Sunn O))) ajoute aux canons du drone metal ceux inspirés par Kannon, la déesse de la compassion

Sunn O))) ajoute aux canons du drone metal ceux inspirés par Kannon, la déesse de la compassion

Revenons à l'âge du métal, celui, méditatif de Sunn O))) et de ses drones bouddhistes. Et ajoutons aux canons du drone metal ceux inspirés par Kannon, la déesse de la compassion. Une drôle d'offrande, non ?


Si vous n'aimez pas les drones musicaux, n'en dégoûtez pas les autres. Et parmi eux, les aficionados de Sunn O))) qui adorent leur son extrêmement lourd et lent, à privilégier les guitares vrombissantes sur fond de larsens conséquents. Souvent leur musique crée une atmosphère sonore particulière, avec peu ou pas de batterie, rendant les rythmes indiscernables. Tout cela joue de la vape et leur prestations scéniques les voient revêtus de longues capes à capuches, dans l'air rempli de fumigènes. Très cérémonial, à dessein.

Mais leur doom métal n'emprunte pas que les voies du drone, ce serait trop simple et ne leur aurait pas offert la carrière à succès qu'ils mènent depuis leur rencontrée à la faculté, en 1991 à Seattle, avant de se relocaliser à Los Angeles. Depuis 2009 et Monoliths and Dimensions, les expérimentations sonores vont plus loin, en s'écartant toujours plus du doom originel, en y intégrant de nombreux invités et de nouveaux instruments classiques : violon, contrebasse, piano, trombone, clarinette ou encore cornemuse. Et l'on pouvait se douter que, depuis octobre 2014 et Soused, leur collaboration avec l'auteur-interprète Scott Walker allait leur ouvrir de nouveaux territoires.

C'est justement cela qu'offre ce Kannon avec ses trois titres qui partent bien à la rencontre de leur territoire habituel, à drone que veux-tu, mais avec un côté en plus. Autour de Stephen O’Malley et Greg Anderson, sont annoncés Attila Csihar (Mayhem), Oren Ambarchi (Grave Temple), Rex Ritter (Fontanelle) et Steve Moore, pour un exercice de métal qui prend toutes les couleurs du live, mais avec des voix sur chaque titre et le parti-pris de vous inspirer la méditation. Le Kannon 3 balance à ce propos du son gravement branché par les voix qu'on diraient piquées à une chorale de moines gothiques croisant la glotte avec des bouddhistes tibétains. Mais rien que de très normal à cela. Lourd, lourd, très lourd, mais différemment, car Kannon est aussi le nom de la déesse bouddhiste de la miséricorde. Serez-vous pardonnés en fin d'écoute? A vous de voir (et d'entendre) ceux que Rolling Stone désigne comme les Mark Rothko métal expressionniste peintre du vide… Pas mieux !

Jean-Pierre Simard

Kannon de SunnO))) (Southern Lords Records)