10 mai 2019

Dorothea Lange

Dorothea Lange

L’éphéméride du 10 mai

Rien ne sert d'être vivant, s'il faut qu'on travaille.
Proverbe surréaliste

 
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Mauvaise nouvelle pour les leaders : il y aura de moins en moins de subordonnés. Mais il peut y avoir des alliés. A condition qu'on en accepte l'idée. La question de l'alliance est aujourd'hui centrale. Non plus au niveau des partis, mais des mouvements sociaux. Cela passe par la construction d'une entente, d'une écoute réciproque, du respect de la parole des uns et des autres, de l'admission franche et entière de son droit à être et à s'organiser comme il l'entend, et naturellement par des affrontements, des rapprochements et des éloignements. L'Autre Quotidien se fera l'écho de ces débats, dont l'issue est essentielle pour que la société change dans le bon sens. Comme dans toutes les intersections, la possibilité de collision existe. Il y aura donc des froissements, des coups de klaxon, des accidents, des énervements. Mais il faut qu'il y ait circulation, et que la circulation l'emporte. 

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Le livre de la sociologue Jen Schradie, The revolution that wasn’t : How digital activism favors conservatives (La révolution qui n’était pas : ou comment l’activisme numérique favorise les réactionnaires, Harvard University Press, 2019, non traduit) sonne comme un nouveau revers pour tous ceux qui pensaient que le numérique allait changer le monde. « L’internet n’a pas été l’outil d’une démocratie participative », constate, cinglante, la chercheuse à l’Observatoire sociologique du changement de Sciences Po, dans une longue et patiente enquête de terrain réalisée en Caroline du Nord.

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Gaza est la plus grande et féroce nasse policière du monde. Avec des snipers qui tirent à balles réelles pour en fermer les issues. Des bombes et des missiles qui s’abattent sur les têtes. 500.000 êtres humains pris au piège de la naissance à la mort. Et une résistance qui semble insensée au vu de ses peu de chances de succès, mais qui n’a pas d’autre choix que de l’être, ou désespérer tout à fait de la vie.

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A gauche (au sens large, très large), quand tout le reste s’effrite ou s’effondre, une nouvelle force est apparue, dont tous les français ont désormais entendu le nom, au point qu’elle est devenue légende. S’obstiner à ne voir dans le Black Bloc qu’une horde de “casseurs”, et refuser catégoriquement de voir la dimension politique de son implication dans tous les mouvements sociaux qui comptent, a conduit à tomber des nues tous les commentateurs et partis qui l’imaginaient condamné à la marginalité, et le découvrent désormais comme un poisson dans l’eau dans les manifestations des Gilets jaunes, cet autre mouvement de révolte, incontestablement venu du peuple, qu’aucun politologue ou politicien n’avait vu venir. Et surtout pas Macron, qui disait, en 2017, “ne pas sentir de colère en France”. On n’avait pas vu cette fusion dans toutes les couches de la société d’oppositions déterminées aux valeurs en cours dans le monde capitaliste, auxquelles il va falloir dans les années qui viennent ajouter des mouvements écologistes qui prônent de plus en plus l’action directe, face au dérisoire greenwashing des gouvernements, depuis le développement de l’autonomie ouvrière dans l’Italie des années 70. Et tout le monde doit en tirer les conséquences.

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Un des initiateurs de l’appel des métiers de la culture à soutenir les Gilets jaunes rappelle l’évidence à ceux qui se sont empressés de critiquer le réveil tardif des célébrités : 1300 des 1400 signataires dont des inconnus, les invisibles et intermittents des métiers du spectacle.

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En juin 1972, l’année de la publication du fameux rapport du Club de Rome, le Nouvel Observateur publiait un numéro « spécial écologie » intitulé « Dernière chance de la Terre ». L’éditorial d’Alain Hervé, intitulé « Pour éviter la fin du monde… », affirmait qu’au « nom du progrès […] a commencé la plus gigantesque entreprise de destruction qu’une espèce ait jamais menée contre le milieu qui soutient sa vie et contre la vie elle-même » et en appelait à une « révolution écologique […] qui ne sera pas le fait d’un club où se réunissent différents ministres de l’Environnement qui, nommés par un pouvoir soucieux de le conserver, ne peuvent que servir un ordre qui a fait faillite ». Aujourd’hui, de Yann Arthus-Bertrand à Delphine Batho, les écologistes médiatiques promeuvent tous différentes déclinaisons d’un développement durable assaisonné à leur sauce. Le vert s’est donc bien affadi ces dernières décennies. Mais il semble qu’il reprenne des couleurs.

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C’est déjà dur d’être les plus pauvres. Et encore plus dur d’être condamnés par d’à peine moins pauvres, manipulés par les gouvernements et les partis de droite, qui les ont persuadés que vous êtes, avec bien sûr les “étrangers”, les responsables de leurs difficultés, par votre paresse ou incapacité de travailler. C’est évidemment une des raisons pour lesquelles les mouvements de salariés ont tant de mal à mobiliser les chômeurs, les plus précaires et les quartiers populaires. Ce qu’ils finissent par regretter, dès qu’ils commencent à compter les manifestants, sans pour autant aller jusqu’à remettre en cause leur ambivalence de fond envers “ceux qui ne travaillent pas”, si manifeste dans les forums de discussion des Gilets jaunes, où ceux d’entre eux qui votent Rassemblement National ne déguisent pas leur rancoeur envers ceux qu’ils appellent les “assistés”, et leur refus des aides ou allocations, chômage compris (!), partageant entièrement le discours de Macron sur “les incitations à travailler”, alors même qu’ils dénoncent l’injustice sociale et réclament sa démission. Ce qui donne une bonne idée de ce qui attend les plus pauvres en cas d’une victoire de Le Pen. Rien de bon.

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Voilà l'enseignement hugolien : malheur à qui ne croit en rien. Ce n'est pas religieux, c'est la conviction que quelque chose comme l'infini (intérieur) peut exister. Nous ne sommes pas programmés pour trouver une « bonne place » dans le monde tel qu'il est ; nous devons mettre en branle, trouver l'occasion de déployer cette infinité intérieure. Le nihiliste est le personnage contemporain typique, l’homme qui n'est dupe de rien et ne croit plus en rien. L’homme dont le seul vœu est de s'installer là où il vivra tranquillement le mieux possible. À celui-là, Hugo dit : malheur à toi ! Tu es un homme mort !"

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Jessica Forever, un film de Jonathan Vinel et Caroline Poggi

Jessica Forever, un film de Jonathan Vinel et Caroline Poggi

De Jessica Forever, le film de Caroline Poggi et Jonathan Vinel, s’exhale une effluve de fin du monde. Mais ici, point de ville en ruine, ni désert aride ou nature luxuriante qui aurait repris le dessus. Film ultra-symbolique, nous sommes aux antipodes du blockbuster américain ou du film d’action tout court, que le cinéma français imite si mal.

+ de cinéma dans L’Autre Quotidien

 
Le stand Vallois à Drawing Now avec les Emophones de Lucie Picandet

Le stand Vallois à Drawing Now avec les Emophones de Lucie Picandet

Lucie Picandet poursuit son grand voyage introspectif et sensible dans son monde-corps cerveau, œil, cœur, flore intestinale… Son inconscient et son univers se déploient et s’inventent sous nos yeux dans une mise en formes et en mots échevelée. Interview balaise.

Fabien Léaustic  ,   HELLO WORLD,  2016, sélectionnée par Dominique Moulon

Fabien Léaustic, HELLO WORLD, 2016, sélectionnée par Dominique Moulon

Pour déborder le virtuel, les événements programmés pendant le salon Turbulences sont autant d’occasions de rencontres avec les artistes et la réalité des œuvres. Huit spécialistes de la création contemporaine française ont été invités par Isabelle de Maison Rouge, directrice artistique du salon, à présenter un artiste de leur choix, et une sélection d’œuvres représentatives de son travail.

+ d’art dans L’Autre Quotidien

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Ce sont des images qui datent d’il y a longtemps. Du temps où de Gaulle était président et la France en guerre contre l’Algérie. Ce sont des images de personnes dont je partageais la vie et que je crois avoir comprises. Ce sont des images de femmes nées biologiquement hommes et que l’on appelle ‘transsexuelles’. Moi, je les appelle ‘ mes amies de la place Blanche’.
Christer Strömholm, 1983

Arielle Bobb-Willis

Arielle Bobb-Willis

Après s'être battue avec son identité, Arielle Bobb-Willis a décidé de la prendre en compte dans son travail photographique et d'en faire un usage qui en retourne la signification : "I'm comfortable with being uncomfortable." Choc visuel du jour et approche non orthodoxe du sujet.

+ de photographie dans L’Autre Quotidien

Sébastien Devaud

Sébastien Devaud

Le producteur grenoblois Sébastien Devaud s’offre un voyage au-delà de son espace de confort, en visant à la tête le hip hop, la pop, et l’electronica, en plus de son habituel registre techno. Let’s Drift together !

Un concert d’Altin Gün

Un concert d’Altin Gün

Après l'engouement certain pour leur premier album On et une tournée internationale de plus de 200 concerts en 2018, Altın Gün revient avec son nouvel album Gece. Du psyché anatolien qui avance sans s’encombrer des ruines du passé.

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Il fallait oser ! Trente-deux morceaux qui font se côtoyer, se raviner et parfois même s’aviner De La Soul, James Joyce lisant “Anna Livia Plurabelle”, Debbie Harry et Iggy Pop, ou la “Société du spectacle” par Ze Buzz.

+ de musique dans L’Autre Quotidien

Une bonne collection.

Une bonne collection.

En 1950, les fondations toujours vivantes et alertes de la meilleure fantasy moderne, qui a inspiré (entre autres) le jeu de rôle Donjons & Dragons, et quelques personnages emblématiques, comme Chun l’Inévitable. Ainsi naturellement que notre chroniqueur, qui est entré dans le monde magique à treize ans, après l’achat en librairie de ce livre de Jack Vance.

Turjan était assis sur un tabouret dans son atelier, le dos et les coudes appuyés contre l’établi, les jambes allongées devant lui. Au fond de la pièce, il y avait une cage, que Turjan contemplait avec irritation. La créature dans la cage lui rendait son regard avec une émotion dépassant l’entendement”.
Jack Vance, Un monde magique

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Par – 20° C aux confins de la Norvège, de la Finlande et de la Suède, une enquête policière au milieu des rennes qui révèle tout autre chose que son objet initial.

“Je me levai du bureau, restai un moment à regarder la place déserte, dehors. Quelques fenêtres étaient éclairées dans la Maison communale, le néon défectueux au-dessus du distributeur automatique de billets clignotait, fatigué. Devant le bureau de poste abandonné, une voiture était ensevelie sous la neige. Plus bas, sur le fleuve, le phare d’une motoneige vacillait telle une étoile malheureuse. Elle disparut à une vitesse vertigineuse sous le pont, soulevant derrière elle un nuage poudreux étincelant dans la lumière jaune capricieuse des réverbères.
La lampe extérieure du funérarium de l’église était allumée. Quelqu’un attendait son heure, le dégel et un temps propice pour des obsèques.”
Lars Petterson, La loi des Sames

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