21 mai 2019

L’éphéméride du 21 mai

L'espoir est le pilier du monde

Proverbe zoulou

La bande-son de la journée

La nuit ne nous dit jamais

Pour Antoine d’Agata

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Tout s’est passé tellement vite, l’espace de trois jours, que peu de gens ont pu mesurer le coup de force qu’a tenté le gouvernement : faire annuler par le Conseil constitutionnel le référendum qu’il venait d’autoriser sous prétexte que, n’ayant pas jugé la loi en elle-même contraire à la constitution, il n’y avait donc plus lieu de la soumettre à l’approbation des français. Nous avons appris tout cela le jour de notre entretien avec le sénateur communiste Fabien Gay à propos de cette privatisation. Le lendemain, le 16 mai, le Conseil constitutionnel tenait tête au gouvernement et maintenait la possibilité du référendum. Nous ne sommes pas passés loin d’un énorme scandale : le vol pur et simple d’un référendum aux citoyens. Raison de plus d’ajouter son nom à celui des quatre millions sept cent mille électeurs (quand même) nécessaires pour obtenir que ce référendum qui déplaît tant au gouvernement se' tienne.

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Parmi les sites archéologiques incas qui abondent au Pérou, aucun n'attire autant de touristes que la célèbre citadelle du Machu Picchu. Il y a eu plus d’ 1,5 million de visiteurs en 2017, soit presque le double de la limite recommandée par l'Unesco, ce qui a mis à rude épreuve les ruines fragiles et l'écologie locale. Aujourd'hui, entraînant un mélange d'horreur et d'indignation de la part des archéologues, des historiens et de la population locale, des travaux ont commencé pour préparer le terrain à un aéroport international de plusieurs milliards de dollars, destiné à rapprocher les touristes du Machu Picchu.

© Edward Burtynsky

© Edward Burtynsky

S'il y a dix ans, Yann Arthus Bertrand avait dévoilé avec ses clichés aériens un certain état du monde, le travail d'Edward Burtynsky enlève carrément la part du rêve qui existait encore chez son prédécesseur. Burtynsky n'y va pas de main morte. Voici la Terre vue du ciel. Bienvenue dans le futur que nous nous construisons ! Et on ne le changera pas tant qu’on refuse de le regarder en face.

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A l'occasion de l'adoption par le Sénat le 15 mai 2019 d'un amendement visant à interdire aux mères voilées d'accompagner les sorties scolaires, nous publions à nouveau (malheureusement) ce texte sous forme de question adressée aux élus qui ont voté cet amendement : vous êtes-vous inquiétés des dégâts qu'une telle interdiction causerait sur les enfants des mères voilées ? Visiblement, non !

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Le 15 mai 2019, le groupe papetier Sequana, maison-mère d'Arjowiggins et Antalis, qui comptait 7800 salariés et réalisait 2,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2017, a annoncé sa mise en liquidation judiciaire. L’entreprise invoque "l’impossibilité de présenter un plan de redressement lui permettant d’apurer le passif dont elle doit tenir compte" suite au litige qui l’oppose à British American Tobacco à propos d’un versement contesté de dividendes. Et c’est ainsi que tout un village français, dont la vie était organisée depuis 1824 autour de la production d’un papier d’une qualité exceptionnelle, se retrouve, sans en être en rien responsable, plongé dans la misère.


BONNES LECTURES

 
Photo Andrea Mantovani

Photo Andrea Mantovani

On n’aura jamais autant parlé de la « planète », du « climat », de l' »environnement global » qu’au moment même où nous nous retrouvons enfermés dans le plus petit des mondes, le monde des ingénieurs. Jamais autant disserté sur la « diplomatie climatique » que là où l’on juge de tout par des calculs et des algorithmes. Autant glosé sur le carbone pour en planifier des marchés. Les milieux naturels comme les lisières ou les haies de nos campagnes deviennent des infrastructures parmi d’autres, des IAE – « infrastructures agroécologiques » – avec leurs « services écosystèmes » répertoriés par télédétection spatiale.



Exils-Réminiscences-©-Christine-Delory-Momberger-agence-révélateur

Exils-Réminiscences-©-Christine-Delory-Momberger-agence-révélateur

La remarquable trilogie Exils / Réminiscences de Christine Delory-Momberger évoque une histoire familiale d’émigrations sur quatre générations. La France, l’Allemagne et l’Italie, tour à tour pays d’exils, se croisent et se confondent dans des séries d’images mêlant passé et présent.

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Limousine

Limousine

La virtuosité dans la simplicité ou le parcours tranquille du groupe Limousine qui va Pullman son bonhomme de chemin, au gré de l’inspiration et de ses propres mélodies mécaniques, mais pas que… Bienvenue dans l’Été suivant, un décroché du monde sans heurt ni trop de tracas. Musique !

+ de musique dans L’Autre Quotidien


 
Teaser sans gravité

Teaser sans gravité

Sans gravité, au Ardenome d’ Avignon, réunit des œuvres qui défient la gravité et captent l’insaisissable pour mieux dire le monde. Avec la lévitation comme fil rouge, Deverchère, Edith Dekyndt, Etienne Rey et Mathilde Lavenne proposent un nouveau rapport au monde et à l’acte créatif, où s’entremêlent réel, virtuel et imaginaire.

+ d’art dans L’Autre Quotidien


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De quoi s’effroyer, comme disait Le petit chevalier à qui Nico prêtait sa voix ? Courage, lecteur ! Entre une fuite circulaire et l’affrontement de la vérité d’un traumatisme : avec sa magie incantatoire entre Forêt-Noire et Calabre, Grégory Le Floch a réussi un somptueux tour de force narratif qui explore comme rarement on l’a fait les méandres des frontières de la folie et de la raison, du souvenir et de la menace, de la culpabilité et de la confusion.

La crise me jeta hors de chez moi, dit-il, alors que, depuis le matin, je marchais à grandes enjambées à travers les pièces du rez-de-chaussée, ne sachant quoi faire pour apaiser cette crise qui me venait, pourtant identique à toutes ces autres crises qui m’étaient déjà venues et qui s’étaient toujours annoncées par ce même état d’affolement et d’étouffement, me rendant incapable de rester tranquille, si bien que je marchais à grandes enjambées à travers les pièces du rez-de-chaussée de la maison que j’occupais alors, aux abords de cette forêt – la plus grande forêt du pays – dont je voyais, depuis chacune des fenêtres de la maison, l’orée si noire que je la soupçonnais, certains jours, non pas de provoquer la crise – car de cette crise, toujours identique depuis des années, je connaissais parfaitement l’origine, même si j’étais alors incapable de l’exprimer clairement à ceux qui m’entouraient – mais de la fortifier, de la vivifier au point de me jeter hors de chez moi tandis que, depuis la veille, je sentais monter cette crise qui allait me faire marcher à grandes enjambées, dès le lendemain, à travers les pièces du rez-de-chaussée de la maison, du salon jusqu’à la cuisine, scrutant avec inquiétude la forêt si noire sous ce ciel si bas, car ici le ciel est toujours bas, gris et sombre, avec en tête l’idée que mon corps, ou mon esprit, était, somme toute et malgré cette apparente et flagrante perturbation, réglé comme une horloge, comme on dit, car je parvenais à identifier plusieurs heures avant son apparition réelle les symptômes de la crise – difficulté respiratoire, agitation des mains, sueurs, agacement, voire exaspération, à propos de choses qui n’en valaient pas la peine -, symptômes qui s’abattaient sur moi, pour enclencher, dans un tic-tac qui finissait par m’étouffer, un compte à rebours au terme duquel je n’entrevoyais plus d’autre solution que celle de quitter ma maison, littéralement jeté hors de chez moi, pour tenter, encore une fois, de trouver de l’aide chez Richter, l’homme qui habitait l’une des maisons du hameau de Hardt, et chez qui je me précipitais chaque fois que la crise atteignait son point culminant.

Grégory Le Floch - Dans la forêt du hameau de Hardt (éditions de l’Ogre)

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