10 octobre 2018

 
 
SI VOUS NE LISEZ QUE CE QUE TOUT LE MONDE LIT, VOUS NE POUVEZ PENSER QUE CE QUE TOUT LE MONDE PENSE.
— HARUKI MURAKAMI
 Photo Serge D’ignazio. Allez voir son compte  Flickr  : des centaines de photos (belles) de quelqu’un qui suit les luttes avec toute son âme.

Photo Serge D’ignazio. Allez voir son compte Flickr : des centaines de photos (belles) de quelqu’un qui suit les luttes avec toute son âme.

 
 
 
lecture-2.jpg
 

Que les étoiles soient bonnes ou mauvaises, l'éphéméride de L'Autre Quotidien vous sera toujours favorable (c'est comme ça). Des émotions, des suggestions, de la poésie, et un peu de sagesse pour commencer la journée. Photo Diana Michener.

vivre et mourir à l’ephad

La merveilleuse Zam est aide-soignante et dessinatrice. Idéalement placée pour savoir ce qui se passe dans les EPHAD, ces très chers mouroirs où les clients sont par excellence captifs (ils n’en sortent en effet que les pieds devant), et en conséquence pas aussi bien traités que leurs familles seraient en droit de l’espérer en voyant l’addition, et nous le montrer. On devrait tous apprendre à dessiner. Et à dire nos histoires personnelles, qui sont celles du monde. Il y aurait de grands changements à en attendre.

Hitler 1933 : pourquoi la presse n’a rien voulu savoir

Très bonne question, et dont nous craignons qu’elle devienne de plus en plus d’actualité. C’est Daniel Schneidermann (Arrêt sur images) qui la pose dans une enquête titrée "Berlin, 1933 : la presse internationale face à Hitler" aux éditions du Seuil. Il y avait plus de 200 correspondants de journaux étrangers en poste à Berlin de 1933 à 1941 : qu’ont-ils dit du nazisme ? Qu’ont-ils fait pour alerter l’opinion de leurs pays sur les persécutions des juifs, des homosexuels, des opposants politiques ? Étonnamment peu. Quasi rien. Parce qu’ils étaient de mauvais journalistes ? Sans doute, mais pas seulement. Les meilleurs d’entre eux, ceux qui faisaient leur métier, furent vite expulsés. Les autres voulaient “rester pour informer”, selon la formule consacrée, qui est censée excuser toutes les compromissions. Et d’ailleurs, que pensaient -ils des nazis, au fond ? Daniel Schneidermann est très clair là-dessus : “Il faut se souvenir qu'à l'arrivée d'Hitler en 1933 l'énorme majorité des patrons de presse : français, britanniques, américains sont avant tout anti-communistes, la trouille qu'ils ont c'est l’expansion de la révolution soviétique en Europe. Donc pour beaucoup d'entre eux Hitler a au moins cet avantage c'est qu'il va constituer un barrage à l'expansion communiste. (...) Il y a en tout cas une absence de préjugé défavorable.” Nous avons beau nous en défendre, nous sommes en vérité quelque part toujours persuadés d’être “bien informés”, que la presse du monde libre “travaille pour nous”, continue à défendre certaines valeurs démocratiques. Il ne se passait rien de vraiment alarmant dans l’Allemagne nazie qui préparait la guerre. C’est ce qu’ont pu croire de bonne foi les lecteurs de journaux américains, anglais, français de l’époque. Stupéfiant ! Je vous conseille d’écouter l’émission que France Culture, avec Daniel Schneidermann, a consacrée à cet épisode tout sauf glorieux de la vie des média.

4 ANS DE POUVOIR DE narendra MODI EN INDE : bilan terrible pour les pariahs

Chaque jour, une vidéo paraît, montrant  une atrocité contre des Dalits (Intouchables)  ou des  Musulmans ou quelqu'un d'autre de dépossédé dans l'Inde d'aujourd'hui. La vidéo la plus récente a été diffusée par Jignesh Mevani, nouveau membre de l'Assemblée législative du Gujarat. Mevani a tweeté une vidéo qui ne manquera pas de perturber tout le monde, sauf les plus insensibles. Elle  montre deux hommes en train de  fouetter Mukesh Vaniya à Rajkot, Gujarat. Vaniya et sa femme travaillent comme chiffonniers. Ils ont utilisé un aimant pour passer à travers les ordures à la recherche d'objets de valeur. Un propriétaire d'usine les a accusés de vol. C'est pourquoi Vaniya a été battu. Sa femme s'est échappée pour chercher de l'aide. À son retour, Vaniya était à terre, mort. Un article de Vijay Prashad sur un pouvoir d’extrême-droite basé sur la religion (hindouisme) et très libéral en économie (en gros le même que celui de Jaïr Bolsonaro ou Donald Trump, le cocktail létal du moment auquel peu de français s’intéressent, mais qui pèse quand même sur plus d’un milliard de personnes.

Brésil : explications d’une épouvantable catastrophe

Nous l’annonçions quelques jours avant que les brésiliens aillent voter, cette élection pourrait causer des surprises, et ce fut hélas le cas. Le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro, qui était crédité de 39% des voix dans les sondages, a failli passer dès le premier tour avec 46,06% des suffrages, loin devant le candidat du Parti des Travailleurs, Fernando Haddad, avec seulement 29,24% des voix. La gauche ne fera pas oublier ses responsabilités en blâmant l’abstention. Il est temps d’oser critiquer la manière dont le Parti des Travailleurs a gâché treize années au gouvernement. Pour plonger finalement le pays dans une situation terrible.

Marseille / la plaine : l’enfer urbanistique est toujours pavé de bonnes intentions

Samedi 29 septembre 2018, dernier jour officiel du marché de La Plaine, place Jean-Jaurès. Chez les clients, les marchands, les mamies qui viennent y chercher de la chaleur humaine autant qu’une livre de haricots écheleurs, l’émotion est palpable. Comme disent Monique et sa compagne, vendeuses de prêt-à-porter féminin : «  C’est la fin d’un monde. Ils ne veulent plus de nous. » Bien décidée à « requalifier » la plus grande place de Marseille, la mairie a pour abcès de fixation le marché qui y campe trois fois par semaine et attire une population qu’on ne veut plus voir en ville. C’est que le souk, le bazar et toute la smala des vendeurs de rue incarnent aux yeux des élites un commerce honteux qu’il faut éradiquer à tout prix. Mais plus que la fin d’un marché populaire, c’est l’essence même d’une ville portuaire que l’on condamne à mort. Chronique sur le vif d’une gentrification sur le dos des pauvres. Un dossier à lire absolument dans le mensuel CQFD. Toutes ces images du bonheur moderne générées par ordinateur commencent par générer du malheur pour tous ceux qui n’entrent pas dans la jolie photo de promeneurs désoeuvrés, font tache dans le “cadre urbain”, et finissent par engendrer des villes qui se ressemblent toutes, sans caractère, sans envie, sans rien.

 
 
valeurs.jpg
Qu’est ce qu’un journal révolté ? Un journal qui dit non. Mais s’il refuse, il ne renonce pas : c’est aussi un journal qui dit oui, dès son premier mouvement.
— L'Autre Quotidien

| Manifestations : nous revoilà !

Beaucoup mieux qu’attendu, la journée de mobilisation syndicale du lundi 9 octobre. Du monde (300.000 dans toute la France). Un esprit combatif. Le bonheur de se retrouver. Deux années consécutives de combats et de défaites honorables (on n’aura pas “rien fait”, bien au contraire, mais c’est un vrai mur en face, bien décidé à en finir une bonne fois, à tout prix et à toute vitesse, avec toutes les conquêtes sociales) n’auront pas découragé toute résistance. C’est une belle rentrée des luttes, encore un peu incertaine comme toute rentrée, mais on peut parier sur une radicalisation du mouvement pendant l’année. D’autant que le gouvernement commence fort en donnant visiblement l’ordre de matraquer sans ménagement y compris les syndicats, et dès le début de la manifestation (voir la vidéo de Taranis News sur Paris, et celle sur la manif de Rennes). Après une année où le gouvernement Macron avait choisi d’éloigner un peu les forces de l’ordre de la manifestation, nous voici revenus au temps où Valls mettait en permanence, tout le long du cortège, les policiers en contact avec les manifestants, créant une situation de chaos continu. On aura tout vu hier à Paris, même cette chose étonnante de la part du commandement de la police, envoyer cinq ou six CRS isolés au milieu des manifestants, leur faisant courir d’énormes risques, soit pour eux, soit de dérapage. Il se trouve qu’hier, les manifestants étaient plutôt calmes et pacifiques. Cortège de tête compris. Mais les policiers, eux, étaient furieux. Provocants. Omniprésents. La main lourde. On aura même assisté, pour la première fois, à un affrontement direct entre CRS et service d’ordre de la CGT, qui tentait de protéger la manifestation. Si ce sont des signes des temps, ils sont lourds d’orages à venir.

| Pendre les catalans (en imagination)

cata1.jpg

Voici la dernière campagne des anti-indépendantistes catalans du côté de Valence. Le monde entier tourne décidément mal. Et pour ne pas en rester là côté mauvaises nouvelles, à noter que l’Espagne, qui était peut-être le seul pays européen où il n’y avait pas de grand parti d’extrême-droite, semble être en train de changer. Un parti créé il y a cinq ans, Vox, et dont on entendait peu parler, vient de réunir un meeting de plus de 15.000 personnes dans la grande salle de Vistalegre, Madrid.

| Sauver la forêt : le combat continue à Hambach

 Reconquérir la forêt de Hambach !

Reconquérir la forêt de Hambach !

Trois semaines après l’intervention des forces de l’ordre pour chasser les zadistes et la mort d’un photographe, qui avait obligé la police à stopper ses opérations, le combat pour sauver la forêt de Hambach, Allemagne, continue de plus belle. Le blitzkrieg policier n’a pas suffi. L’idée était de régler l’affaire en quelques jours en chassant les 300 occupants à plein temps. Mais des renforts sont vite arrivés. De plus en plus nombreux. 50.000 ce weekend, dans une manifestation d’abord interdite, puis “tolérée”. L’abattage des arbres a officiellement été interrompu suite à un recours déposé devant la justice par Greenpeace Allemagne. Mais, les policiers disparus, ce sont les vigiles et gros bras embauchés par la société minière RWE qui continuent les travaux (illégalement) et n’hésitent pas (voir la vidéo) à menacer et frapper les activistes qui s’opposent à eux.

hambi5o4.jpg

L’avancée de la machine dévoreuse de la Terre a néanmoins pu être stoppée une nuit entière.

hambi7o2.jpg

| Situation explosive dans les centres de rétention

Il faut lire le rapport de la Cimade sur le désastre en cours dans les Centres de Rétention des migrants, et le faire circuler : que personne ne puisse dire qu’on ne savait pas ! Premier pays d’Europe en nombre d’enfermements de personnes migrantes pour tenter de les expulser, la France mène une politique de plus en plus répressive qui met gravement en danger les personnes qui subissent cette privation de liberté. Aujourd’hui, les centres de rétention administrative (CRA) craquent. D’abord parce qu’ils sont utilisés à pleine capacité ce qui les rend explosifs, en raison de la promiscuité et de l’addition des tensions. Ainsi, depuis le début de l’année 2018 et comparativement à 2017, le nombre de personnes enfermées a augmenté de 55 % à Rennes, 41 % à Toulouse, 20 % à Bordeaux ou encore de 30 % à Cayenne et en Guadeloupe. La situation est aggravée par un manque de prise en compte sérieuse de la vulnérabilité des personnes, de leur éventuelle pathologie psychiatrique, ou de leurs antécédents. Ceci en amont de la décision préfectorale de « placement » en rétention, mais aussi tout au long des 45 jours de cette privation de liberté. La politique menée consiste à enfermer, et maintenir enfermé, en évitant coûte que coûte des libérations. On ne peut, dans ces conditions, que s’attendre à des violences entre les détenus, des suicides et des émeutes.

| Über, Deliveroo, McDo : les conflits sociaux 2.0

fast-food-shutdown2-4-10-18-copy.jpg

Dans tous les pays, après des années où la précarité des employés ou leur statut d’auto-entrepreneurs dont on peut se débarrasser d’un simple clic ont permis aux employeurs tous les abus, les conflits sociaux se multiplient chez Über, Deliveroo, McDonalds et autres chaînes de fast-food. Nous suivons attentivement ce mouvement dans L’Autre Quotidien parce que l’entrée dans les luttes de millions de jeunes précarisés est un événement social d’importance, et un signe des temps. Il n’y a plus de grandes usines à occuper. Mais une myriade de McDonalds disséminés dans les quartiers. Et des coursiers à vélo pour disséminer les nouvelles et renforcer en quelques minutes les lieux d’occupation qui seraient menacés. Ce qui laisse imaginer d’autres stratégies pour remporter un conflit social. C’est à cela que nous pensons. Sur cette grève, lire CounterFire.

| au sommaire de notre mensuel

On  oublie trop souvent la poésie des choses, des éléments et ce milieu ambiant que la vie citadine nous a volé : les arbres. Sans vouloir obligatoirement parler à tous les arbres, en parler et les mettre en avant au fil du magazine nous a semblé assez adéquat en cette rentrée d'automne qui a encore voté contre l'arrêt de l'emploi du glyphosate et préfère toujours - selon l'équipe au pouvoir (18% de la population) - l'agriculture intensive au développement durable et l'économie capitaliste au sauvetage de la planète. Alors les arbres en majesté et 150 pages, nous y voilà.

https://www.lanuitmag.fr


les numéros précédents

L'Autre Quotidien10.10.18