L'insoutenable légèreté : les années 80 doivent-elles plaider coupable ?

L'insoutenable légèreté : les années 80 doivent-elles plaider coupable ?
 Jean-Paul Goude/ Grace Jones

Jean-Paul Goude/ Grace Jones

Doctement, Beaubourg a tenté une approche des formes propres aux bondissantes années 80. Mêlant nouveautés techniques de l'époque et diversité de la production, elle offre une vue en biais ou plutôt en puzzle, d'une époque où nous fumes indiscutablement, vu avec du recul, légers. Mais avec des comptes en banque plus lourds. Mais avec des comptes en banque plus lourds. Finalement, cette exposition apparaît comme le chant du cygne de la société d'abondance.

Hétérogènes, insaisissables, douloureuses, fantasques, encore trop proches, aussi légères que graves, libertines et vivant au son de la musique, les années 1980 sont contrastées et paradoxales. Avec des films et des photographies de ses collections, le Centre Pompidou en propose une traversée grâce à  une vingtaine d’artistes et une soixantaine d’œuvres.

De Florence Paradeis à Jean-Paul Goude, de Karen Knorr à Présence Panchounette, en passant par Martin Parr et Pierre et Gilles, les œuvres choisies entreprennent pour la plupart la critique de la culture et de la société selon des stratégies variées : ironie, mise en scène réaliste ou fantaisiste, pastiche, détournement du décor, ode à l’artifice…

 Florence Paradeis

Florence Paradeis

Si les formes néo-documentaires (« École de Düsseldorf », mission photographique de la DATAR) bénéficient d’une fortune critique globalement positive, il n’en est pas de même pour la photographie «fabriquée», mise en scène et éventuellement «baroque» qui représente une grande partie de la production des années 1980 avec l'art qui vient à la rescousse de la vie via les pochettes de disque ou les premier clips. Au-delà du concept post-moderniste, parfois trop englobant, ces années voient l’émergence de l’hybridation, l’humour, l’ironie, l’ érotisme et la nostalgie qui constituent autant de clés possibles à la production artistique de cette période,  côté photographique.

 Martin Parr/ Punk et sa maman

Martin Parr/ Punk et sa maman

En mélangeant les œuvres très connues à celles à redécouvrir, l’exposition dévoile l’esthétique et l’iconographie populaire propres à ce moment et cette géographie. Au même moment, débarque une génération qui veut abolir la division entre photographie et peinture, «les peintres-photographes», qui s’oppose aux générations précédentes. Cette nouvelle photographie, souvent très «pictorialiste» développe des formes étroitement liées au progrès technique  — l’accessibilité de la photographie en couleurs de bonne qualité, les possibilités du grand format ou encore l’instantanéité du Polaroïd.


Et l'on s'aperçoit en fait que, quelque soit l'artifice employé, du côté du vraisemblable documentaire ou de celui de la plus grand contrefaçon ou du grimage, on en arrive au même point de radicalité du témoignage sur l'époque. Martin Parr au coude à coude avec Jean-Paul Goude, Pierre et Gilles et Florence Paradeis font partie de la même époque. Inclassable, inexplicable, mais à toute vitesse ; celle inhérente au mouvement(s) propre(s) aux années 80.

L’insoutenable légèreté — Les années 1980 → 23 mai 2016
Galerie de photographies, Niveau -1, Entrée Libre
Centre Georges Pompidou - Place Georges Pompidou 75004 Paris
www.centrepompidou.fr