2 novembre 2018

 
 
ÊTRE DE GAUCHE, C’EST D’ABORD PENSER LE MONDE, PUIS SON PAYS, PUIS SES PROCHES, PUIS SOI. ÊTRE DE DROITE, C’EST L’INVERSE.
— GILLES DELEUZE
  Christian Perrot |  Nous ne sommes pas bien au chaud. Comme des millions de français, nous mettrons cet hiver le chauffage au minimum. Et je vous écris avec un bonnet sur la tête. Et tout de même la chance d’avoir encore un toit qui nous protège. Comment alors ne pas penser, en ce début de “trêve hivernale”, à tous ceux qui viennent encore d’être expulsés de leur logement la semaine dernière (celle où les huissiers mettent les bouchées doubles), et aux milliers d’autres qu’ils ont rejoint à la rue (l’expression “trêve hivernale” est intéressante, en ce qu’elle avoue qu’il s’agit d’une  guerre pour se loger , éternellement gagnée par les possédants et perdue par les autres). Soyons précis, pour ne pas être accusés d’être “des exagérés” (on a tendance à ne pas vouloir voir les réalités déplaisantes, c’est humain, et peu de gens ont idée de la dimension du drame) : le ministère du logement estime que 160.000 décisions d’expulsion sont prises chaque année et que leur nombre a augmenté de 75 % depuis 1999. Pour la seule métropole du Grand Paris, 24.000 décisions d’expulsion ont été prises en 2016, selon l’Agence nationale d’information sur le logement (voir cet  article du Monde ). On aura ainsi compté en 2016  plus de 15.000 expulsions  par les forces de l’ordre, une augmentation spectaculaire de 50% depuis 2013. Pour ne rien arranger, la loi ELAN votée ce printemps par la République en marche a décidé, entre autres mesures défavorables aux handicapés, aux locataires et aux classes populaires (voir ce  communiqué de Droit Au Logement ) d’exclure pour la première fois les squatters de la protection de la trêve hivernale. Leurs occupants n’entreront pas dans les statistiques. Mais ils finiront aussi à la rue. Quelles sont leurs chances de trouver un logement ? A peu près aucune. Bienvenue dans la France où on “libère les énergies”, mais où on se prive de chauffage, et où on jette des personnes âgées et des familles entières à la rue, dans le noble but de les aider à la traverser plus vite pour trouver un emploi qui n’existe pas. Photo  Masha Svyatogor

Christian Perrot | Nous ne sommes pas bien au chaud. Comme des millions de français, nous mettrons cet hiver le chauffage au minimum. Et je vous écris avec un bonnet sur la tête. Et tout de même la chance d’avoir encore un toit qui nous protège. Comment alors ne pas penser, en ce début de “trêve hivernale”, à tous ceux qui viennent encore d’être expulsés de leur logement la semaine dernière (celle où les huissiers mettent les bouchées doubles), et aux milliers d’autres qu’ils ont rejoint à la rue (l’expression “trêve hivernale” est intéressante, en ce qu’elle avoue qu’il s’agit d’une guerre pour se loger, éternellement gagnée par les possédants et perdue par les autres). Soyons précis, pour ne pas être accusés d’être “des exagérés” (on a tendance à ne pas vouloir voir les réalités déplaisantes, c’est humain, et peu de gens ont idée de la dimension du drame) : le ministère du logement estime que 160.000 décisions d’expulsion sont prises chaque année et que leur nombre a augmenté de 75 % depuis 1999. Pour la seule métropole du Grand Paris, 24.000 décisions d’expulsion ont été prises en 2016, selon l’Agence nationale d’information sur le logement (voir cet article du Monde). On aura ainsi compté en 2016 plus de 15.000 expulsions par les forces de l’ordre, une augmentation spectaculaire de 50% depuis 2013. Pour ne rien arranger, la loi ELAN votée ce printemps par la République en marche a décidé, entre autres mesures défavorables aux handicapés, aux locataires et aux classes populaires (voir ce communiqué de Droit Au Logement) d’exclure pour la première fois les squatters de la protection de la trêve hivernale. Leurs occupants n’entreront pas dans les statistiques. Mais ils finiront aussi à la rue. Quelles sont leurs chances de trouver un logement ? A peu près aucune. Bienvenue dans la France où on “libère les énergies”, mais où on se prive de chauffage, et où on jette des personnes âgées et des familles entières à la rue, dans le noble but de les aider à la traverser plus vite pour trouver un emploi qui n’existe pas.
Photo Masha Svyatogor

 
 
 
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Christian Perrot | « Parce que le monde bouge », clamait avec ferveur quelque réseau bancaire français. Tourisme de masse, trafic aérien saturant le système Terre d’émissions gazeuses, transactions à haute fréquence, délocalisations, management, odes au dynamisme et empire du zapping : la modernité marchande ne tient pas en place. Face à cela, les espaces critiques ont coutume de lui opposer le retour au local, au commun et au bien-vivre — contre le « bougisme », nous dit le décroissant Serge Latouche, optons pour « le goût de la lenteur » et du « territoire ». Salutaire, mais un peu court pour Julien Chanet, l’auteur d’un article publié par la revue Ballast. La « mobilité » ne saurait être réduite à son seul usage capitaliste : elle est aussi gage d’affranchissement et d’émancipation individuelle et collective.  Un débat qui prend de plus en plus de force à mesure que la question de l'immigration arrive au premier plan, y compris désormais pour la gauche. Les insoumis nous rappellent que “Vivre et travailler au pays” ne vaut pas que pour le Larzac, mais aussi pour le Mali (ce qui est indiscutable en soi, mais n'est pas loin du sophisme dans la situation présente). Nous rappelons en retour que la possibilité de bouger, vivre et travailler ailleurs, changer de vie, changer de pays, changer son destin, est tout autant une juste revendication, et pourrait s’envisager comme un droit de l’homme.

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