Stéphane Duroy : de la photographie à la peinture

La galerie VU expose ses 45 années de photographies et, de ce travail sur un livre a priori inépuisable, les signes, formes, matières, peinture, mots, tags, traits ou découpes sont venus recouvrir l'image... jeu de chamboule-tout.

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Un « locus » personnel fait de collages, découpages, d’insertion, de biffures, de juxtapositions a tenu lieu d’expériences picturales lors de ces dernières années... Stéphane Duroy joue avec ses images, compose et recompose, une à une les pages de ce livre déchu et promu au pilon. Il reformule, revisite, re-interprète, un livre désormais totalement ouvert et multiple, il ne s’arrête plus, revient et recommence, une sorte de mouvement perpétuel, de mécanique créative s’est imposée à lui, contre l’oubli et le silence.

Toujours insatisfait des résultats, il s’avance en terres inconnues, s’enfonce dans ce pays imagé, nourrit ce travail en expansion des figures même qui le hantent, encore et encore. Plus encore une fin parait, la mue du photographe vers le geste du peintre semble établir une pré-dominance de ce nouveau territoire, terre promise enfin descendue dont , aujourd'hui rien n'a filtré. Et pourtant un chemin s'est fait à travers la lenteur des images devenues de plus en plus dessins, peintures, traits, dans une exploration des profondeurs et de la photographie ancienne, de son recouvrement, hier encore actuel. Un chemin d'exploration de l'intimité à la recherche de ce que Bachelard appelle " la substance heureuse" celle qui comble les voeux du travailleur, celle qui met un terme à ses efforts.

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En parcourant cette exposition minimaliste, état d'un précis insécable, d'une justesse de ton et de regard, - j'ai toujours préféré la photographie essentielle de Stéphane, cette FLÈCHE du regard qui pause immédiatement par son cadre l'énergie et la situation de son être là, dans une volonté autonome imparable, une claire voyance des situations instinctives, au travail de recherche dit plastique, si ce n'est dans la poursuite d'une révélation de type alchimique, un jeu avec la matière qui n'avait pas trouvé son but, une forme de manquement donc mais aussi de combat, de recherches, de patiences, d'attentes fécondes...

Là où cette photographie peut paraître mélancolique et lourde, une densité de fait, l'expression d'une légèreté et d'un humour, issu de Keaton, (le diptyque des 2 maisons sur roulettes, Keatonien évidemment) apparaît comme une évidence, en seconde lecture, celle ci exprime et ouvre sur sa production, même la plus symptomatiquement dense, une action de l'Air, aérienne et légère, où l'humour semble se tapir sous le constat du poids du monde et de son inaltérabilité du fait de la période historique.

Est ce le temps, l'histoire qui occasionne cette instance nouvelle où le fait que me soit apparue une trajectoire entre le voyage du ciel dans ses lumières et par la photographie, et celui de la Terre, la recherche heureuse ou malheureuse du passage vers un geste pictural assumé?

Voyage de cette rêverie du repos et de la volonté où se divinisent les matières, où s'adoube la couleur juste et vraie, celle que le peintre reconnait immédiatement pour sienne, sorte de mariage alchimique quand la rêverie oriente la matérialité des impressions et que prend naissance ce matérialisme enchanteur dont l'essor lent le conduit vers cet adoubement, dans le dialogue tactile du monde perdu puis re-trouvé.

Je me souviens de ces rouges qui ont fait photographie dans l'Europe du silence, serait-il possible d'écrire que cette expérience de la recherche de la couleur, isolée par les bleus et les gris a bien initié ces chemins... Un secret en sorte qui acte la résurgence du photographe en peintre...

Ce Unknown inscrit dans la pierre et entouré d'herbes jaunies, grillées, n'est plus une tombe, ni le renvoi de l'absurdité de la mort mais les prémisses des fondements où se dépasse la condition humaine, entièrement dialectisée par la création, l'Art, ce qui inscrit l'articulation d'un faire en totalité, acte flamboyant d'une unité conquise lors du passage du miroir. Stéphane Duroy peintre, à suivre...

Pascal Therme le 1/04/19

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Stéphane Duroy - Unknown -> 31/05/19
Galerie VU - Hôtel Paul Delaroche - 58 rue Saint-Lazare 75009 Paris