14 mai 2019

Photo Ibrahima Sory Sanlé

Photo Ibrahima Sory Sanlé

L’éphéméride du 14 mai

La fin est dans le commencement et cependant on continue.
Samuel Beckett, Fin de partie

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France 2 a beau le censurer, - couper au montage, cela s’appelle réécrire l’histoire, rejouer une fake cérémonie, telle que le pouvoir la rêvait, sans ce grain de sable dans les plans qui s’appelle le réel, c’est donc la réalité que la chaîne publique a prise hier en otage (mot que sa direction a osé, et que nous lui retournons), un otage encombrant dont elle a décidé de se débarrasser, peine perdue évidemment depuis qu’existent les réseaux sociaux, mais une décision grave quand même, et qui en dit long sur le désarroi du pouvoir ! - le mouvement des Gilets jaunes s'étend, et prend de nouvelles formes, au point que les officiels, dont le pâle ministre de la Culture hier, ne peuvent plus mettre les pieds dans une ville ou une cérémonie sans qu'elles soient vidées de public, entourées de police, ou bien, comme hier soir, chamboulées, retournées contre eux. Même Le Monde commence à s'en inquiéter depuis quelques jours. Vieilli de dix ans en six mois, le président porte désormais sa défaite sur son visage. Les Gilets jaunes n'auront peut-être pas tout gagné. Macron n'a pas encore tout perdu. Mais il est clair que le perdant, c'est lui.

L'Autre Quotidien
https://www.lautrequotidien.fr

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Dans son édition du 14 mai, Le Monde admet en Une l’existence de «violences policières», et leur consacre un inquiétant dossier. Il s’agit d’un tournant dans la bataille qui oppose depuis novembre le pouvoir aux Gilets jaunes. Mais toujours pas de photo à la Une du Monde. Face à la masse d’images qui hantent la mémoire, cette absence est un choix éditorial qui prolonge le déni partagé depuis six mois par le gouvernement et les grands médias. Mais comme l’explique le dossier du « quotidien de référence », ces images, tout le monde les a vues sur les réseaux sociaux: «Les séquences de policiers en train de molester des manifestants sont diffusées en boucle. Tout y est disséqué, commenté, relayé.»

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Fruit d’une coopération entre les revues en ligne membres du réseau Médias indépendants sur le monde arabe : 7iberAl-JumhuriyaAssafir Al-ArabiBabelmedMada MasrMashallah NewsNawaat et Orient XXI, - ce qui est déjà exceptionnel - ce dossier de sept articles nous sort (bonheur!) du point de vue européo-centré sur le phénomène des migrations, en suivant sur le terrain différents types de migrants, depuis les préparatifs jusqu’à l’étape finale de l’intégration socio-économique dans les pays d’accueil.
(Orient XXI)

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La politique de santé semble se résumer en deux mots d’ordre : la réinsertion sociale et le contrôle de la violence. Reprenons les principes qui sont à la base du soin institutionnel. N’oublions surtout jamais qu’une personne qui a besoin de recourir au soin psychiatrique est quelqu’un qui ne peut plus vivre dehors dans la communauté sociale. N’ayons pas comme seule préoccupation de vite l’y retourner. Créons, au contraire, des conditions de vie collective qui lui permettent de doucement réapprivoiser la relation à l’autre tout en le responsabilisant dans son temps d’hospitalisation.

A gauche (au sens large, très large), quand tout le reste s’effrite ou s’effondre, une nouvelle force est apparue, dont tous les français ont désormais entendu le nom, au point qu’elle est devenue légende. S’obstiner à ne voir dans le Black Bloc qu’une horde de “casseurs”, et refuser catégoriquement de voir la dimension politique de son implication dans tous les mouvements sociaux qui comptent, est une belle preuve d’aveuglement, et une lourde erreur.

Deux camps se sont distingués dans le débat pendant la semaine de la fête nationale (israélienne) cette année : l’un qui se réjouit et est fier du pays, et l’autre qui en a assez et qui a honte. L'écart entre eux n'a jamais été aussi grand. Le premier groupe est identifié avec la droite, le second avec la gauche, et les deux se trompent.


IDÉES & DÉBATS

 
Yves Robert - La guerre des boutons

Yves Robert - La guerre des boutons

Raoul Vaneigem publie son dernier livre aux éditions Libertalia : Appel à la vie contre la tyrannie étatique et marchande. Il n’est aucune pertinence, selon lui, à s’emparer du pouvoir central (par les urnes ou par les armes) : fort des dernières expériences menées au Chiapas, au Rojava et dans les ZAD françaises, l’auteur enjoint à rompre en masse avec l’État et ses relais, à faire sécession pour « fonder des territoires » auto-administrés.
(Ballast)

Dans son livre Gayfriendly. Acceptation et contrôle de l’homosexualité à Paris et à New York, Sylvie Tissot propose un détour par la gayfriendliness revendiquée par des hétérosexuels fortunés et cultivés, pour en dégager les caractéristiques bien particulières, ainsi que les importantes limites. Le texte qui suit, et qui en est extrait, analyse et déconstruit l’autorité morale dont les habitants de quartiers gentrifiés s’investissent eux-mêmes, par le biais notamment d’une dénonciation vertueuse de certains lieux et de certaines populations.
(Les Mots sont importants)

Le livre de Vincent Piolet, Paradis fiscaux : enjeux géopolitiques, explique sous un angle nouveau pourquoi les paradis fiscaux ne sont pas un problème pour les grandes puissances, tant qu’ils réussissent à conserver leur pré carré offshore. Toucher à ces territoires, c’est toucher à leur contrôle sur le système financier mondial, et donc à leur souveraineté. D’où leur résistance commune à tout réel changement des règles, qui aurait un effet immédiat sur leur rapport de force et leurs stratégies.
(Diploweb)



Barbara Probst

Barbara Probst

Coup de cœur pour la nouvelle expo de Barbara Probst au BAL. Cette Allemande qui navigue entre Munich et New-York à faire déraper le sens de l’image photographique ; tout en filant, mine de rien, à la fois les clés du camion de la lecture et un dispositif qui ouvre sur une polysémie bienvenue.

+ de photographie dans L’Autre Quotidien


Mac de Marco

Mac de Marco

Si les débuts du canadien nous avaient charmés par l’équation minimale guitare-voix qui fait mouche avec un humour décalé, la suite des opérations l’avait vu se perdre un peu en étoffant la production avec des albums dispensables. Mais là, merveille, entre spleen et humour vache, il retrouve, avec la simplicité, le bonheur des mélodies minimalistes qui lui siéent.

+ de musique dans L’Autre Quotidien


MIXES & PLAYLISTS

 

Comme d’habitude, il fallait y penser : commencer par Pierre Brasseur lisant Michaux et finir par “J’avais oublié” de Ramuntcho Matta et la “Cowgirl” de Mac de Marco, beaucoup en ont rêvé, mais seul le mix de L’Autre Quotidien l’aura fait.


 
Vue de l’exposition Le Navire de Thésée de Raphaël Fabre

Vue de l’exposition Le Navire de Thésée de Raphaël Fabre

Dans un monde contemporain dopé au numérique, Raphaël Fabre révèle les dangers des deepfakes, ces vidéos truquées plus vraies que nature… Ses décors réels et ses images 3D — faites par ordinateur - jouent avec les notions de vrai et faux, d’authenticité, de virtualité et de fiction…

+ d’art dans L’Autre Quotidien


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Un enchaînement de périples aux quatre coins de l’Europe orientale balkanique par un maître polonais du voyage les yeux ouverts.

La meilleure carte que je possède est la deux cents slovaque. Elle est si précise qu’une fois, grâce à elle, j’étais parvenu à m’extirper de l’immensité des champs de maïs au pied des monts Zemplén. Sur cette grande carte englobant le pays tout entier ont même été portés les sentiers de campagne. Elle est déchirée et effilochée. Par endroits, à travers l’image plane de la terre et des étendues d’eau, guère nombreuses par ici, transparaît le néant. Mais je l’emporte toujours avec moi bien qu’elle soit peu commode et prenne beaucoup de place. Cela fait un peu penser à de la magie car, après tout, je connais la route de Košice à Sátoraljaújhely pratiquement par cœur. Oui, mais je l’emporte parce que je suis attiré justement par sa désintégration, par sa destruction. Elle s’est d’abord élimée aux plis. Les coupures et les cassures ont formé un nouveau quadrillage, beaucoup plus net que celui, cartographique, délicatement apposé à l’aide de lignes bleu clair. Villes et villages cessent d’exister petit à petit, ils s’usent au fur et à mesure des pliages et des dépliages de la carte, au fur et à mesure des rangements dans un coin de la voiture ou dans le sac à dos. Michalovce disparaît, Stropkov disparaît, le néant troué atteint la banlieue de Uzhorod. Bientôt disparaîtra Humenné, s’élimera Vranov sur la Topla, se consumera Cigánd sur la Tisza.”
Andrzej Stasiuk - Sur la route de Babadag - éditions Christian Bourgois

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