Les bords de mer juvéniles de Nathalie Seroux

Il y a une certaine magie à retomber en enfance, à pouvoir de nouveau pousser la porte du jardin, à courir nu sur la plage, à respirer cet air pur et marin des bords de mer, surtout quand, au dessus des têtes, dans un ciel bleu, le cri des mouettes troue l’air et que celui-ci exhale les parfums de crème solaire et de beignets aux pommes, esprit de sucreries gourmandes, de sucre et de sel…. 

Château de sable © Nathalie Seroux, Au bord de la mer

Château de sable © Nathalie Seroux, Au bord de la mer

”Nathalie Seroux donne une vision personnelle et sensible de ses sujets pour apprendre à l’enfant à reconnaître et nommer les choses. La photographe jour avec la lumière et les matières et crée ainsi des images épurées qui dégagent une grande vitalité. Sont présents les objets incontournables sur la plage ou dans l’eau, les différents états de la mer, les matières variées que le baigneur trouvera sous ses pieds, les activités à pratiquer… et beaucoup de tendresse pour montrer l’environnement immédiat des tout-petits! “ est-il écrit dans le texte de présentation de l’éditeur.

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Nathalie Seroux, au delà du projet pédagogique et de sa volonté de bien faire, a porté son regard, son attention sur ce monde où l’enfance règne en maître et s’éprend de ce temps si particulier, ce présent permanent que rien ne semble vouloir abolir, Chronos n’est ici qu’un aperçu des “grands”, demain n’existe pas encore, il est l’heure qu’il est… et rien de plus.

D’où vient alors que sa photographie, versée à cet exercice, atteigne si bien ce point de la permanence du monde et des choses, dans leur permanence et leur être là?

C’est sans doute dû à une autre magie, celle de la photographie et à sa capacité à renouer, immédiatement, comme par enchantement (dans un happening aussi) avec sa propre enfance, à s’y déplacer heureusement et à voir comme alors, sans le filtre de la raison, avec ses yeux d’enfant. Magie de l’Image et du rêve qui nous fait plus grand, quand on est “petit”, mais si difficile à inverser quand on est “grand”. Nathalie Seroux connait, maîtrise ce pouvoir envoutant et, assez proche d’elle même, peut ainsi évoquer ces soleils d’autrefois si facilement tombés entre les bras de ce rêve là, d’où un charme opère une transformation du voir et se porte vers ces yeux d’hier à lisant le présent, inaltérable opération des yeux éluardiens en phase avec le monde par amour.

Nathalie Seroux a cinq ans tout à coup, Alice de l’autre côté du miroir, re-tombe en enfance et concentre cette essentialité des artistes dans ce qu’ils sont toujours au plus prêts d’eux mêmes, capables de voir et d’actualiser ce que la proposition poétique d’un retour à soi, enfant, évoque de joies intérieures et de bonheurs comme de cette faculté à s’immerger et faire oeuvre dans ce mouvement. C’est ce qui fait photographie ici.

Cette lucidité est une luciole enchanteresse, elle parfait le rêve de ce retour en enfance. Sa photographie est simple, épurée, sobre et heureuse, en paix, comme le monde pris au chapeau de son oeil, dans la tendresse du don que le monde lui fait en retour.

Ici, la plage, la côte, l’océan évoquent une Bretagne de toujours, de celle vécue par tous, originelle. C’est dire que cette poétique de l’enfance s’est emparée, à travers son prétexte de toutes les taches qui en découlent: faire le livre, recenser les images de l’imagier, sentir la lumière, cadrer, mettre en scène à minima, isoler par le cadrage l’essentiel du factuel, organiser voyages et productions, classer, éditer, légender, plusieurs mois de travail de fait, tâches électives et bouillonnantes d’émotions, Nathalie joue à être grande, merveilleuse inversion, les lentilles et les pois sont de nouveau magiques.

Nathalie Seroux, Au bord de la mer, éditions De la Martinère Jeunesse algues © nathalie seroux

Nathalie Seroux, Au bord de la mer, éditions De la Martinère Jeunesse algues © nathalie seroux

Nathalie Seroux connait un Immense appétit d’enfance ou l’immémorial entre en scène philosophiquement, question, chez elle presqu’éthique:  ce temps là se définit comme un éternel présent, un Aïon s’opposant au Chronos dans cette aptitude qu’avaient les Grecs à percevoir et vivre dans des temporalités assez différentes. Mais ce n’est pas là le pourquoi de cette photographie, ceci en est la résultante.

Dans ce temps de l’enfance, tout est net et simple, heureux, ainsi les photographies du livre se donnent-elles sans détour, sans ambages, commerces d’ huîtres, ouvertes, offertes, prêtes à être dégustées, parfum de sel et air marin pour situer cette permanence iodée et célébrer le ciel, puis tourteau rieur et homard qui se cache; rien ne s’offusque de la ronde des beaux parleurs, une autre rive est atteinte…

En plein bonheur donc, ou devrais-je écrire bonne heure, tout cela est, bien photographié, ce qui semble important pour que la photographie soit aussi image, monde perçu et bien vu, bien lu, bien dit, bien imagé pour bien imaginer, savoirs d’écriture… L’expérience inscrite au coeur de la sensation rend la compréhension et l’acquisition des mots plus aisée., elle se loge dans la lumière ourlée et se pose sur la table, comme un verre. Nathalie Seroux conte le monde, édifie l’instant dans cette naturalité rabelaisienne des images qui sentent bon le vent et le sable, le bleu marin et ultra marin, dans une poétique de l’espace et du temps retrouvé, joies proustiennes à l’aune de cette passion retrouvée.

Ecume © Nathalie Seroux imagier, Nathalie Seroux, Au bord de la mer, éditions De la Martinère Jeunesse

Ecume © Nathalie Seroux imagier, Nathalie Seroux, Au bord de la mer, éditions De la Martinère Jeunesse

L’apprentissage peut alors se faire dans la continuité de cette belle journée où ce petit garçon a couru sur la plage, vu les barques, grimpé sur les rochers, utilisé l’épuisette, s’est jeté au devant de la vague et que des mains maternelles et aimantes l’ont enduit de crème solaire, l’ont essuyé du sable humide…. Après le petit goûter il repart, infatigable à l’aventure.

Nathalie Seroux a su pour ce quatrième imagier, publié aux éditions La Martinière Jeunesse, déployer cet imaginaire d’une Bretagne, mais pas seulement, ( écouter l’interview ) que l’on retrouve entre autre dans les films de Rohmer, où le temps des vacances permet de lézarder, de profiter de ces bords de mer où les rochers sommeillent eux mêmes dans l’air marin que l’on respire avec bonheur, célébrant cette vacance si prosaïque et si pérenne.

“Mon premier imagier photo, les pieds dans l’eau pour nommer les objets, découvrir le monde et s’éveiller chaque jour un peu plus…”

Pascal Therme le 1/06/19

Au bord de la mer … par Nathalie Seroux, collection mon premier imagier, éditions De la Martinière Jeunesse.

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