Short-Cuts (9), par Nina Rendulic
 © Nina Rendulic

© Nina Rendulic

au bout de chaque semaine, ce(ux) que je retiens dans la réalité subjective du monde qui nous entoure

krajem svakog tjedna, ko/čega se sjećam u subjektivnoj stvarnosti svijeta oko nas


semaine du 14 / 3 / 16
 

aujourd’hui je tisse le réseau de mes mots par les éclats des images. ces mots se disent sans virgules cadence de l’accentuation finale un flux articulé à voix semi-haute (toujours celle d’Isabelle Huppert).

Jeanne Moreau par Olivier Roller - sourire moqueur de Brel - pâquerettes (on garde le ^ ou pas?) - les jeunes aux barricades (comme jadis) - extrême droite & polygamie - la cigogne n'est toujours pas rentrée

les élagueurs ont coupé encore un cerisier en fleurs. je ne comprends pas cet acharnement.

 

Isabelle Huppert

J’ai dix-sept ans Isabelle Huppert porte des lunettes d’institutrice provinciale bouche couleur pêche aux contours trop marqués. J’ai dix-sept ans Isabelle Huppert chante Françoise Hardy regard dans le vide cheveux flamme vie ratée. J’ai dix-sept ans Isabelle Huppert danse avec ses mains devant ses yeux profonds et mouillés et son teint de poupée en porcelaine. Je suis muette devant l’image d’Isabelle Huppert comme on est muet devant une ombre un éclair un reflet. Le dimanche 28 février 2010 à 11 heures la tempête Xynthia arrache les arbres sur la ligne ferroviaire Orléans-Paris. Les trains sont lents et le désir sans fin. Le dimanche 28 février 2010 à 15 heures Isabelle Huppert frétille en Blanche Dubois sur ses talons vertigineux (si tu trouves sur la plage un très joli coquillage…). Un dimanche -la matinée pour des provinciales- en janvier 2014. Isabelle Huppert s’aime avec Louis Garrel en Marivaux. Je la fragmente de regard. Je reste étrangère au texte. Les Parisiennes nonagénaires ont sorti leurs fourrures leurs émeraudes leurs bas en soie. Le dimanche 24 avril 2016 Isabelle Huppert inaccessible étoile sera Phèdre. Et je serai là.

 

« I would use myself, among other things, as material »

- Tu n’écris jamais de la fiction ?

- Non. Je ne me vois pas construire tout un autre monde, alors que le mien est aussi complexe. Ecrire, c’est une façon de défaire les nœuds.

- Autobiographique, donc…

- Non. Mes mots se combinent en structures qui forment des images indépendantes de celles à l’intérieur des cellules de mon corps.

- Autofiction ?

- Non. Le paradoxe de la fiction se réfugie dans le mensonge. Mes mots sont un jeu de miroirs. Une illusion d’authenticité sans clé d’interprétation (Il dépend de celui qui passe que je sois tombe ou trésor).

Nina RENDULIC


Nina Rendulic est née à Zagreb en 1985. Aujourd'hui elle habite à 100 km au sud-ouest de Paris. Elle aime les chats et la photographie argentique. Elle vient tout juste de terminer une thèse en linguistique française sur le discours direct et indirect, le monologue intérieur et la "mise en scène de la vie quotidienne" dans les rencontres amicales et les dîners en famille. Vous pouvez la retrouver sur son site : ... & je me dis