L'AUTRE QUOTIDIEN

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Arrestation à Montpellier, Sdf sans papier à Dax, une journée dans la vie de ceux qui résistent

L’Autre Quotidien suit désormais l’actualité des luttes sociales en collaboration avec Teleia., créé en juin 2019. Teleia, c'est le point en grec ! Une page militante qui refuse la pensée formatée pour combattre sans faille les injustices et les discriminations.


Montpellier : L’arrestation de Ian, du collectif Désarmons-les

"Lundi 30 septembre – 21 heures, je suis dans le train qui me ramène chez moi. Maintenant que je ne suis plus en tension, je sens mon dos me faire souffrir et je peine à retenir mes larmes. Je relâche la pression. Au delà du fait que j’ai la chance, encore une fois, de ne pas dormir en prison, j’ai cette rage sourde faite d’angoisse qui me reprend à la gorge, comme à chaque fois que l’injustice dont je suis témoin me renvoie à mon impuissance, à notre impuissance à tou·tes.

Oui, samedi j’étais dans les rues de Montpellier alors que se déroulait la manifestation pour l’Acte 46 des gilets jaunes. Faudrait-il s’en défendre ? Je venais de rejoindre Casti et Vanessa, mutilé·es à vie par des armes de police, et Christophe qui comme moi, témoigne chaque jour de sa vie désormais des violences d’État, de ce totalitarisme qui s’installe par la violence des matraques et le bruit des bottes. Quand on met le pied dedans… Dans les rues de Montpellier, j’ai aussi croisé furtivement Dylan, qui vient à peine de perdre son œil, et Camille, observatrice de la LDH qui, avec d’autres, tente d’alerter sur ce qu’il est en train de se passer, et subit pour cela les violences de cet Etat de Droit qui se croit encore garant des libertés, mais s’emploie à les piétiner une à une.

Je ne venais pas à Montpellier pour manifester, mais pour participer en tant qu’invité pour le collectif Désarmons-les ! à une conférence-débat comme j’en ai fait beaucoup d’autres, sur les armements et l’histoire du maintien de l’ordre, mais aussi à une rencontre des observatoires des violences policières initiées entre autres par la Ligue des Droits de l’Homme. Pour autant, il était tout à fait normal que je participe à cette manifestation au cours de l’après-midi... Aux alentours de 17 heures, je suis donc nonchalamment la manifestation, dont je suis évidemment solidaire, quoi qu’en disent les commentateur·ices insipides et réactionnaires qui s’emploient depuis des mois à enterrer dans les médias une révolte populaire tout ce qu’il y a de plus sincère et de plus légitime et à criminaliser celles et ceux qui persévèrent à battre le pavé.

La foule, plutôt bon-enfant, s’approche alors du centre commercial Polygone. En réponse à sa volonté d’entrer dans le centre, les vigiles abaissent brutalement les rideaux de fer sur les gens et les aspergent de coups d’extincteurs. Je suis alors à vingt ou trente mètres de là.

En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, une équipe de policiers des Compagnies d’Intervention déboule depuis une galerie marchande et, sans même savoir ce qu’il se passe, agresse violemment toutes les personnes présentes, consommateur·ices du samedi compris, à renfort de gaz poivre et de coups de matraques et de boucliers. Deux personnes sont interpellées, dont une sera relâchée quelques minutes plus tard.

Des observateur·ices sont là, vêtu·es de leurs chasubles floqués LDH. Il·les filment tout. Je me trouve alors à leur droite et conteste cette charge aléatoire et violente en prenant à partie les policier·es en ces termes : « Vous ne savez même pas qui vous avez pris, vous avez choppé quelqu’un au hasard, vous êtes des minables. Vous attrapez comme ça, vous ne savez rien. Vous arrivez, vous attrapez des gens », puis “Vas-y tu te calmes !” (à celui qui frappe de son bouclier). En droit, on est très loin de l’outrage.

Les compagnies d’intervention commencent alors à repousser avec violence les observateur·ices, notamment en leur assénant des coups de boucliers, cela alors qu’absolument personne ne s’oppose physiquement à ell·eux.

Un, deux, trois coups de boucliers. Alors que je sens les observateur·ices de la LDH en difficulté, je repousse du plat de la main un nouveau coup de bouclier lancé en leur direction, avant de m’écarter. La situation semble s’apaiser et je me retrouve debout, passif, à observer la scène, placé à deux ou trois mètres des policier·es, entre ell·eux et un bac à plantations.

C’est ce moment qu’un agent de la CDI choisit pour surgir de derrière les rangs de ses collègues, foncer sur moi tête baissée et me faire une prise de rugby au niveau des jambes, me faisant brutalement chuter sur le bac à fleur, avant de me tirer à terre, me retourner en m’étranglant avec le col de mon tee-shirt, puis m’écraser la tête, tandis qu’un de ses collègues m’écrase l’épaule avec sa botte et qu’un troisième me passe les menottes en effectuant une torsion improbable avec mon bras. Le premier, tandis qu’il m’écrase le visage sur le sol avec force, me crie « Tu fermes ta gueule maintenant, hein ? ». Mes lunettes et mon téléphone portable sont brisés dans l’action.

La suite de ce témoignage en cliquant ici 👇
https://desarmons.net/index.php/2019/10/01/ianb-membre-de-desarmons-les-revient-sur-son-arrestation-a-montpellier-le-28-septembre-2019/


Dax : Quelqu’un sans rien. Bribes de vie d’un SDF sans papiers condamné à vivre en marge

Ce matin, j’allais prendre mon train, j’étais installée à une table et je buvais un café. Un homme s’arrête alors et me demande s’il peut s’asseoir à ma table, puis il me livre un récit poignant, celui de sa vie.

Mohammed est arrivé, il y a treize ans, en France.
Il vient rejoindre ses parents, qui y vivent depuis 46 ans. Il se marie et mène une vie «classique» jusqu’au décès de sa femme. Puis, la désillusion, la difficulté, la descente aux enfers.
Mohammed se retrouve alors contraint de vivre à la rue n’ayant pas « de papiers ».

C’est treize ans de galère qu’il me livre, deux demandes de carte de séjour refusées, des nuits difficiles, des inquiétudes pour sa santé, un refuge parfois trouvé dans l’alcool.
Il ne souhaite pas revenir au Maroc, il désire rester ici. Mohammed travaille comme il peut avec des retards de paiement de la part de « son patron », une exploitation.

Quand on voit Mohammed, on n’imagine pas un seul instant son quotidien, il me dit que le fait « d’être propre sur lui » le sauve des contrôles de police. La police qui vient parfois les déloger « des endroits confortables » qu’ils trouvent pour dormir, ou qui les réveille pour leur signifier qu’il est interdit de dormir sur la voie publique.

Il me raconte la culture du voyage liée à ses origines. Mohammed est passé par l’Espagne, l’Italie, la Belgique et les Pays Bas. Il me retrace une solidarité très présente en Espagne, par contre en France, il sent la discrimination à travers regards et attitudes et une solidarité peu présente.

Il me dit que dans les petites villes c’est un peu mieux.

Cependant, il me confie la difficulté pour « régulariser » sa situation, je lui évoque la lutte des Gilets Noirs dont le mot d’ordre est « des papiers pour tous ». Il est d’accord, il ne comprend pas la difficulté de circuler et de s’installer ici quand beaucoup d’européens peuvent, quant à eux, s’installer librement dans son pays et y vivre sans problème.
Il est donc contraint de vivre en marge, il me dit avec un éclat dans les yeux, tu sais, le bonheur c’est d’avoir un chez soi, un endroit où tu peux dormir correctement, cuisiner, des clés.

Ce matin, Mohammed a appelé le 115, il n’y avait plus de places, ils l’orientent donc vers un village, mais il ne sait comment y aller….

Ce témoignage nous démontre la violence sociale instaurée par le capitalisme.
Il nous démontre également les politiques néo-coloniales qui favorisent certains peuples au détriment d’autres.
Luttons pour un monde équitable, pour des papiers pour tous, pour une liberté d’installation et de circulation pour tous.
C’est à nous tous de lutter contre ce système qui pour faire des profits économiques écrase des peuples, détruit des vies, et violente des individus.
Luttons simplement pour l’humanité.

Soraya