Le señor Cruz sort son nouvel album et c'est Siku

En 2015 Nicola Cruz avait changé la donne avec son premier album Prender El Alma. Le nouvel album du protégé de Nicolas Jaar s’affiche comme sud-américain aux notes équatoriennes, mais avec une multiplicité sonore world-electro aussi tranquille que fouillée : Siku.

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Le compositeur s’échappe ici de ses habituelles textures épurées pour privilégier les collaborations avec des artistes du monde entier ( Esteban Valdivia, Chato, Castello Branco, Minük et Marcio Pinto) et fait montre d’une grande diversité instrumentale. L’album tire son nom du siku, un instrument à vent d’origine andine qui représente la dualité. Mais d’autres instruments interviennent aussi, au fil des titres, du sitar sur “Siete” au balafon africain ailleurs…

On parlerait volontiers de transe chamanique à son propos, tant le voyage circule dans le monde entier, du Brésil à l’Inde en définissant chaque piste comme une étape. Sur "Siete" et "Obsidiana", des harmonies hindoues habillent des percussions brutes. Sur "Okami", un vibraphone jazzy coloré crée une atmosphère vaporeuse et attrayante qui capture la nuit pluvieuse pendant laquelle le morceau a été enregistré. Quant au dernier morceau de l’album, "Esu Enia", composé en collaboration avec le portugais Marcio Pinto, il est ancré dans la puissance brute du balafon africain. Cruz ne néglige pas pour autant les sonorités de son continent d'origine, ce qui apparaît immédiatement dans le morceau d’ouverture "Arka", ainsi que dans "Hacia Delante" avec ses rythmes de cumbia colombienne, ou encore dans le poétique "Criançada", chanté en portugais avec des mélodies et des rythmes de samba brésilienne. Entre rumba, bossa nova ou ambient, la touche world music est manifeste et prend forme dans une fusion de sons électroniques et acoustiques. Un multiculturalisme assumé qui explore la thématique de la conscience et de la spiritualité chère à l’artiste latino.

Cruz a privilégié une approche précise à chaque étape, rendant l’ensemble lisible et renforçant la puissance évocatrice de tout l’album. Jungle amazonienne et montagnes des Andes défilent sous nos yeux, avant de filer vers d’autres cieux, par proximité rythmique, comme pour rappeler l’esprit folklorique qui habite la musique de l’artiste.

Et dernier clin d’œil, il a poussé la fascination qu’il porte aux croyances de ses ancêtres jusqu’aux profondeurs de la numérologie. ‘Siete’ décomposant en fractale musicale le numéro 7 sur un motif rythmique envoûtant surplombé d'une flûte indienne.

On se réjouissait de sa venue en février à la Gaîté Lyrique à Paris. Pas de bol, c’est complet, nous a-t-on avoué vendredi soir au concert de Léonie Pernet. Quelques places seront néanmoins en vente à l’ouverture des portes… 

Le chill out suprême vient de débarquer - et on en redemande.

Jean-Pierre Simard le 28/01/19

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Nicola Cruz - Siku - ZZK Records