L'AUTRE QUOTIDIEN

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Lille : témoignage d'une personne suspectée d'avoir brisé des vitrines de boucher

six personnes ont été arrêtées à leurs domiciles par la Sûreté urbaine de Lille. Il s’agit de cinq femmes et d’un homme âgés entre 22 et 54 ans, présentés comme des “militants vegan”. Le parquet a annoncé que cinq de ces personnes ont été remises en liberté. L’une d’entre elles raconte sa journée avec des policiers qui aiment la viande et ne se sont pas privés de lui dire.

"Mardi vers 6h30, je me réveille en sursaut car j'entend des hommes crier dans ma maison. Je panique, je me lève.

Ils arrivent dans ma chambre. Ils sont 6 hommes. Ils me crient dessus, m'annoncent qu'ils sont de la police et usent de violences verbales le temps que j'enfile un caleçon. Le chien effrayé, aboie. L'un d'eux crie qu'il mord alors qu'il est littéralement entrain de se pisser dessus parce que 3 ou 4 humains lui hurlent dessus. Je dois préciser plusieurs fois qu'il est gentil pour éviter je ne sais quoi. On me dit qu'un chien n'est pas au même niveau qu'un humain, et donc qu'il a pas à dormir dans mon lit (Ok mec !).

Je ne suis pas encore au courant de la raison qui les amènent ici. Ils commencent à fouiller, à tout retourner, ils trouvent des vieux paquets de clopes vides pas encore jetés depuis le temps où j'ai déménagé de chez mes parents. On me dit "Mais c'est capitaliste ça ??" (Ok mec !).

Deux autres hommes entrent dans la chambre d'une locataire. Pour information Messieurs (oui je sais que vous lirez ce message), sa chambre est son domicile, et nous ne sommes plus chez moi. Je ne sais plus si ces agissements ont un nom dans la loi.

Ils retournent tout. L'un deux me dit que c'est sale chez moi, qu'il n'y ferait "pas vivre des enfants, et même pas des animaux". (Ok mec !). A part un coup d'aspirateur à passer, RAS. Et en plus je ne savais pas que le rôle de la police c'était de vérifier que tout est bien propre chez les gens. Mais l'un d'eux me dit que ça les mets hors d'eux de devoir fouiller là où il y a de la poussière.

J'apprends plus ou moins quel est le dossier qui les amène à m'embarquer : les bris de vitrine envers des commerces spécistes. Je suis placé en garde à vue avec 5 autres personnes. Dommage, je n'ai pas participé à ces actions.

Vient l'heure de la première audition. J'apprend que j'ai eu de la chance aussi que ma porte soit restée ouverte, sinon ils l'auraient défoncée. J'apprendrai aussi plus tard qu'une autre militante interpellée, a vu sa porte défoncée, et on saura plus tard que la police n'avaient même pas le moindre élément qui pouvait laisser entendre une quelconque implication dans ce dossier.

Les questions commencent. On me demande si je connais les autres personnes interpellées. Je demande ce qui m'est reproché. "T'attends, on va y venir". Je redemande de me dire ce qui m'est factuellement reproché. On me remet de nouveau à ma place. La tension monte et je ne décide de répondre que par un simple "Je n'ai rien à déclarer".

On commence par me mettre en cause pour un bris de vitrine, avec un élément douteux. On me dit qu'il a été démontré que l'ADN de deux autres personnes, en me précisant leur nom, sur des pierres ayant été jetées sur une vitrine. J'apprendrai à ma sortie que c'était un mensonge, puisque c'était le cas pour une seule personne.

On me met en cause avec un second élément, encore moins factuel. Je n'ai rien à déclarer. On me dit que c'est dommage d'avoir fait autant d'études pour être aussi débile face à la police. Le ton monte à nouveau, et ou bout de 2h environ, la 1ère audition se termine. On me dit que ma "cause végane" c'est de la merde, on mangera toujours de la viande, etc., je vous la refais pas, vous connaissez le discours anti-vegan virulent par coeur. On parle aussi d'écologie, et on me dit que c'est de la merde aussi. On fait allusion à mon positionnement soit disant "anti-nucléaire", "anti-capitaliste", etc.

On me demande si j'accepte pour la seconde audition de donner le code de mon téléphone. Je finis par dire oui. A ce moment, des allusions sur ma vie privé et très intime commencent à être faite, et ce en présence même de l'avocat (Ok meuf !). Je commence à comprendre que ma vie est potentiellement connue dans les moindres détails.

Je retourne en cellule, et revient deux heures plus tard. J'attend dans un autre bureau où on se fout encore de moi, avec insulte à la clé. Au moment de la deuxième audition, j'ai compris. La police a déjà tout lu de ma vie sur Facebook. Absolument tout : messages privés, tout type de posts, commentaires, appartenance aux groupes, y compris les choses que j'avais supprimées ont été épluchées par la police. Des passages les plus intimes avec mes partenaires, jusqu'à tous mes positionnements politiques. Je refuse donc de donner mon code, et de revivre cette humiliation en public. Je passerai au tribunal dans un autre cadre pour cette "infraction". La police me confirme ensuite qu'elle a eu accès à toutes ces informations.

L'audition va s’arrêter. Je ne suis pas impliqué, et prouver le contraire est évidemment difficile. Je repasse la nuit en cellule, je n'aurais pas à manger le soir, malgré 3 demandes, uniquement pour me demander le lendemain de m'expliquer une question déjà posée. Je n'ai rien à déclarer. Je sors.

Important : je répète, toutes mes conversations ont été lues, tout ce dont vous avez parlé avec moi est connu de Facebook, ainsi que de l'Etat. De là à lier les deux, il n'y a qu'un demi-pas. Après vérification, plus vous êtes proches de moi, plus il y a de chances que votre facebook ait été entièrement scruté également. Dans vos paramètres, onglet "sécurité et connexion", vous pouvez regarder dans "vos connexions". Si il y a quelque part un appareil nommé "Type d'appareil non reconnu", il y a de grandes chances pour que ça soit le cas.

Je rappelle à la police que ce message est privé, et n'a donc absolument aucune raison d'être lu par vos services. Je vous rappelle aussi que vous cherchez des personnes qui ont, attention, jeté des cailloux sur des vitres.

Pour finir, il n'y avait absolument aucun élément à l'encontre de la majorité des personnes interpellées. Elles l'ont été uniquement pour gonfler le chiffre des interpellations, pour faire plaisir aux supérieurs, aux médias et à l'Etat.

Pour des actions visant à déranger le système, on a beau dire, c'est plutôt réussi.
Une militante a été mise en cause par son ADN. Je la soutiendrai jusqu'au bout.
Militants et militantes antispécistes, nous devons tous et toutes la soutenir en attendant son jugement.

Utilisez ce texte de façon anonyme si ça vous chante."