Pierre Seinturier revient chez Vallois avec un certain trouble en Centralia

Nous suivons avec plaisir et une admiration renouvelée le travail de Pierre Seinturier qui revient chez Vallois avec une nouvelle expo, à mi-chemin entre peinture et sculpture : Centralia. Déjà, sa précédente exposition sortait du cadre des toiles… Mais là, avec ses sculptures en volumes et ses toiles qui jouent de la duplication des paysages et du foisonnement, on dirait que le peintre veut s’affranchir des simples deux dimensions de la toile pour proposer une profusion d’art coulant. Un peu l’équivalent en peinture des Garçons Sauvages de Bertrand Mandico… 

Centralia  de Pierre Seinturier, entrée de l’exposition

Centralia de Pierre Seinturier, entrée de l’exposition

Petit rappel pour les nouveaux arrivants dans son œuvre : Pierre Seinturier est sorti de l’Ecole nationale supérieure des Arts Décoratifs en 2010 dans le département de l’image imprimée, mais son travail se déploie à la lisière du dessin et de la peinture. [..] Il remplit des carnets entiers, assis à sa table pendant des après-midi, et dit se laisser aller à un geste presque automatique, inspiré par la banque d’images qu’il a dans sa tête. Les compositions se forment de manière organique et rapide. Des paroles de chansons les ponctuent [...] dont le ton romantique contraste fort avec les scènes de polar qui les entourent. Chacune de ses images fonctionne de manière autonome, mais par-delà ses séries, des narrations se forment irrésistiblement.

Si ces premières œuvres s’inspiraient de l’Amérique fantasmée des années 1930 , il a ensuite inventé une vie dans et par le dessin, avec une grande simplicité et beaucoup d’autodérision. [...] Ses images se caractérisaient par une tension extrême. Un meurtre va avoir lieu, ou bien le crime vient plutôt d’être commis dans une maison abandonnée perdue dans la forêt ? Ses sources d’inspirations sont nombreuses: les dessins d’humour du New Yorker, ceux de Blutch, de Raymond Pettibon, mais aussi les gravures d’Edward Hopper et les peintures de David Hockney, les photographies de Walker Evans et de Joel Sternfeld, qu’il s’approprie pour mieux les interpréter. Grand amateur de musique barrée, c’est un fan de Frank Zappa avec lequel nous avions conçu une B.O pour un cahier spécial d’un précédent ( et ancien) numéro de La Nuit .

rsupilam Centralia  de Pierre Seinturier, vue générale

rsupilam Centralia de Pierre Seinturier, vue générale

Comme nous le disions précédemment, Seinturier aime exploser les cadres et en 2016, il avait déjà conçu des cadres assez particuliers pour une précédente œuvre au même endroit; plaçant littéralement ses toiles dans des fenêtres ou des cadres hors norme pour exprimer autre chose. Depuis, à St Etienne , il a même conçu un parcours d’exposition où on marchait au milieu des œuvres, la déambulation étant marquée au sol par d’autres œuvres…  Mais ici, on change carrément d’échelle et d’approche à circuler au milieu de ses totems sculptés et de ses toiles qui font paysage. Mais paysage, pas sage du tout. Comme un trouble qui irait de la jungle du Marsupilami à l’île fantasque des Garçons Sauvages de Mandico. Un trouble certain même, métaphysique et jouant du nombre des possibles qu’il esquisse autant en volume qu’en à-plats de couleurs pour dire la jungle ( quelle jungle? ) le trouble de ses personnages pris d’une errance essentielle au monde.

Centralia  de Pierre Seinturier, vue partielle

Centralia de Pierre Seinturier, vue partielle

A croire que dans les symboles mis en avant ici, la forêt, ses habitants et leur trouble ne sont qu’un moment de son histoire de la peinture. On sait que quelque chose se trame ici. On sait aussi que l’histoire n’est jamais totalement racontée et doit rester fragmentaire pour pouvoir exister dans l’espace de l’exposition…  A la jonction de plusieurs univers et en plusieurs dimensions, Centralia mérite plus que votre attention !

Jean-Pierre Simard le 16/01/19

Centralia de Pierre Seinturier -> 16/02/19
Galerie G & N Vallois 36, rue de Seine 75006 Paris