement, me rendant incapable de rester tranquille, si bien que je marchais à grandes enjambées à travers les pièces du rez-de-chaussée de la maison que j’occupais alors, aux abords de cette forêt – la plus grande forêt du pays – dont je voyais, depuis chacune des fenêtres de la maison, l’orée si noire que je la soupçonnais, certains jours, non pas de provoquer la crise – car de cette crise, toujours identique depuis des années, je connaissais parfaitement l’origine, même si j’étais alors incapable de l’exprimer clairement à ceux qui m’entouraient – mais de la fortifier, de la vivifier au point de me jeter hors de chez moi tandis que, depuis la veille, je sentais monter cette crise qui allait me faire marcher à grandes enjambées, dès le lendemain, à travers les pièces du rez-de-chaussée de la maison, du salon jusqu’à la cuisine, scrutant avec inquiétude la forêt si noire sous ce ciel si bas, car ici le ciel est toujours bas, gris et sombre, avec en tête l’idée que mon corps, ou mon esprit, était, somme toute et malgré cette apparente et flagrante perturbation, réglé comme une horloge, comme on dit, car je parvenais à identifier plusieurs heures avant son apparition réelle les symptômes de la crise – difficulté respiratoire, agitation des mains, sueurs, agacement, voire exaspération, à propos de choses qui n’en valaient pas la peine -, symptômes qui s’abattaient sur moi, pour enclencher, dans un tic-tac qui finissait par m’étouffer, un compte à rebours au terme duquel je n’entrevoyais plus d’autre solution que celle de quitter ma maison, littéralement jeté hors de chez moi, pour tenter, encore une fois, de trouver de l’aide chez Richter, l’homme qui habitait l’une des maisons du hameau de Hardt, et chez qui je me précipitais chaque fois que la crise atteignait son point culminant.

Grégory Le Floch - Dans la forêt du hameau de Hardt (éditions de l’Ogre)

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