16 mai 2019

Romain Gary rejoint la Pléiade. Photo Louis Monier

Romain Gary rejoint la Pléiade. Photo Louis Monier

L’éphéméride du 16 mai

Si tu prends les devants, attends-toi à être harcelé par derrière.

 Proverbe bambara

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L’audience du 14 mai 2019 du procès France télécom où sept anciens dirigeants de l'entreprise, dont l’ex-PDG Didier Lombard, sont poursuivis pour harcèlement moral ou complicité de harcèlement moral, vu par un rescapé de l’antiterrorisme, jusqu’à nouvel ordre, et le syndicat Solidaires.

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La carte bancaire de A. ne marche plus. C'est normal, c'est la dernière mode. Ceux qui ont droit à l'allocation pour les demandeurs d'asile (ADA) n'arrivent généralement pas à en bénéficier (Why ?...), mais ceux qui parviennent par miracle à faire débloquer leur dossier, se voient souvent bloquer leur carte... (Why ?...) A. s'est donc déplacé à l'OFII. Pour avoir une chance d'entrer, il fallait être sur place à 6h30. Deux heures trente d'attente sous la pluie... A 9h, on lui a annoncé qu'il faut désormais prendre rendez-vous par téléphone...

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Déploiement de la police municipale assortie d’une lutte contre les nuisances et d’une guérilla juridique contre les commerçants qui osent vendre autre chose que ce que leur enseigne affiche sont les trois mesures phares annoncées par Anne Hidalgo pour lutter contre les nuisances d’une zone parisienne en pleine déréliction. Mais rassurez-vous, la mairie a aussi pensé à un volet animation pour cet été - en route pour les jeux du cirque…

Dans son édition du 14 mai, Le Monde admet en Une l’existence de «violences policières», et leur consacre un inquiétant dossier. Mais toujours pas de photo à la Une du Monde. Face à la masse d’images qui hantent la mémoire, cette absence est un choix éditorial qui prolonge le déni partagé depuis six mois par le gouvernement et les grands médias.

L'assassinat atroce, précédé de tortures, de l'ancien guérillero Dimar Torres par l'armée colombienne nous amène à nous demander sérieusement si on peut encore qualifier de « paix » la réalité objective du terrorisme d'État. Depuis la signature des « accords de paix » après lesquels les FARC ont rendu leurs armes pour participer à la vie politique du pays, plus de 129 anciens guérilleros ont été assassinés. Et plus de 600 leaders sociaux, syndicalistes ou écologistes, tués par les instruments paramilitaires ou militaires de l'État colombien.


BONNES LECTURES

 
Femmes berbères

Femmes berbères

Au cours des années 1960 et 1970, Félix Mora recrute 78.000 mineurs dans le sud du Maroc. Les femmes de la tribu Ait Atta ont vu leurs maris ou leurs frères partir travailler dans les mines du Nord sans pouvoir rien faire pour les retenir. Mais, elles n’étaient pas muettes. Elles avaient leurs voix pour chanter leur désespoir et leur désarroi. Des poèmes appelés localement « Timnadin » sont chantés secrètement par les femmes.

Solo dans la forêt de Romainville

Solo dans la forêt de Romainville

Depuis plusieurs mois, à quelques kilomètres de Paris, deux conceptions de la nature s’opposent autour du projet de construction d’éco-quartiers et de la construction d’une base de loisirs, sur le territoire même de la cité Gagarine et de la forêt de Romainville. Défenseurs de la nature, habitant·es de la cité Gagarine, promoteurs immobiliers, acteur·ices de la région Île-de-France et de la municipalité veulent s’approprier cet espace sur lequel ils se déchirent. C’est en suivant le regard du chien Solo, les baladant au cœur de cet espace étrange, à la fois naturel et historique, que Nikola Chesnais & Paul Guillibert ont été conduits à mener une enquête politique sur la géologie de ces anciennes carrières ensauvagées.
(Vacarme)



 
Maryan

Maryan

L’exposition réunit une vingtaine d’oeuvres sur toile et papier, réalisées par Maryan aux États-Unis dans les années 70. Entre l’abstraction et la figuration des débuts, à son goût prononcé pour le grotesque avec ses personnages clownesques aux rires désespérés et aux couleurs vives, Maryan déploie une œuvre aussi provocante que contrastée. Cette Comedia dell’arte aux allures Pop s’affiche comme exorcisme à la destinée tragique de l’artiste et ses blessures inguérissables.

Stéphane Mandelbaum

Stéphane Mandelbaum

La quatrième de couverture est dingue, elle dit tout, ne dit rien, et demande toute la force d’une enquête alliée à celle de l’imagination pour se déplier vraiment. Stéphane Mandelbaum, peintre né en 1961 à Bruxelles, est assassiné à la fin de 1986 par ses complices, après le vol d’un Modigliani. Son corps sera retrouvé, défiguré par l’acide, à demi caché dans un terrain vague de la banlieue de Namur. Le jeune peintre, dessinateur prodige, personnage charismatique et déroutant, laisse une œuvre où s’enchevêtrent les thèmes violents : portraits de nazis ou d’artistes à la vie brève, scènes pornographiques, inscriptions provocantes. Pasolini, Bacon, Rimbaud ou Pierre Goldman, autant de vies violentes qui semblent annoncer la mort tragique du peintre. 
(Fabien Ribéry)

+ d’art dans L’Autre Quotidien


Barbara Probst

Barbara Probst

Coup de cœur pour la nouvelle expo de Barbara Probst au BAL. Cette Allemande qui navigue entre Munich et New-York réussit à faire déraper le sens de l’image photographique ; tout en filant, mine de rien, à la fois les clés du camion de la lecture et un dispositif qui ouvre sur une polysémie bienvenue.

+ de photographie dans L’Autre Quotidien


Ramuntcho Matta

Ramuntcho Matta

Au carrefour de l’écriture, de la peinture et de la musique, Ramuntcho Matta s’est posé avec sa guitare, ses potes et ses mots. Et il en joue avec bonheur, le bougre !  Il y a retrouvé le goût du son et de la chanson. On adore se dandiner au son des ses exactions. 96 est le titre de son nouvel album.

Si les débuts du canadien nous avaient charmés par l’équation minimale guitare-voix qui fait mouche avec un humour décalé, la suite des opérations l’avait vu se perdre un peu en étoffant la production avec des albums dispensables. Mais là, merveille, entre spleen et humour vache, il retrouve, avec la simplicité, le bonheur des mélodies minimalistes qui lui siéent.

+ de musique dans L’Autre Quotidien


MIXES & BANDES-SON

 

Comment ne penser qu’à ça. En musique. Et sans un seul morceau de Julio Iglesias.


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Un fabuleux et hautement métaphorique thriller d’anticipation, à base d’art de cuisiner la littérature, (presque) stricto sensu.

Soir : Brochettes d’esturgeon grillées à L’Idiot. Roman bon poids, 720 grammes, du massif, 509 pages, papier vélin, reliure pleine toile. A largement suffi pour huit brochettes.
Comme convenu, le client et ses sept invités avaient solennellement pris place autour du grill. Pas seulement, bien sûr, pour se convaincre que j’utilisais vraiment l’édition originale comme combustible, un volume à 8 700 livres sterling, que je ne lui avais substitué je ne sais quel polar nordique du XXIe siècle, étalant cent cinquante nuances de médiocrité. Ils voulaient de l’art. Ils ont été servis.

Vladimir Sorokine - Manaraga (L’Inventaire)

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 Les «Haïkus de prison» disent la prison, la déportation et l’enfer des camps, dans un chant lancinant de 489 haïkus, qui tend vers l’hiver et la noirceur absolue. Voix des dominés, des minoritaires, de ceux qui sont aux marges, ce sont les récits des Tadjiks, du Mandchou, du boucher moldave, du boxeur fou ou du bonze, de tous ceux qui tentent de survivre dans le chaos de l’enfermement, de raccommoder ensemble des morceaux de vie au milieu des suicides et des meurtres, de tous ceux qui succombent.

Les derniers jours, Lutz Bassmann les passa comme nous tous, entre la vie et la mort. Une odeur de pourri stagnait dans la cellule, qui ne venait pas de son occupant, encore que celui-ci fut à l’article de et se négligeât, mais du dehors […] Bassmann, lui n’attendait rien. Il s’asseyait en face de nos visages abîmés et il les regardait. Il contemplait les photographies mal lisibles, spongieuses, les portraits obsolètes de ses amis hommes et femmes, tous défunts, et il se remémorait on ne sait de quoi de trouble et, en même temps, de merveilleusement scintillant, qu’il avait vécu en leur compagnie.

Lutz Bassmann, Haïkus de prison (Verdier) 

Carlos Drummond de Andrade

Carlos Drummond de Andrade

De 1930 à 1980, une poésie subtile, incisive et ironique des résistances souterraines à l’abrasion sociale et économique.

CONGRÈS INTERNATIONAL DE LA PEUR

Provisoirement nous ne chanterons plus l’amour,
il s’est réfugié plus bas que les souterrains.
Nous chanterons la peur qui stérilise les étreintes,
nous ne chanterons plus la haine car elle n’existe pas,
il n’existe que la peur, notre mère et notre compagne,
la grande peur du sertão, des déserts, des océans,
la peur des soldats, la peur des mères, la peur des églises,
nous chanterons la peur des dictateurs, la peur des démocrates,
nous chanterons la peur de la mort et la peur d’après la mort,
puis nous mourrons de peur
et sur nos tombes surgiront des fleurs jaunes apeurées.

Carlos Drummond de Andrade - Mort dans l’avion & autres poèmes - éditions Chandeigne

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