Numéro d'été

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Dans la vie, rien n’est définitif, tu sais.
— Haruki Murakami, Kafka à la plage.

AU BONHEUR DU JOUR

Il y a des êtres qui font d'un soleil une simple tache jaune, mais il y en a aussi qui font d'une simple tache jaune un véritable soleil.

Pablo Picasso

 

LA RADIO ALLUMÉE

Un mix taillé pour la saison des dépaysements et des couchers de soleil, avec une pianiste éthiopienne, Duke Ellington et Ella Fitzgerald, beaucoup d’Andalousie (à déguster avec une Mauresque), un zeste de lounge music et un détour par le “Walking and Falling” de Laurie Anderson. Bon voyage !


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Nous avons une presse qui ne cherche plus la vérité
— Emmanuel Macron, le mardi 25 Juillet 2018, à propos d'Alexandre Benalla
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FAIRE CE QUI EST JUSTE

Si nous étions plus nombreux à faire ce qui est juste sans nous soucier de ce qui est légal ou pas, nous aurions tôt fait de changer la société, congédier le pouvoir, abattre les murs et mettre en commun nos désirs pour bâtir une autre façon de vivre ensemble.

Carola Rackete fait partie de ces personnes qui ont choisi de ne pas attendre, de ne pas avoir peur, de suivre le chemin du bon sens qui nous chuchote ce qui est acceptable ou pas.

Carola a dit non. Simplement non. Fermement non. Et elle a agi en conséquence : elle a défendu une autre idée de la vie, de la justice, de la liberté.

Une vie qui n'accepte pas de se laisser mourir. Une justice qui ne se rend pas dans les palais. Une liberté qui se prend comme on prend la mer.

Pas question ici de célébrer un héros ou une héroïne. Encore moins un homme ou une femme providentielle. Personne qui serait supérieur à autrui. Juste une petite sœur de la grande famille de celles et ceux qui s'attellent à faire ce qui est juste, sans céder à la peur, sans baisser la tête, sans se laisser intimider par les ordres et les menaces.

Juste une petite sœur, une petite sœur juste.

Yannis Youlountas

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Il nous semble devoir répondre avant toute chose à des questions légitimes sur l'origine de ce projet, notre financement, nos objectifs, l'idée que nous faisons de notre travail. D’où cette brève présentation.

Les collectifs de travailleurs sans papier ont réussi ce que d'autres tentent de faire vainement, en entrant dans un lieu mythique et chargé d'Histoire, dans la joie, l'espoir, sans peur et avec tellement de dignité. On n'aura pas manqué d'assister à un déferlement de haine raciste sur les réseaux sociaux, qui ne nous étonne que très modérément. Mais loin de nous arrêter, cela renforce notre détermination à continuer à soutenir toute lutte juste.
Pas vous?

Il est généralement accepté que les vainqueurs des élections européennes du 26 mai ont été l’extrême droite et les Verts. Et il est aussi généralement accepté qu’aux succès des Verts ont contribué grandement les mobilisations sans précédent d’une jeunesse s’inspirant de la combativité et des thèses radicales de la jeune suédoise Greta Thunberg. En conséquence, il n’est pas surprenant que cette extrême droite choisisse d’attaquer ce qu’elle appelle « le mythe du changement climatique » et surtout, cible de plus en plus son attaque sur la personne de cette Greta Thunberg qui galvanise la jeunesse en Europe et au delà ! 

Alexandria Ocasio-Cortez a été critiquée pour avoir dénommé les camps où croupissent sous l’administration de Donald Trump (dont plus de mille enfants séparés de leurs parents) des migrants emprisonnés des “camps de concentration”. Le gouvernement préférerait qu’on parle de “camps de détention”. Ce qui n’a pas empêché Mike Godwin, l’inventeur de la “loi” selon laquelle “Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d'y trouver une comparaison impliquant Hitler s'approche de 100%”, d’intervenir sur MSNBC pour rectifier les propos d’un présentateur, et affirmer que, loi Godwin ou pas, le terme de “camp de concentration”, aussi chargé soit-il, est le plus approprié pour décrire ce qui se passe. Parce que c’est très grave. Idem d’ailleurs en France avec les Centres de Rétention Administrative où se multiplient les drames.

Photo NnoMan

Photo NnoMan

En marge de l'urgence médiatique créé par la violence policière immédiate, et tellement visible désormais, il y a l'autre violence, celle qui s'installe dans le temps, celle qui perdure à l'abri de nos regards qui pourraient légitimement s'indigner. La violence judiciaire. Celle qui, au secret des cellules et autres quartiers de détention, marginalise, isole, et stigmatise à vie des êtres humains.

Le géant Amazon était déjà entré dans le capital D’Uber. Il vient d’entrer en mai au capital de Deliveroo lors d’une levée de fonds de 575 millions de dollars. C’est dire le poids financier et les moyens d’action juridiques de ces sociétés, ainsi que la direction qu’elles sont en train de prendre. C’est tout le marché du travail qui risque de basculer en suivant leur exemple. Nous estimons donc de la plus haute importance de suivre ce dossier au niveau mondial, et de soutenir toutes les initiatives des livreurs pour arracher des droits.

Matthieu Chazal -   Aux environs de Batumi - Mer Noire, Géorgie

Matthieu Chazal - Aux environs de Batumi - Mer Noire, Géorgie

En ce début de XXI° siècle, le monde moderne, porté par les valeurs occidentales et l'avènement des progrès techno-économiques, promettait l'effacement des frontières. Cependant, d'Est en Ouest, les frontières culturelles, géographiques, religieuses semblent se raffermir. Les identités ethniques et religieuses s'exaltent, les frontières deviennent murs ou barbelés, les territoires se redessinent. L'Histoire est en marche, et semble même s'accélérer. La Turquie se rappelle qu'elle fut l'Empire ottoman, l'Iran l'Empire perse et l’État islamique se souvient que la Syrie et l'Irak furent la terre des premiers califats. L'Europe semble muette, le dialogue des cultures inaudible.

 
 

Les numéros précédents

 

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IL FAUT ARRACHER LA JOIE AUX JOURS À VENIR.
— Vladimir Maiakovski
Deep South, Untitled (Scarred Tree)  (1998) Sally Mann Gelatin silver print National Gallery of Art, Washington, Alfred H. Moses and Fern M. Schad Fund. © Sally Mann

Deep South, Untitled (Scarred Tree) (1998) Sally Mann Gelatin silver print National Gallery of Art, Washington, Alfred H. Moses and Fern M. Schad Fund. © Sally Mann

Organisée en cinq parties et dotée de nombreuses œuvres inconnues ou inédites, cette rétrospective Sally Mann constitue une vue d’ensemble sur quatre décennies et une vraie analyse de la manière dont le legs du Sud, à la fois patrie et cimetière, refuge et champ de bataille, transparaît dans son travail comme une force puissante et troublante qui continue de modeler l’identité et le vécu de tout un pays.
-> 22/09/2019 Jeu de Paume, Concorde, 1, place de la Concorde 75008 Paris

”Furie”, un livre de Romy Alizée.

”Furie”, un livre de Romy Alizée.

Dans un livre de photo de très belle facture, Romy Alizée propose une autre pornographie, queer, libre et très loin de la chair triste.

MUSIQUE

Thom Yorke - Coachella 2017

Thom Yorke - Coachella 2017

A réitérer l’exploit de OK Computer en solo, Thom Yorke étonne et ravit. Lui qui avait déclaré en 1996, qu’après Aphex Twin, il était impossible de faire de la musique comme avant, aura pris son temps pour sauter le pas du tout électronique sur ce génial Anima. Ce troisième album solo est un enchantement glauque, un moment en suspension et un déversement de trop plein des actuelles saturations du vivant.

LIVRES

Louis Calaferte

Louis Calaferte

Le 24 mai 1989, Calaferte écrivait dans son carnet « La beauté aide à vivre. (Prudente, la tourterelle s’est réfugiée dans notre petit prunier, d’où elle hésite à plonger jusqu’au riz éparpillé dans le sentier de pierres du jardin. La méfiance des oiseaux n’a d’égale que celle du chat.)». Et Calaferte était malade à nouveau, ses joies ne venaient plus que du jardin où ses rosiers multipliaient leurs fleurs entre ses mains. 

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Une relecture intime, flamboyante et joueuse de Bernard-Marie Koltès, sous les projecteurs de l’œuvre comme dans ses recoins secrets. Un tour de force et d’amour.

John Rechy

John Rechy

D’une crudité toujours impressionnante, “Numbers”, le deuxième roman de John Rechy, publié en 1967, quatre ans après le tonitruant coup d’envoi de “Cité de la nuit”, et comme lui largement autobiographique, n’avait jamais été traduit en France. C’est désormais chose faite grâce au traducteur Norbert Naigeon et aux éditions Laurence Viallet, et même à cinquante ans de distance, l’aspect coup de poing de ce texte demeure quasiment intact.

 

L'Autre Quotidien