22 mai 2019

 
“One, Two, Three, More”, par Helen Levitt (     PowerHouse Books     ). Question : où est passée la “photographie sociale” ?

“One, Two, Three, More”, par Helen Levitt (PowerHouse Books). Question : où est passée la “photographie sociale” ?

 

L’éphéméride du 22 mai

Les excuses sont faites pour s'en servir.

Proverbe wallon

La bande-son de la journée

Mystère à l’Ouest, playlist subversive.

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Les forces populaires en Algérie et au Soudan sont dans une position précaire. Le spectre de la contre-révolution menée contre les acteurs du Printemps arabe règne avec force. Mais les manifestants d’aujourd’hui ont tiré les leçons des luttes récentes dans la région et pourraient bénéficier d’une telle vision rétrospective. Pour discuter des dangers et des espoirs de ces développements, Ashley Smith, qui collabore à la revue Jacobin, s’est entretenu avec Gilbert Achcar, qui a beaucoup écrit sur le Printemps arabe et la politique au Moyen-Orient.

Nous ne sommes pas passés loin d’un énorme scandale. Tout s’est passé tellement vite, l’espace de trois jours, que peu de gens ont eu vent du coup de force qu’a tenté le gouvernement : essayer d’obtenir du Conseil constitutionnel qu’il annule la procédure de référendum sur la privatisation d’ADP dont il venait d’autoriser la mise en place. Nous avons appris tout cela le jour de notre entretien avec le sénateur communiste Fabien Gay à propos de cette privatisation. Le lendemain, le 16 mai, le Conseil constitutionnel tenait tête au gouvernement et maintenait la possibilité du référendum. A nous de faire ce qu’il faut pour qu’il devienne réalité.

Parmi les sites archéologiques incas qui abondent au Pérou, aucun n'attire autant de touristes que la célèbre citadelle du Machu Picchu. Il y a eu plus d’ 1,5 million de visiteurs en 2017, soit presque le double de la limite recommandée par l'Unesco, ce qui a mis à rude épreuve les ruines fragiles et l'écologie locale. Aujourd'hui, entraînant un mélange d'horreur et d'indignation de la part des archéologues, des historiens et de la population locale, des travaux ont commencé pour préparer le terrain à un aéroport international de plusieurs milliards de dollars, destiné à rapprocher les touristes du Machu Picchu.

S'il y a dix ans, Yann Arthus Bertrand avait dévoilé avec ses clichés aériens un certain état du monde, le travail d'Edward Burtynsky enlève carrément la part du rêve qui existait encore chez son prédécesseur. Burtynsky n'y va pas de main morte. Voici la Terre vue du ciel. Bienvenue dans le futur que nous nous construisons ! Et on ne le changera pas tant qu’on refuse de le regarder en face.

A l'occasion de l'adoption par le Sénat le 15 mai 2019 d'un amendement visant à interdire aux mères voilées d'accompagner les sorties scolaires, nous publions à nouveau (malheureusement) ce texte sous forme de question adressée aux élus qui ont voté cet amendement : vous êtes-vous inquiétés des dégâts qu'une telle interdiction causerait sur les enfants des mères voilées ? Visiblement, non !

Le 15 mai 2019, le groupe papetier Sequana, maison-mère d'Arjowiggins et Antalis, qui comptait 7800 salariés et réalisait 2,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2017, a annoncé sa mise en liquidation judiciaire. L’entreprise invoque "l’impossibilité de présenter un plan de redressement lui permettant d’apurer le passif dont elle doit tenir compte" suite au litige qui l’oppose à British American Tobacco à propos d’un versement contesté de dividendes. Et c’est ainsi que tout un village français, dont la vie était organisée depuis 1824 autour de la production d’un papier d’une qualité exceptionnelle, se retrouve, sans en être en rien responsable, plongé dans la misère.


BONNES LECTURES

 
Photo Andrea Mantovani

Photo Andrea Mantovani

« Yucca Mountain » traite en apparence d’une question sinon simple, du moins claire, presque évidente dans sa brûlante nudité : que faire des déchets accumulés (et éventuellement prévisionnels) du nucléaire américain, jusqu’alors entassés plus ou moins artisanalement dans les parcs ad hoc des centrales éparpillées dans le pays où elles fonctionnent tant bien que mal depuis 1958 ? Autour de ce but avoué (évaluer la pertinence de la réponse que voudrait constituer le projet de Yucca Mountain : enfouir pour 10 000 ans les centaines de milliers de tonnes concernées sous une montagne située à quelques dizaines de kilomètres au nord de Las Vegas), John d’Agata entame de manière d’abord subreptice, puis de plus en plus virevoltante et endiablée, une véritable danse des faits, des questions et des réponses, flottant dans mille directions apparentes pour mieux revenir à la charge, obstinément, et nous irriguer de « fact checking » .



Exils-Réminiscences-©-Christine-Delory-Momberger-agence-révélateur

Exils-Réminiscences-©-Christine-Delory-Momberger-agence-révélateur

Exils-Réminiscences-©-Christine-Delory-Momberger-agence-révélateur

Exils-Réminiscences-©-Christine-Delory-Momberger-agence-révélateur

La remarquable trilogie Exils / Réminiscences de Christine Delory-Momberger évoque une histoire familiale d’émigrations sur quatre générations. La France, l’Allemagne et l’Italie, tour à tour pays d’exils, se croisent et se confondent dans des séries d’images mêlant passé et présent.

+ de photographie dans L’Autre Quotidien

Limousine

Limousine

L’an passé voyait le Japon célébré culturellement en France. Nous vous en parlions dans un numéro de La Nuit. Mais depuis, on a découvert là-bas une scène musicale ambient qui était passée à l’as, l’Ongaku, musique proprement d’ameublement moderne. Ici, le producteur de Hiroshima, Meitei s’avance en revendiquant un autre héritage spécifique, le kintsugi, avec son album Komachi.

+ de musique dans L’Autre Quotidien


 
Le stand Vallois à Drawing Now avec les Emophones de Lucie Picandet

Le stand Vallois à Drawing Now avec les Emophones de Lucie Picandet

Lucie Picandet poursuit son grand voyage introspectif et sensible dans son monde-corps cerveau, œil, cœur, flore intestinale… Son inconscient et son univers se déploient et s’inventent sous nos yeux dans une mise en formes et en mots échevelée. Interview balaise.

+ d’art dans L’Autre Quotidien


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De quoi s’effroyer, comme disait Le petit chevalier à qui Nico prêtait sa voix ? Courage, lecteur ! Entre une fuite circulaire et l’affrontement de la vérité d’un traumatisme : avec sa magie incantatoire entre Forêt-Noire et Calabre, Grégory Le Floch a réussi un somptueux tour de force narratif qui explore comme rarement on l’a fait les méandres des frontières de la folie et de la raison, du souvenir et de la menace, de la culpabilité et de la confusion.

La crise me jeta hors de chez moi, dit-il, alors que, depuis le matin, je marchais à grandes enjambées à travers les pièces du rez-de-chaussée, ne sachant quoi faire pour apaiser cette crise qui me venait, pourtant identique à toutes ces autres crises qui m’étaient déjà venues et qui s’étaient toujours annoncées par ce même état d’affolement et d’étouffement, me rendant incapable de rester tranquille, si bien que je marchais à grandes enjambées à travers les pièces du rez-de-chaussée de la maison que j’occupais alors, aux abords de cette forêt – la plus grande forêt du pays – dont je voyais, depuis chacune des fenêtres de la maison, l’orée si noire que je la soupçonnais, certains jours, non pas de provoquer la crise – car de cette crise, toujours identique depuis des années, je connaissais parfaitement l’origine, même si j’étais alors incapable de l’exprimer clairement à ceux qui m’entouraient – mais de la fortifier, de la vivifier au point de me jeter hors de chez moi tandis que, depuis la veille, je sentais monter cette crise qui allait me faire marcher à grandes enjambées, dès le lendemain, à travers les pièces du rez-de-chaussée de la maison, du salon jusqu’à la cuisine, scrutant avec inquiétude la forêt si noire sous ce ciel si bas, car ici le ciel est toujours bas, gris et sombre, avec en tête l’idée que mon corps, ou mon esprit, était, somme toute et malgré cette apparente et flagrante perturbation, réglé comme une horloge, comme on dit, car je parvenais à identifier plusieurs heures avant son apparition réelle les symptômes de la crise – difficulté respiratoire, agitation des mains, sueurs, agacement, voire exaspération, à propos de choses qui n’en valaient pas la peine -, symptômes qui s’abattaient sur moi, pour enclencher, dans un tic-tac qui finissait par m’étouffer, un compte à rebours au terme duquel je n’entrevoyais plus d’autre solution que celle de quitter ma maison, littéralement jeté hors de chez moi, pour tenter, encore une fois, de trouver de l’aide chez Richter, l’homme qui habitait l’une des maisons du hameau de Hardt, et chez qui je me précipitais chaque fois que la crise atteignait son point culminant.

Grégory Le Floch - Dans la forêt du hameau de Hardt (éditions de l’Ogre)

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