Les Chicano Batman prônent une liberté effective à L.A.

Freedom is Free, le nouvel album des Chicano Batman est toujours aussi sarcastique. La quatuor latino de LA ne cache pas ses origines et en profite pour funker à tout va, dans une lignée que Clinton ( Georges ) devrait trouver toujours à son goût; mêlant psychédélisme et moëlleux aux tourneries les plus déglinguées. C'est réjouissant, la flûte vous en convaincra. Vous verrez !

Repérés, avec leur son inclassable et groovy, au South By Southwest l'an passé, ils n'ont pas démérité depuis. Et si vous écoutez les mix qu'on vous propose, vous les connaissez déjà - à condition bien sûr de regarder les tracklistings et d'aller y voir de plus près… Mais leur propos de cette année, en bon Californiens rétifs à Donald Fuck retrouve singulièrement les mêmes thèmes que les groupes de LA à la fin des 60's pour les mêmes raison : les interdictions d'entrer sur le sol américain, accompagnées de lourdes incertitudes sur le sort des femmes, des minorités raciales et même des marginaux de tout poil. 

Freedom is Free est le troisième album de Chicano Batman depuis 2010, et leur premier pour le label ATO Records. Celui-ci combine des éléments de soul, funk, latin funk et de cumbia, Mais ce qui me botte le plus, c'est la voix du chanteur Bardo Martinez, mix de voix à la Vic Godard et Edwyn Collins, - pour qui a écouté du post-punk 80's en version écossaise, c'est un vrai trouble, surtout angelino ! Coaché par Leon Michels, un vétéran soul qui y infuse une vraie direction musicale cohérente, mais qui ouvre sur de multiples univers qui finissent par exploser sur le dernier titre Area C

L'album est un genre de bréviaire exploratoire des possibles directions musicales à adopter aujourd'hui, qui convoque la paix à grand coups de cœur et d'âme en pariant de ce qu'il est possible de tolérer dans les rapports entre les gens et la politique que cela suppose d'adopter, du point de vue chicano, en le disant, jouant et chantant avec toutes le musiques à portée pour se faire comprendre - toutes les musiques déjà évoquées qui font le patchwork américain vu de Los Angeles. C'est à la fois un truc totalement fondu et qui propose ouvertement de respecter les bons côtés de chacun afin d'effacer les tentatives actuelles de l'administration Trump de marginaliser les minorités au lieu de les laisser cohabiter en paix. Mine de rien, c'est l'importance du propos qui fait celle du disque. Et le voyage vaut pour assentiment. C'est futé, sans jamais être prêchi-prêcha et ils ont collé du Farfisa partout…Bien vu !

Jean-Pierre Simard

Chicano Batman - Freedom is Free - Ato Records