Frontière, l’acousmatique en live

On connaissait les expériences techno-classiques de Jeff Mills avec grand orchestre, on découvre maintenant la jointure de deux mondes apparemment différents, mais qui collaborent sans encombre: ceux de Christan Zanési du GRM et d’Arnaud Rebotini, le techno warrior qui adore Johnny Cash. Retour d’expériences sur l’album commun Frontières à sortir le 22/04  

 Christian Zanési et Arnaud Rebotini

Christian Zanési et Arnaud Rebotini

Comment en êtes-vous venus à collaborer ?

Arnaud Rebotini : Première rencontre en 2000 quand je présentais le premier Zend Avesta à France Musique. Je me suis mis parler de Christian. On lui a répété et on s’est rencontré au GRM où on a créé quelques œuvres ensemble. Plus tard, on a été programmé au même festival, l’un à la suite de l’autre. Alors on a fait nos balances ensemble et on s’est mis à jammer digital. A la suite de cela, on a décidé de collaborer et, en est sortie en 2012 une rencontre à Beaubourg pour un programme d’une heure qui est l’origine de ce disque.

Et la nature de votre travail ?

Christian Zanési :  La rencontre c’est de mélanger pour trouver une musique résultante des deux personnalités. Par intuition, par composition, trouver l’hybride de nos deux instruments différents. Lui, travaille le son du synthé avec une vraie intensité et moi j’amène une texture ou une matière et on avance comme ça.

Quelle est la part rock ’n’ roll et la part GRM dans votre projet ?

A.R. : C’est là que c’est trompeur, car c’est Christian qui le premier a joué avec Blixa Bargeld dans ses tournées solo et moi qui me suis amusé à trouver un titre à résonance GRM comme Approche/Accumulation que je trouvais bien gag dans le projet, un titre à l’ancienne façon Parmigiani ou Bayle. Notre idée était de faire un album avec lequel on se sente à l’aise, comme retrouvant les conditions d’écoute des concerts du GRM où tu es baigné dans les sons, dans une atmosphère et un lieu confortables ; avec des trucs physiques, des forte et des passages plus doux. Et on voulait surtout éviter l’écueil de la soi-disante dureté d'écoute de la musique acousmatique « Vous allez vous faire chier, mais ce sera bien … »  

Et d’après vous, comment cela fonctionne ?

C. Z. : Comme pour l’émission que j’ai tenu dix ans avec Christophe Bourseiller sur France Musique où l’on apportait chacun trois disques que l’on devait raccorder. Et c’était assez incroyable de toujours trouver des raccords possibles entre la new wave et la musique expérimentale. Pas besoin de vraiment chercher, il y avait toujours un pont possible… Et, comme pour le mix que nous avions fait pour Radio Campus, il y a un désir de personnaliser le son. il y a un moment où tout cela se transcende et on peut sortir de la fonction de départ, car il y a une beauté qui dépasse cette fonction même.

Avec les vingt dates de la tournée qui va s’étaler sur 2016, vous pensez faire évoluer le son d’une quelconque manière ?

C.Z. : Comme on était limité par le format de l’album, il nous reste des titres que l’on va jouer sur scène et c’est sûr que niveau musique, on est sur un terrain assez fertile. Mais en fait, on a beaucoup répété pour retrouver la complexité du son du disque et l’offre à l’écoute en live. Cela dit, certains titres se prêtent facilement à l’étirement et on va en jouer pour voir comment cela résonne en public, puisque l’écoute n’est pas exactement la même.
A.R. : On se laisse la liberté d’improviser tout en respectant le cadre dans lequel c’est écrit. On va dépasser le son des machines pour y injecter du live …

Interview Jean-Pierre Simard 

Arnaud Rebotini et Christian Zanési : Frontière (Backstrobe Records)