The Action, une carrière de mods sous le signe de la poisse

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Puisque France-Culture aligne les séries audio sur la vie musicale, fendons-nous d’un papier sur un super groupe mod londonien du milieu des 60’s qui remplissait les salles sans vendre de disques, The Action, qui réussi à attirer l’oreille de George Martin sans pour autant percer discographiquement. Un vrai gâchis !

La plupart de leurs titres restés au placard pendant une éternité n’ont été reconnus comme valables que des années après leur séparation, et encore, au compte-goutte. Le label Grapefruit qui s’est fendu en 2018 du coffret quatre CD Shadows and Reflections: The Complete Recordings 1964-1968 affiche la totale du groupe: les 5 EP connus, les BBC sessions, l’album jamais sorti de 1967, des prises de titres secondaires et alternatives, des mix divers et même les derniers titres enregistrés avant leur séparation en 1968. On y ajoute un livret bien foutu sur le Londres et les groupes de l’époque, un son bien mixé et des notes sur les enregistrements. De quoi rendre justice à un des grands chanteurs de l’époque, Reg King.

Les deux premiers albums s’attachent au versant Mod du groupe centré sur le son Motown, avec la voix de Reg King bien devant, les harmonies du groupe et la production léchée de George Martin sur des titres comme “I’ll Keep Holding On” et “Since I Lost My Baby”. Un groupe qui ne compose pas encore vraiment, mais assure quand même sur “Twentyfourth Hour”. On y trouve toutes les compositions de la période 65/67 en mono et stéréo avec une nouvelle production de Alec Palao (qui s’est dernièrement occupé de nettoyer les bandes d’un autre groupe admirable, The Creation) et une reprise au vol de leur cover pour la BBC du “I See You” des Byrds.

Le troisième CD est leur tentative de trouver un label, mais qui restera sans effet. Le genre de truc incompréhensible au vu des tournants psyché abordés ici avec un égal bonheur à celui des Pretty Things de la même année. King assure vraiment et le groupe trouve des voies intéressantes pour le développement des morceaux, comme sur les superbes “Strange Roads” et “Something to Say”. Les sessions de 1968 sont sorties plus tard, sans Reg King qui, le premier, avait jeté l’éponge, Enfin, le quatrième et dernier album est un mix de titres de diverses périodes incluant des titres sortis sous le nom de The Boys, une audition de trois titres pour Decca, l’émission de télé Ready Steady Go! et d’autres pour des sessions BBC incluant une reprise du India de Coltrane. Enfin, il comporte les 8 titres remixés par George Martin pour l’album sorti en 1990 : The Ultimate Action.

En gros, vous aviez là une brochette de mecs inspirés qui sentaient l’air du temps sans forcer, menée par un chanteur reconnu de tous ses pairs, mais qui n’acceptaient pas de faire n’importe quoi et ont jeté l’éponge plutôt que d’enregistrer des niaiseries. Le même genre de truc serait arrivé aux Who si leur manager Kit Lambert n’avait su arrondir les angles et expliquer à Roger Daltrey qu’il avait mieux à faire qu’à fracasser des têtes dès qu’il sortait de scène. Grand groupe, beau coffret, une poignée de titres assez inoubliables. Vivement conseillé !

Jean-Pierre Simard le 13/04/19

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