Cro-Magnon et matrilinéarité avec Ava pour Erolf Totort

Artiste tous travaux, Erolf Totort est la créatrice d'Ava femme Cro-Magnon, une histoire qui date d'il y a plus de 22 000 ans. Mais pas que… Alors découvrons un peu les avatars de cette graphiste/graveure assez féministe à l'usage et les multiples déclinaisons de son œuvre.

Au début, Erolf fait une école de gravure, dont elle ressort (diplômée de l'ENSAD), avec la ferme intention d'en tirer partie, à défaut de profit immédiat. Bientôt, en dehors des travaux de commande naît l'idée d'une femme d'avant, un autre modèle , comme pour recommencer l'Histoire sur d'autres bases. Nourrie de Margaret Mead et de Claude Lévi-Strauss, elle se lance dans les origines du monde qui l'amènent au monde des origines et Ava naît. Ava est issue d'une statue notable, celle de la première femme représentée/gravée dans l'ivoire. Excusez du peu !

En vingt ans de réflexion sur ce modèle, Ava se trouve une histoire qu'Erolf décline, texte après texte, petit à petit pour baliser ce monde matrilinéaire où les hommes ne font que passer auprès des femmes, avant de repartir en chasse. Au loin. Mais ce monde-même est pétri de traditions, pas des plus reluisantes, du genre rien n'est à remettre en question, puisque cela existe. A l'époque de la manif/matraque pour tous, ça fait signe …

Femmes qui courent avec les Mammouths

Femmes qui courent avec les Mammouths

Des signes qui véhiculent un langage, un monde qui se dessine en étant dessiné, là au fil du Journal d'Ava (en deux tomes) et des histoires qui circulent. Des histoires d'amour, de refus , de désobéissance et d'avenir en marche car, Ava, loin d'obéir aveuglément aux prérogatives en cours, fait des découvertes et les adapte à son quotidien. En voici une d'ailleurs : 

La lune est grosse du mois des animaux

Anaya la vieille vieille qui prépare les breuvages a trouvé de la Picbouleronde au début de l’automne. Elle nous prépare une décoction et nous raconte l’histoire de la plante.
 La Picbouleronde est une plante sacrée, magique et mystérieuse. Elle ne pousse que là ou l’Homme ne passe pas. Seuls les chemins empreintés uniquement par les Femmes et mouillés de leur urine peuvent voir pousser la Picbouleronde.
 
Il y a longtemps, bien longtemps, vivait une vieille vieille Femme qui n’avait pas de petit de La Grande-Mère. Elle n’en avait jamais eut. La Grande-Mère n’avait jamais été bonne avec elle. Pourtant elle avait sculpté toute sa vie. Mais jamais son ventre n’avait accueilli de petit de La Grande-Mère. Elle s’était baignée tous les jours dans le fleuve. Elle avait dormi dans toutes les cavernes. Mais jamais son veux le plus cher n’avait été exaucé.
 
Un jour, pissant sur une plante inconnue, son regard fut attiré par la forme de sa fleur.
 
Cette fleur ou fruit rouge et épineux se mit à grossir, à gonfler devant elle. Étonnée, la vieille vieille resta là, à la regarder. Le fruit gorger de pisse l’interpella, « prends- moi, fais-moi sécher et manges- moi. »
 La vieille vieille intriguée lui demande pourquoi devrait-elle faire ça?
 
«  Essaye et tu retrouveras tous les petits de La Grande-Mère que tu n’as pas eue » lui dit le fruit.
 La vieille vieille cueillit le fruit, le fit sécher et en mangea un morceau.
 Ce soir-là, la vieille vieille entra en transe et vit le pays des petits de La Grande-Mère qui ne sont pas nées. La vieille vieille retrouva ses enfants.
 Depuis il y a toujours une vieille vieille comme moi qui pisse sur les chemins des Femmes pour y faire éclore le fruit de la Picbouleronde.
 
Buvez mes enfants, vous verrez vos sœurs et vos frères, vos aïeux, vos racines, buvez et revenez.
 Dans le ventre de La Grande-Mère, tout au fond, les petits attendent leur tour.
 Il y a les miens aussi.

Mais ce monde se dévoile aussi à travers divers bestiaires ou des objets, statues, colifichets, plumes. On peut même visiter sa caverne … 

Vénus en bronze fabriquées au procédé de cire perdue avec Robuste Odin

Vénus en bronze fabriquées au procédé de cire perdue avec Robuste Odin

Les lions des cavernes

Les lions des cavernes

D'un autre côté, Erolf adore la mécanique du travestissement et celui de Claude Cahun, l'égérie lesbienne des surréalistes parisiens des années 20, en particulier et sa série éponyme lui rend hommage, tout en décalant le propos jusqu'à aujourd'hui.

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"Femmes qui courent avec les mammouths" d'Erolf Totort et Françoise Lacroix, chez Violette and Co, Librairie-Galerie rue de Charonne, est prolongée jusqu'au 22 janvier 2017

Erolf Totort, Iconograffite, Artiste à tout faire

https://www.facebook.com/Erolf.Totort.Iconograffite

Tout sur la Grotte Nomade

http://lagrottedavaerolftotort.blogspot.fr/

Tout sur Ava

https://www.facebook.com/Ava-Journal-Intime-Femmecromagnon-336226179917671/

Le Journal d'Ava, femme Cro-Magnon d'Erolf Totor, éditions Points de suspension