Soudain, Gabrielle Duplantier

Il y a une force dans les photos de Gabrielle Duplantier qui ne se discute pas. Une force de pierre. Elles se posent là. Hors du temps. Ombres du paysage. Traces d’une présence. Objets d’une quête. Icônes qui rendent vénérables l’enfance, la vieillesse, le cheval, l’arbre nu, le mur écaillé d’une chapelle, l’instant du doute. Elles ne sont pas le fruit d’un scénario (ou alors la mise en scène serait d’un Rossellini). Reportent quelque chose de la réalité sans être de l’ordre du reportage, même si Gabrielle Duplantier a déjà travaillé sur des sujets comme les enfants des banlieues de Bayonne, sa ville, ou les chapelles du Pays Basque. Alors quelle réalité ? Celle qui n’est là que transcendée, sans qu’on sache pourquoi. La photo a été prise vivante. On le sent. Elle n’est pas morte. Ne mourra plus. L’image restera. Comment ? Le noir et blanc, le grain, le tirage, ne sont que des moyens. Une esthétique évidente pour quelqu’un comme elle. Qui n’a pas dû mettre longtemps à s’imposer dans sa jeune tête. C’est le mystère de la présence aux êtres et aux esprits qui rôdent du photographe qui expliquent tout - des «images nécessaires», c’est ainsi que les voit Gabrielle Duplantier. C’est très beau. Et suffisant. Ce qu’elle a vu lui était nécessaire, et était à ses yeux photo avant même l’instant où elle a appuyé sur le déclencheur. Et ce paysage, ce visage, il était nécessaire qu’ils deviennent la photo qu’ils étaient. Pas d’autre chemin que celui-là.

Christian Perrot

«Volta», préfacé par Maylis de Kerangal, est publié aux éditions Lamaindonne.