Ulli Lust, nom d'un(e) chat(te) !

Suite de Trop n'est pas assez, qui voyait Ulli Lust montrer son adolescence libertaire finalement se poser en femme émancipée, Alors que j’essayais d’être quelqu’un de bien, décline en 368 pages, sa vie de femme confrontée au quotidien de ses désirs. Une BD qui ne mâche pas ses mots ni la difficulté de vivre face à des désirs, en composant pour exister sans jamais se renier. Après l'auto-fiction romanesque, l'auto-friction dessinée. Top ! 

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Ulli aime la vie et, plus que tout, sa liberté. Ce qui l’angoisse par ailleurs, car à force de vouloir être artiste, elle se retrouve à devoir dépendre d’aides sociales et de petits boulots qu’elle déteste. Et elle culpabilise aussi, parfois, d’avoir laissé son fils chez ses parents, qui l’élèvent à la campagne… Mais au-delà de ces tracas et de la difficulté de trouver une école d’art ou des éditeurs, elle jouit de la vie au côtés de Georg, comédien généreux et ouvert, plus âgé qu’elle. Mais au lit, ce n’est pas ça, ni pour elle ni pour lui. Alors Georg accepte qu’Ulli prenne un amant. Ce qu’elle fait illico et jetant son dévolu sur Kimata, immigré nigérian et bête de sexe, mais jaloux et instable psychologiquement. Commence alors un ménage à trois qui aura ses hauts et ses bas…

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Après le bouleversant Trop n’est pas assez, dans lequel elle narrait ses errances de jeunesse entre drogue et lutte contre la concupiscence des hommes, l’Autrichienne Ulli Lust revient à l’autobiographie en racontant la période suivante de sa vie. Une période marquant son entrée définitive dans l’âge adulte, celui des responsabilités et de la composition forcée avec la normalité. C’est contre celle-ci que lutte l’aspirante auteure, puisqu’elle revendique un idéal libertaire, sans attache, ni matrimoniale, ni maternelle, ni étatique. À l’épreuve des faits, son idéal vacille, immanquablement. Cela, elle le raconte avec une impressionnante sincérité au fil des quelque 368 pages de cette bande dessinée, à la narration maîtrisée, aux dialogues percutants et au trait vivant et jamais paresseux, souligné d’un rose évanescent apportant un peu de douceur dans les séquences les plus brutales. Ulli Lust démontre aussi un grand talent pour évoquer l’intime, et notamment sa sexualité, dans des séquences explicites, mais jamais vulgaires ni gratuites. Par moments, sa confession fleuve semble patiner, se fait redondante. Mais c’est pour mieux embrasser le réel et ses situations qui se répètent avant que chacun trouve une solution pour avancer. Pour mieux mettre en cases le temps qui passe, parfois trop vite, parfois trop lentement. Par ses choix et son engagement, autant que par sa mise en forme, Alors que j’essayais d’être quelqu’un de bien se pose comme un livre fort, un témoignage intime audacieux et, tout simplement, une très belle bande dessinée.

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Si vous aimez vos BD délurées, avec un ton de liberté inaccoutumé et des femmes qui parlent de désir et de liberté vécues au quotidien, sans que cela ne soit pour s'en plaindre uniquement,  vous avez ouvert la bonne BD.  A mon avis un cadeau utile pour Noël, aux aspirants Peter Pan qui ne voient plus loin que l'élastique de leur caleçon. Lust for Life ! 

Maxime Duchamps

Alors que j’essayais d’être quelqu’un de bien d'Ulli Lust, éditions ça et là