Urban Burqa - On est toujours l'étranger de quelqu'un

Suite de la série récompensée Blue Burqa in a Sunburnt Country qui montrait des réfugiés en situation en Australie, Urban Burqa s'attache à explorer le sort des réfugiés dans un climat montant d'extrémisme et d'affrontements. Elle propose de regarder l'autre pour mieux se voir soi-même.

 Fabian Muir

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La première série portait sur l'Australie et posait des questions sur l'identité, l'appartenance et l'assimilation possible des migrants. En juxtaposant des éléments qui juraient entre eux - la Burqa afghane et le paysage australien - une sorte de symbiose esthétique inattendue voyait le jour; de celles qui signifiaient que ces réfugiés pouvaient enrichir et contribuer à la culture, beaucoup mieux que certains politiciens le craignaient. 

 Fabian Muir

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Mais en 2017, le monde a changé en pire. Une étude conduite là-bas révélait que 49% de la population était d'accord avec l'arrêt de l'immigration musulmane. Le chauvinisme qui pointait là le bout de son nez s'est depuis manifesté au USA, en France, en Hollande et surtout en Hongrie où les leaders populistes flattent les bas instincts de la population en stigmatisant les réfugiés qui ont fui leur pays, poussés par la guerre à l'exode, comme des profiteurs et des terroristes sous couverture. C'est de la politique bas du front dont l'efficacité repose sur la suspicion, la peur et l'appel à la haine. 

 Fabian Muir

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Comme ces nations et leurs leaders choisissent le repli intérieur, on s'aperçoit surtout d'une vision à courte vue. Des qualités humaines aussi essentielles que la compassion ou l'empathie fondent comme neige au soleil. Et cela pose la question de savoir comment seraient traités ceux qui agonisent les réfugiés s'ils le devenaient à leur tour. 

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 Comme dans la série initiale, la burqa invite le spectateur à voir plus loin que sa simple évocation - celle de l'oppression féminine -  vers des pensées plus nuancées que celles viscérales qui s'opposent aux réfugiés ayant quitté leur pays pour s'établir ailleurs, sans être les bienvenus là où ils débarquent. Au sens le plus large, la burqa devient dans ce contexte le symbole de chaque étranger, différent au premier abord. 

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Quasi trois ans après la première série, Urban Burqa repose les mêmes questions. Sauf qu'elle le fait de manière plus aigüe, car la situation devient de plus en plus tendue pour les réfugiés qui subissent opprobre, affrontements et isolation. Il est peut-être temps de se dire que l'assimilation a deux visages et requiert des efforts de chaque côté du problème.

 Fabian Muir

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Au cœur du projet, on trouve l’espoir de voir dans les temps futurs l'humain sous son meilleur jour, reprenant le dessus en chacun de nous.

Fabian Muir

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Fabian Muir est un photographe australien de documentaire et d'art, écrivain à ses heures, qui habite entre Berlin et Sidney. La motivation première de ses travaux est d'y manifester un point de vue politique à travers un storytelling de qualité. 

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En plus de son travail de documentariste des anciennes républiques de l'Union Soviétique, il a récemment terminé une étude de deux ans sur la Corée du Nord. Sa série 'Intimate Perspectives on North Korea' a été finaliste du premier Magnum Photography Awards, pendant que celle intitulée 'Searching for North Korea' a été récompensée au FotoEvidence Book Awardcette année. Et son 'Shades of Leisure in North Korea' est arrivé en finale du ZEISS Photography Award 2017.

C'est pas tous les jours qu'on vous balance un cliché dans l'œil qui vous fait tiquer et vous amène plus loin que sa simple représentation. Fabian Muir, avec Urban Burqa, pousse le cliché tellement loin qu'il lui donne un nouveau sens et vous happe dans sa série. On est toujours l'étranger de quelqu'un… alors autant se comporter dignement. A minima.

Jean-Pierre Simard le 11/05/17 (avec LensCulture)

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