Phantom of the Paradise, revu en 2K, reste un cas à part

A ne pas confondre avec son contemporain Rocky Horror Picture Show, le Phantom of the Paradise de Brian de Palma retrouve, avec sa version gonflée, toutes les saveurs du noir de jais qui faisait déjà tout son bonheur de dégommage des poncifs, à sa sortie en 1974. C'était le premier exemple de polar fantastique et rock; ça reste un sommet.

Encore une vraie représentation vénéneuse/venimeuse sur le thème du double cher à De Palma (Soeurs de sang, Obsession, Body Double), associée à une parabole sur la férocité de l'industrie du spectacle (Swan est le copycat de Phil Spector, producteur tout-puissant de l'époque à l'œuvre sur le Rock'n'Roll de Lennon ). Quasi contemporain du Rocky Horror Picture Show débridé de Jim Sharman. Mais au-delà de la marque d'époque pop « glam », ces films appartiennent vraiment à deux ères différentes : le Sharman fleure bon la provoc joyeuse et la liberté sexuelle de l'ère post-hippie qui dure jusqu'à 77 et au punk; autant notre « fantôme » chanteur, au pessimisme éperdu, amorce la crise et la fin des illusions. A sa manière. C'était assez gonflé de faire tenir son rôle au redoutable forgeur de BO,  Paul Williams, en lui faisant en rajouter des tonnes, mais dévoiler ainsi l'industrie de manière si littérale; il faudra attendre jusqu'à Almost Famous pour le voir aussi bien. C'est le premier niveau de l'histoire.

Swan & Winslow

Swan & Winslow

Le second niveau - qui en fait un grand film et un film à masque - c'est celui arboré par Winslow Leach, l'argenté à bec d'oiseau, en rejeton torturé de Faust et du Fantôme de l'Opéra... en passant par des références aux films d'horreurs de la Hammer et à Hitchcock bien sûr. Winslow (William Finley), ce grand crétin naïf de compositeur va signer, vite fait, un pacte avec Swan, le mystérieux et maléfique directeur de Death Records. Lequel lui volera illico et sa musique et la femme qu'il aime…  Après avoir été chassé, défiguré, presque tué, Winslow reviendra se venger et ça va saigner...

Il y a aussi - et c'est le côté pop qui lui donne un autre cachet ( vous voulez des cachets ?) une formidable bande-son, mêlant toutes les tendances pop de l'époque, du suave au glam-rock, en passant par le heavy metal. Composées par Paul Williams, une brassée de chansons à chorégraphies costumées s'agitent à l'écran : du mélancolique et déchirant Old Souls, ballade interprétée par Jessica Harper à l'agressif et graillonnant Somebody super like you, voir même Upholstery, parodie au petit poil des Beach Boys.

Donc, je tiens à essayer de revenir en arrière et de développer une narration visuelle pure. Parce que pour moi, c’est l'un des aspects les plus passionnants de faire des films et presque un art perdu à ce stade. Brian De Palma

Le dernier point auquel Brian de Palma n'avait pas forcément pensé en concevant son Phantom, c'est qu'il allait servir de prototype aux actuels films de super héros conçus à partir des bande dessinées et faire la fortune de Marvel TV… A la différence que, côté de Palma, c'est du cinéma alors que pour le constant délayage des adaptations, c'est plus souvent de la merde pure et simple. Mais bon, regarde qui veut. 

Jean-Pierre Simard le 4/04/17

Pour vous en convaincre, les éditions Carlotta ressortent le 12/04/17 la bête en plusieurs formats, du simple DVD, au Blu-Ray, en passant par le coffret collector 2K, DVD double + Blu-Ray plus un livre de 160 pages avec toutes les babioles usuelles: du portrait/interview du réal à l'idée du film politique des 70's, avec l'histoire de la promo, en passant par l'explication de la BO et les textes d'icelle.

De leur côté, les suppléments du DVd reviennent sur l'impact du film, la vision du film par De Palma lui-même, une interview de Paul Williams par Guillermo del Toro, l'avis de la costumière, des scènes coupées ou alternatives, etc.

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Brian de Palma - Phantom of the Paradise - Carlotta Films