Coco Capitán fait des niches à la MEP

Le renouvellement de l’équipe de la MEP fait bonheur à voir. Oubliées les sempiternelles expos des copains de l’ex-boss du mois de la photo et bienvenue à des gens du nouveau siècle qui débarquent enfin d’ailleurs. Quand tout le monde s’extasie, à juste titre, sur Ren Hang, on va préférer vous donner quelques clés sur le travail de Coco Capitán. Enter the void !

Coco Capitán,  Cola in Hand , Londres, 2013  © Coco Capitán, courtesy of the artist

Coco Capitán, Cola in Hand, Londres, 2013
© Coco Capitán, courtesy of the artist

On commencera par affirmer que le musée de la photo a retrouvé son sens, et celui de la continuité, en présentant trois expositions marquantes comme celle de Ren Hang, dont on vous a déjà parlé ici-même en 2017…  à côté de Yoonkyung Jang dont on reparlera plus tard et de Coco Capitán qui nous occupe ici.

Wanted you to know there will be a piece of you in me. not all the time but sometimes quite often.  Seoul, South Korea, 2018 © Yoonkyung Jang

Wanted you to know there will be a piece of you in me. not all the time but sometimes quite often. Seoul, South Korea, 2018 © Yoonkyung Jang

"Coco Capitán : Busy Living" est la première exposition institutionnelle en France d'une des artistes les plus accomplies du moment qui s’est fait un nom dans la mode en Angleterre, mais s’est ouverte depuis à d’autres horizons picturaux et narratifs. Ironie de la production, son expo est financée par Gucci.

Coco Capitán,  Blank Directions , Oakland, San Francisco, Californie, 2017  © Coco Capitán, courtesy of the artist

Coco Capitán, Blank Directions, Oakland, San Francisco, Californie, 2017
© Coco Capitán, courtesy of the artist

Avec 150 œuvres proposées, le spectateur découvre à l’étage de la MEP plusieurs facettes de son univers. Plusieurs séries mêlent même la photographie au texte - on n’est pas là juste pour rigoler - et ça rappelle Basquiat dans la graphie sauvage des toiles.

L’une est composée de paysages de l’ouest américain représentant des infrastructures à l’abandon dans une ambiance qui respecte les cadrages du film noir des 50’s; une autre révèle le regard critique que l’artiste porte sur la société de consommation et traduit une filiation avec le Pop Art, du Coca à la chaussette bleue (qui nous semble la plus forte photo de l’expo.) Mais une filiation qui ajoute les codes politiques qui y faisaient défaut et se démarquent ainsi du propos initial avec un vrai regard largement désabusé pour rester pertinent dans son époque.

En écho, également à l’intérêt de Coco Capitán pour la représentation et la perception du corps, des photographies de mode font partie intégrante de l’exposition, ainsi que celles d’athlètes de l’équipe olympique espagnole de natation synchronisée, photographiés au sortir du bassin. Et là encore, la distance apportée ouvre une porte sur le monde actuel par le geste de la photographe. La mode est un prétexte - respectable, mais prétexte à la recherche personnelle et le travail sur le sport un démontage du cliché du triomphe obligatoire pour retrouver une humanité dans l’effort. Un boulot comme un autre à l’aulne de sa représentation.

Une série plus personnelle souligne les relations que l’artiste entretient avec la Chine depuis son enfance. On passe au fil de l’expo des univers destroy de Terry Richardson à ceux plus policés de David La Chapelle.

Enfin, un ensemble de toiles peintes sur lesquelles sont écrits ses aphorismes, ainsi que des carnets de notes et journaux intimes sont présentés en exclusivité qui vont de paire avec des tirages en racontant une histoire parallèle; comme si le cliché ne suffisait plus à dire l’univers et que cela le mettait à distance, comme dans la peinture dadaïste à se réapproprier le sujet en en montrant des variantes libres, des états d’âme et des lieux qui en prennent du relief avec l’écriture.

La pub vient de se trouver un décodeur de styles qui sonne vraiment contemporain et nous une personnalité qui envoie du sens en noir et blanc, comme en couleurs. Top !

Jean-Pierre Simard le 27/03/19

Coco Capitán,  Boy in Socks, 2017   © Coco Capitán, courtesy of the artist

Coco Capitán, Boy in Socks, 2017
© Coco Capitán, courtesy of the artist

Busy Living vient de paraître chez Loose Joints (172 pages, 100 colour & 24 tritone plates, 21 x 29.7 cm, Silkscreened Swiss-bound softcover with stickers, with an essay by Simon Baker- £35.00)

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COCO CAPITÁN - Busy Living Everything with Everyone, everywhere, all the Time ->26/05/19
LA MAISON EUROPÉENNE DE LA PHOTOGRAPHIE 5/7 Rue de Fourcy - 75004 Paris


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