L'AUTRE QUOTIDIEN

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Il y a quelque chose dans l’air, par Natacha Samuel

Grève Générale - Paris 17 décembre 2019 © NnoMan - Collectif OEIL

Il y a quelque chose dans l’air. Jamais les invitations à la consommation, les publicités, les devantures, les salades télévisuelles n’ont semblé aussi grotesques. Ça prend plus, leur captation de notre libido. Plus dupes, on les a démasqués, les vampires, les qu’on engraisse. Marre de se faire bouffer sur le dos. Marre de se faire parler mal, marre d’être pris pour des cons ou pour des chiens (et encore, si on voyait ce qu’ils donnent à bouffer à leurs chiens), marre de leur chantage, marre de leurs gueules de débiles, marre qu’ils se permettent de décider pour nous, de légiférer pour nous, de façonner nos espaces, nos chemins d’existence, notre manière de nous lier. Marre surtout de leur brutalité sans humanité, du mépris de la mort de tant, dans la Méditerranée, sur les brancards des urgences, dans les écoles, sur les chantiers. Leur vie n’est pas la nôtre. Savent ils même ce que c’est la vie ? Ils préfèrent les choses aux êtres. Ils poussent du désir d’avoir - du pouvoir, du fric, plus de fric et plus de pouvoir que l’autre surtout. Ils ne se sentent vivre que lorsqu’ils marchent sur la tête d’un autre.

Et nous, ce qui nous pousse de merveilleux depuis 2016 où on a collectivement bien muté, c’est qu’on s’est de plus en plus nombreux déconstruits, émancipés de leurs dangereuses salades. La domination comme nature et nécessité à toutes les échelles a fait long feu, on dirait. Ni les femmes, ni ceux qui soupent du racisme et du colonialisme, ni les relégués, ni les homos et trans, ni ceux qui triment soignent nettoient la merde sont privés de tout pouvoir de décision : plus personne n’est prêt à accepter la domination, la direction, les chefs, le vertical. Les gilets jaunes (après la zad, le cortège de tête, balance ton porc) ouvrent et feront trace autant que les sans culottes, ils ont comme eux inauguré un régime du vivant politique, un retour au sentiment de souveraineté de chacun et de tous, un art de la surprise et de la circulation.

Et on sait maintenant une chose, c’est qu’en plus de nous sadiser la domination veut nous tuer, tous, elle veut en finir avec la possibilité de la vie si on lui laisse les commandes. Il n’y a déjà plus de girafe ni de banquise, presque plus d’oiseaux, bientôt plus assez d’eau. Nous sommes en danger. Maintenant nous le savons.

Mais (c’est là que ça devient beau) c’est peut être ce qui sera capable de nous arracher à la passivité et à l’emprise de la domination, à l’hypnose télévisuelle publicitaire communicationnelle confortable. C’est peut être ça - la catastrophe écologique comme vérité du capitalisme- la condition de possibilité de la révolution, du soulèvement qui nous rendra enfin - c’est urgent - à nous mêmes. « freedom is just another word for nothing left to lose ».

Natacha Samuel, le 17 décembre 2019

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