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Quand la grâce d'Obama est tombée sur Chelsea Manning

Nous venions justement d'avoir en France ce débat sur la grâce présidentielle, à propos du cas de Jacqueline Sauvage (voir notre entretien avec Karine Plassard). Elle a indéniablement un caractère étrange, puisqu'elle élève au-dessus de la loi ordinaire la figure qui incarne l'autorité suprême, en lui prêtant pour un moment la sagacité expéditive qui rendit le roi Salomon légendaire. Barack Obama a surpris tout le monde en profitant de ses derniers jours de mandat pour gracier partiellement la lanceuse d'alerte Chelsea Manning, qui devrait donc retrouver la liberté en mai, après avoir passé sept années en prison dans des conditions qui furent d'abord épouvantables, comme le reconnut le tribunal. La peine démesurée qui avait été prononcée contre elle, trente cinq ans de prison pour avoir communiqué à Wikileaks des documents qui la choquaient sur l'action de l'armée américaine en Irak, était du genre impitoyable qu'on associe souvent à la justice américaine en particulier, et à la raison d'état en général. Inculpée pour trahison, seule une grâce présidentielle pouvait la tirer du cachot. Remercions Barack Obama. Il a bien agi. Et admettons, c'en est la conséquence logique, qu'il peut être bénéfique d'introduire ce grain de sable qu'est la grâce présidentielle dans la machine impitoyable du système judiciaire. Seul l'illogique peut venir sauver de l'excès de logique, assorti toutefois de beaucoup de préjugés tus, qui caractérise beaucoup des sentences les plus dures, et dont chacun sent bien que, si même elles peuvent se fonder sur la loi, elles ne sont pas très justes. 

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